LIEUX D'INSPIRATION (3/6) - Sarah Chiche : « Bordeaux, c’est comme une personne que j’aime »
Olivier Mony
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Sur les bords de la Garonne, début juillet à Bordeaux (Gironde).
latribune.fr
Olivier Mony
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Sur les bords de la Garonne, début juillet à Bordeaux (Gironde).
latribune.fr
Elle arrive. Souriante, fatiguée, robe noire, cache-cœur blanc et noir, escarpins crème, d'une folle élégance, d'une folle inquiétude. Elle a peu dormi la nuit précédente. Lundi 8 juillet à la gare Saint-Jean de Bordeaux, Sarah Chiche dit se sentir comme une survivante. Elle a survécu à la crainte de ce que cette psychanalyste appelle « un passage à l'acte dément ». L'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. Elle avoue avoir été terrorisée, mais ne pas avoir eu envie de l'admettre, s'être tenue au silence durant ces quelques semaines pour ne pas ajouter du bruit au bruit. Même si elle admet aussi qu'en tant qu'écrivaine cette situation inédite et redoutée la passionne... Tout de même, Bordeaux lui est, ce jour-là, plus que jamais un soulagement.
À lire également
Cette ville, elle ne la découvre vraiment que début 2010. La famille de son ancien compagnon, père de sa fille, qui en est originaire, lui a servi de guide. Tout de suite, elle se dit - et c'est rare chez elle - qu'elle pourrait y vivre, « [s]'y ensevelir », dit-elle. Elle est intarissable sur « ses paysages contrastés, les pierres salies, le labyrinthe des rues et la grande ouverture sur le fleuve ». Le vent à la tombée du jour lui paraît déjà être celui de la mer. « Bordeaux, c'est comme une personne que j'aime, c'est composé de plusieurs strates. Ici, le passé recouvre tout : l'âge gallo-romain, le XVIII e siècle, le passé colonial, le Bordeaux de la Seconde Guerre mondiale dont les échos sont encore si puissants. » Celui plus contemporains des écrivains aussi. Sollers ou son amie Chantal Thomas... Des voix oubliées au fond du jardin de sa mémoire.
Olivier Mony