Cheika al-Mayassa, la princesse qatarie qui règne sur le marché mondial de l’art

Par Marina Torre  |   |  557  mots
La princesse Al-Mayassa a notamment étudié à Sciences Po Paris. (Crédits : Reuters)
La soeur de l’émir du Qatar, 31 ans, dirige l’Autorité des musées du royaume. Sa fondation pourrait dépenser jusqu’à un milliard de dollars par an pour acheter des œuvres d’art.

Les médias anglo-saxons la surnomment "culture Queen". Cheika Al Mayassa est sans doute la mécène la plus courtisée du moment. Certes, contrairement aux rumeurs, ce n'est pas elle qui a acheté l'œuvre contemporaine la plus chère. Les "Trois études sur Lucian Freud", le triptyque de Francis Bacon vendu 142 millions de dollars fin octobre, c'est la galeriste new-yorkaise Eleanor Acquavella qui l'a acquise. Mais la fondation dirigée par la princesse qatarie s'est offert l'an dernier une version des "Joueurs de Carte" de Cézanne, adjugée en 2012 pour 250 millions de dollars. Le tableau le plus cher de l'histoire, toutes périodes confondues.

Une femme puissante

Cheikha Al Mayassa Bint Hamad Bin Khalifa Al-Thani de son nom complet, la sœur de l'actuel émir du Qatar a été élue fin octobre comme la "personnalité la plus influente du monde de l'art" parmi une centaine de galeristes et mécènes distingués par le magazine britannique spécialisé Art Review. Elle devance ainsi les galeristes David Zwirner, Iwan Wirth, ou encore Larry Gagosian. Le magazine Forbes l'a également distinguée comme l'une des 100 personnes les plus puissantes du monde.

 Un milliard par an pour acheter de l'art

Il y a de quoi dérouler le tapis rouge à la directrice de l'Autorité des musées du Qatar. Sa fondation pourrait en effet dépenser chaque année jusqu'à un milliard de dollars pour étoffer les collections du royaume, selon une estimation d'Art Review. Elle a ainsi pu acheter les œuvres des artistes les mieux cotés, comme une toile de Rothko à 70 millions de dollars en 2007 ou bien encore l'Armoire à pharmacie de Damien Hirst pour 20 millions de dollars

Âgée de 31 ans, la princesse est la 14ème fille du précédent émir qui a laissé sa place cette année au cheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani.Elle a suivi des études de sciences politiques et de littérature à l'université de Duke en Californie, à Columbia (New-York) et passé un an sur les bancs de Sciences Po Paris.

Porter l'abaya

Habituellement très discrète, elle est intervenue en 2010 pour une conférence TED organisée à Doha. L'occasion de faire une démonstration de son humour. Défendant le port de l'abaya traditionnelle, un "signe d'affirmation culturelle", elle rapporte ainsi le bon mot de la présidente des universités qataries qui expliquait que ce vêtements rendait libre, puisqu'en dessous, on peut s'habiller comme on le souhaite… même en pyjama.

 

Un peu de New York à Doha

En matière d'art, ce ne sont pas que les tableaux de maître qu'elle importe au Qatar. En 2008, elle a ainsi signé un accord avec Robert De Niro pour créer le "Tribeca Film Festival Doha", une adaptation du festival de cinéma new-yorkais fondé par l'acteur américain. 

Son projet phare du moment : le musée national du Qatar, dont l'architecture en forme de rose des sables a été confiée au français Jean Nouvel. Son ouverture est prévue pour 2014.

Enfin, comme d'autres membres féminines de la famille royale du Qatar, elle s'occupe également de missions humanitaires en dirigeant ROTA (Reach Out To Asia), une ONG dédiée à l'aide d'urgence et à l'éduction pour les pays asiatiques. Elle a aussi soutenu la candidature de Doha comme ville d'accueil des Jeux Olympiques 2020.