Norvège : l'alternance, mais pour quoi faire ?

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Le premier ministre norvégien sortant Jens Stoltenberg (à gauche) et son adversaire et futur premier ministre Erna Solberg
Le premier ministre norvégien sortant Jens Stoltenberg (à gauche) et son adversaire et futur premier ministre Erna Solberg (Crédits : Reuters)
La droite a gagné les élections norvégiennes, malgré la popularité du premier ministre travailliste sortant et les attentats de 2011. Examen des raisons d'une volonté de changement dans le royaume pétrolier. pourtant prospère.

Huit ans après son arrivée au pouvoir, le premier ministre norvégien sortant, le travailliste Jens Stoltenberg, a subi une nette défaite électorale lundi. Sa coalition de gauche n'a obtenu que 72 sièges sur les 173 du Storting, le parlement norvégien. En 2009, il en avait obtenu 86. C'est donc sans doute la chef de file du principal parti conservateur, Erna Solberg, qui devrait occuper pour les quatre prochaines années le 18 de l'Inkognitogata, la résidence du premier ministre du royaume.

 Le traumatisme de 2011

Cette défaite a de quoi surprendre, a priori. Depuis le dernier scrutin de 2009, le pays a été secoué par le drame des attentats d'Anders Breivik le 22 juillet 2011 qui ont fait 77 victimes et qui ont visé le parti travailliste norvégien. Anders Breivik avait par ailleurs quelques liens avec le Parti du Progrès (Frp), parti ultraconservateur et anti-immigration qui, depuis le milieu des années 1990, occupe la troisième place dans l'échiquier politique norvégien et avait toléré le dernier gouvernement de droite de Kjell Magne Bondevik entre 2001 et 2005.

Bonne santé économique

L'émotion suscitée dans le pays par ces attentats devait logiquement être favorable aux Travaillistes et à Jens Stoltenberg. Dans les mois qui ont suivi l'attaque, sa popularité avait atteint des niveaux inédits. D'autant que l'économie norvégienne est demeurée plus que résistante aux secousses de la crise mondiale. L'importance du secteur énergétique et la non-adhésion à l'UE et à l'euro ont laissé le pays à l'abri des secousses du vieux continent. Le PIB « de la terre ferme » qui exclut la production énergétique, a ainsi progressé de 2,5 % en 2011 et 3,4 % en 2012. Il est certes attendu en décélération cette année (la banque Nordea table sur 2 %), mais le chômage reste très bas, aux alentours de 3,5 % de la population active. Quant à la consommation des ménages, elle demeure soutenue avec des taux de croissance de 2,5 à 3 % par an.

>> Lire aussi : La Norvège ne sait pas quoi faire de ses 760 milliards de pétrodollars

De bonnes raisons de remercier la gauche ?

Malgré tout, les Norvégiens ont remercié Jens Stoltenberg. On chercherait en vain les raisons de cette séparation. Certes, l'inflation s'est accéléré en août à 2,5 % sur un an contre 1,8 % en juillet, ce qui a pu créer des mécontentements. Mais le mouvement est très récent. Certes, il y a eu quelques critiques concernant la gestion des forces de sécurité après les attentats de 2011. Mais est-ce une raison pour choisir un centre-droit qui, durant la campagne, s'est dit prête à s'allier avec le Frp. Certes encore, la Norvège connaît un taux de prélèvements obligatoires important (43,2 % du PIB en 2011 selon OCDE), et les citoyens pouvaient être sensibles aux promesses de baisses d'impôts de la droite. Mais d'une part ce taux est inférieur à celui des pays voisins (le taux est de 48,1 % au Danemark, 44,5 % en Suède) et, d'autre part, il n'a, jusqu'ici, gêné ni les investissements, ni la consommation.

La question de l'immigration

Le seul vrai sujet discriminant est celui de l'immigration, que le Frp a imposé comme un sujet majeur depuis vingt ans. Et si le Frp a connu sa première défaite électorale depuis 1995, cédant 6 points, il reste un parti incontournable avec près de 17 % des voix et 29 députés. La victoire de la droite prouve en réalité que ce thème du droit d'asile et de l'immigration reste majeur pour les citoyens norvégiens et que le FrP n'a pas été entièrement discrédité par les événements de 2011.

Lassitude

Mais la défaite de Jens Stoltenberg s'expliquera sans doute d'abord par la lassitude, par la volonté de voir une nouvelle équipe arriver au pouvoir. En bref, par l'ennui d'un pays prospère dont le principal problème est de trouver les bonnes méthodes pour gérer sa fortune pétrolière, ce fonds souverain de près de 600 milliards d'euros. Les Norvégiens ne seront sans doute pas déçus. La constitution d'une coalition de cinq partis risque d'être délicate. Déjà, le Frp a exigé cinq ministres et un durcissement de la loi sur le droit d'asile, ce qui gêne beaucoup le principal parti conservateur, Høyre. De quoi briser un peu l'ennui pendant quelques semaines.

 >> Lire aussi : Norvège, les malheurs d'une économie qui se porte trop bien

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Commentaires
a écrit le 11/09/2013 à 12:43 :
Franchement, la Norvège on s'en fiche. Pas dans l'UE et encore moins en zone euro, des revenus pétroliers à ne savoir qu'en faire, un modèle social qui génère en contrepartie une extrême droite "étonnante"... Bref, à part y aller voir des rennes, pas de quoi susciter un intérêt à apprendre un patois nordique.
Réponse de le 11/09/2013 à 14:27 :
La Norvège intéresse les amateurs de ski de fond, de black métal et d'histoires trolles !
a écrit le 11/09/2013 à 2:34 :
Tout simplement por faire l'inverse de ce que font les socialos.
Réponse de le 11/09/2013 à 10:08 :
Il est vrai que Sarko était venu à bout de 600 milliards en moins de 4 ans...
a écrit le 10/09/2013 à 21:56 :
... obsédés par le "multiculturel" ne comprennent pas qu'on a aussi le droit de ne pas vouloir du multi machin, et ce n'est pas qu'en norvège. Le Danemark, la Hollande (le pays, hein, pas votre comique), l'Italie, bref pas mal de gens pensent aussi qu'il n'est pas nécessaire d'avoir x pourcents de sa population qui soit d'une ethnie différente , voire fort différente, pour se sentir heureux et se donner un air civilisé. Ca marche tellement bien le multiculturel que maintenant tous les pays commencent à réguler ce flux, même la Suède. A Rome, fais comme les Romains dit le proverbe. Ben...les norvégiens n'ont rien contre les gauchos mais ont fort probablement quelque chose contre la multi-ethnicité qui doit leur casser les....
Et c'est leur droit. Norvégien, j'aurais fait comme eux.
a écrit le 10/09/2013 à 18:45 :
Oui l'économie se porte bien en Norvège, mais est-ce suffisant ? je fréquente ce pays depuis quelques trois ans
aussi je suis en mesure d'affirmer qu'il y a un grand malaise au niveau du multiculturel - ce que votre article ne
décrit pas, hélas la presse en france ne semble pas faire son job.
Réponse de le 11/09/2013 à 11:07 :
@Centlem : C'est quoi la presse en France pour vous ? Marianne, Rue89, Courrier International, entre autres, ont tous fait des articles sur le problème de l'immigration en Norvège. Si vous faisiez l'effort de lire autre chose que la presse "gouvernementale" vous verrez qu'en France on a l'esprit critique.
Réponse de le 11/09/2013 à 11:27 :
je pense que centlem fait reference aux grands medias et pas aux titres que vous citez, dont
80% des francais ignorent jusqu'a l'existence....
a écrit le 10/09/2013 à 18:02 :
Anders Breivik doit apprécier: la gauche locale et sa politique immigatoire est détestée par l'opinion et ça, c'est un tournant. Même les norvégiens peuvent se réveiller et réagir.L'europe ne les plombe pas et ils sont plus libres dans une vraie démocratie.Les veinards!...

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