Casino et Carrefour sortent fragilisés de leur bataille brésilienne

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La course pour le contrôle de Grupo Pao de Açucar est suspendue. Les dommages collatéraux de cet affrontement franco-français s'annoncent sérieux.

Personne ne sort indemne du feuilleton Abilio Diniz. Le milliardaire brésilien a abandonné mercredi le projet de rapprochement de Grupo Pao de Açucar (GPA) avec la filiale brésilienne de Carrefour. Le septuagénaire menait ce projet titanesque avec la banque BTG Pactual, dans le dos de son partenaire vieux de douze ans, Casino. Un abandon qui intervient faute de consensus : la veille, sans surprise, le conseil d'administration de Casino, actionnaire à hauteur de 43,1 % de GPA, avait voté contre ce projet « destructeur de valeur ». Dans la foulée, la banque nationale brésilienne de développement (BNDES), qui devait injecter 2 milliards d'euros dans l'opération, a retiré son soutien. Carrefour en a pris acte. « Les conditions ne sont pas réunies », a conclu le directeur financier du groupe Carrefour, Pierre Bouchut. Dans un très court communiqué, sans crier victoire, Casino a lui aussi pris « acte du retrait par Abilio Diniz, BTG Pactual et Carrefour de leur projet ».

« Où est le pilote ? »

Les deux groupes font bonne figure. Mais pour l'un et l'autre, cet échec les fragilise. « Le conseil d'administration de Carrefour est ridiculisé », juge tout de go un analyste financier. Aux yeux de beaucoup d'observateurs, le groupe présidé par Lars Olofsson semble avoir ici négligé le montage juridique et financier. « A-t-il appelé la BNDES avant de donner son accord au projet ? On se le demande », s'inquiète un analyste boursier. Après avoir abandonné le projet de cotation de sa foncière Carrefour Property et enregistré une introduction laborieuse de son enseigne Dia à la bourse de Madrid, Carrefour perd encore un peu plus en crédibilité. « Où est le pilote ? », s'agace un analyste. Christian Guyot, analyste chez TSAF, déplore lui le «concert cacophonique» de Carrefour. La menace d'un quatrième avertissement sur les résultats 2011 de Carrefour plane. Et la filiale brésilienne de Carrefour fait désormais figure de proie. Qui en veut ? Walmart ? L'américain a démenti mercredi des rumeurs d'intérêt pour l'enseigne, qui affiche 12,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires au Brésil.

Chez Casino aussi, l'affaire Diniz laissera des traces. « Jean-Charles Naouri se retrouve en guerre ouverte avec son partenaire au Brésil, pays où il avait su faire beaucoup avec peu. Comment va-t-il rebondir ? », analyse Gilles Goldenberg, consultant. Désormais, la confiance n'est plus. Ce ne sera pas sans conséquences sur le pacte d'actionnaires qui lie Abilio Diniz et Casino au sein de Wilkes, la holding de contrôle de GPA. Il pourrait voler en éclats, lors du prochain conseil d'administration prévu le 2 août. Car le groupe stéphanois a engagé deux procédures arbitrales à l'encontre d'Abilio Diniz. De son côté, le milliardaire brésilien ose encore réitérer «son soutien au projet de rapprochement entre Pao de Açucar et Carrefour» et laisse entendre qu'il peut trouver un nouveau mode de financement .

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