Mali : soulagement après l'annonce de l'abandon du pouvoir par les militaires

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Dioncounda Traoré, le président de l'Assemblée nationale du Mali arrive à Bamako le 7 avril. Copyright AFP
Dioncounda Traoré, le président de l'Assemblée nationale du Mali arrive à Bamako le 7 avril. Copyright AFP
Les auteurs militaires du coup d'Etat se sont engagés à laisser le pouvoir aux civils suscitant un mouvement de soulagement au sein de la population. Un accord conclu avec les représentants de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), leur garantit l'amnistie. En attendant les élections, le poste de chef de l'Etat intérimaire doit être occupé par le président de l'Assemblée nationale. Mais au Nord, l'anarchie règne au point que la Cédéao menace d'envoyer une force d'intervention.

Les militaires maliens, sous pression des pays voisins, se sont engagés à rendre le pouvoir aux civils deux semaines après leur coup d'Etat à Bamako. La première priorités du futur gouvernement sera de tenter de pacifier le Nord du Mali tombé aux mains de rebelles touareg et islamistes.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de la junte qui avait renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré, accusé "d'incompétence" dans sa gestion de la situation dans le Nord, est apparu vendredi soir à la télévision nationale pour annoncer le prochain transfert du pouvoir aux civils. Ce transfert, qui prévoit la désignation d'un président de la République et d'un Premier ministre de transition jusqu'à la tenue d'élections (présidentielle et législatives) est contenu dans un "accord-cadre" conclu avec les représentants de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Levée immédiate des sanctions

Après avoir imposé le 2 avril un embargo diplomatique, économique et financier "total" à la junte, la Cédéao, qui a dépêché à Bamako des négociateurs conduits par le ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, a décidé la levée "immédiate" de ses sanctions, juste après l'accord.

Les auteurs du coup d'Etat se voient offrir de leur côté l'amnistie. Le document de cinq pages précise que le président Touré doit pouvoir être protégé et libre de choisir sa résidence.

Conformément à la constitution, l'accord stipule que le poste de chef de l'Etat intérimaire doit être occupé par le président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, qui, avec son Premier ministre et le gouvernement qu'il va former, aura 40 jours maximum pour organiser des élections.

Le "ouf" de soulagement de la population

"Je pousse un ouf de soulagement". A l'image d'Ahmed, de nombreux Maliens rencontrés samedi à Bamako étaient satisfaits de l'accord entre les pays d'Afrique de l'Ouest et la junte militaire pour un retour du pouvoir aux civils, mettant ainsi fin à l'embargo régional. "Nous nous sentions suffoquer, mais dans la mesure où il y a eu cet accord, nous soufflons, en espérant que cela puisse être le prélude à une solution à la crise que vivent les populations dans le Nord", déclare Ahmed Elkori, originaire de Tombouctou. Il regrette "la situation catastrophique" dans le Nord, à Tombouctou, Kidal et Gao, tombées il y a une semaine aux mains de rebelles touareg et de groupes criminels armés et islamistes, ces derniers voulant imposer la charia dans les zones sous leur contrôle.
Le soulagement était également général au marché Dabanani, dans le centre-ville.


Certains commerçants et clients ont salué le geste de la junte dirigée par le capitaine Amadou Sanogo, qui a renversé le 22 mars le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT) en l'accusant d'incompétence dans la gestion de la crise dans le Nord. "Je suis très, très content de l'accord, et je félicite notre capitaine de l'engagement pris" au moment où "le Mali est en deuil, où le Mali a mal dans son âme", a dit le jeune Abdoul Aziz Touré. "Le capitaine, il a fait son travail, on le remercie. Il a accepté qu'on enlève l'embargo, c'est déjà l'essentiel. Mais que le peuple malien soit serein, la lutte ne fait que commencer", a affirmé un autre jeune.

Depuis que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a appliqué ses sanctions économiques et financières au Mali, le 2 avril, pour obliger les putschistes à partir, c'était "une monotonie totale" pour les affaires, note Nankoma Traoré, commerçant. "Nous sommes très contents de la levée de l'embargo pour le Mali". Selon lui, "l'essentiel, c'est qu'aujourd'hui le Mali s'est retrouvé (...) pour une solution avec l'aide de tous les pays voisins. C'est ça que nous voulons saluer aujourd'hui dans toute cette histoire".


L'anarchie demeure dans le Nord du pays


Mais en dépit du transfert du pouvoir aux civils, l'inquiétude demeure concernant la situation dans le Nord, en proie aux violences et au chaos. Plusieurs dizaines de femmes ont manifesté samedi à Bamako, en réclamant la paix pour dénoncer les agressions et violences qui y sont commises. "La paix, rien que la paix!", "Le Mali est un et indivisible!", "Libérez le Nord!", "Pour les femmes et les jeunes, l'unité nationale n'est pas négociable", ont scandé les manifestantes, qui ont marché sur une courte distance avant de se rassembler près de l'Institut français de Bamako. "Au troisième millénaire, ce qui se passe au Nord-Mali n'est pas digne des êtres humains!", a déclaré à l'AFP Mme Oumou Touré, présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafom).
"Nous avons entendu des cris des femmes qu'on viole dans l'indignité! On a entendu des enfants! On a coupé des mains!", a-t-elle affirmé, ajoutant: "C'est une honte totale".

La situation dans la moitié nord dont les trois capitales administratives de Kidal, Gao et Tombouctou sont contrôlées depuis une semaine par les rebelles touareg, les islamistes armés et d'autres groupes criminels, hypothèque la tenue d'élections dans les délais prévus.

Le président de l'Assemblée, M. Traoré, a quitté samedi Ouagadougou pour Bamako où il va mener "des consultations afin que la paix s'instaure au Mali", a déclaré à l'AFP un membre de son entourage, en précisant qu'aucune date n'a encore été arrêtée pour son investiture "mais ça doit se faire dans les plus brefs délais". Pour Tiébilé Dramé, chef de l'un des plus importants partis politiques maliens, le Parti pour la renaissance nationale (Parena), "l'heure est à l'union, la réconciliation et la tolérance". "Nous devons avoir une pensée émue pour la partie de notre peuple qui vit aujourd'hui dans les trois régions du Nord, coupée du reste du pays" a-t-il déclaré sur Radio France internationale (RFI),

La France prête à renprendre sa "coopération bilatérale"

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a "salué" l'accord qui "permet le retour à l'ordre constitutionnel" et "crée les conditions pour avancer vers la recherche d'une solution politique concernant le Nord".

Dès l'installation des autorités civiles, "la France reprendra sa coopération bilatérale civile et militaire" interrompue après le putsch, a-t-il ajouté. Les populations du Nord sont victimes d'exactions, de pénuries et de la sécheresse, qui cumulés, ont "des effets dévastateurs", selon les organisations humanitaires internationales.

La proclamation d'indépendance du Nord, vendredi, par le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg), unanimement rejetée en Afrique et dans le reste du monde, ajoute à la confusion. Elle ressemble plus à un effet d'annonce qu'à une réalité sur le terrain où le MNLA semble avoir été marginalisé par les islamistes du mouvement Ansar Dine (Défenseurs de l'islam) d'Iyad Ag Ghaly, figure des ex-rébellions touareg des années 1990, appuyé par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont trois des principaux chefs ont été vus à Tombouctou avec lui. L'un d'eux, Mokhtar Belmokhtar, est arrivé dans la nuit de vendredi à samedi à Gao, a appris l'AFP de sources concordantes.

Six Français toujours retenus en otage

Aqmi retient en otage au Sahel six Français et le président du comité de soutien à deux d'entre eux, Philippe Verdon et Serge Lazarevic, enlevés en novembre 2011 dans le Nord du Mali, a appelé la France à "ne pas oublier" ses ressortissants.

La Cédéao a menacé vendredi de recourir à la force pour mettre fin à la partition après la déclaration d'indépendance du MNLA. Elle a rappelé "à tous les groupes armés du Nord du Mali" que ce pays est "un et indivisible" et qu'elle "usera de tous les moyens, y compris le recours à la force, pour assurer l'intégrité territoriale du Mali". L'organisation ouest-africaine - 15 membres, dont le Mali - envisage d'y envoyer une force militaire de 2.000 à 3.000 hommes. Les chefs d'état-major des armées de la Cédéao ont élaboré un "mandat" pour cette force, qui reste à approuver par les chefs d'Etat.

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