"La réactivité ne suffit pas, il faut un plan de modernisation"

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L'ancien Premier ministre juge positivement l'ouverture d'un dialogue social, mais critique le plan de relance : il n'est pas assez visionnaire et ne modernise pas suffisamment notre économie.

La Tribune : Le dialogue ouvert par Nicolas Sarkozy avec les partenaires sociaux et la rencontre du 18 février sont-ils le signe d?une bonne réaction dans la crise ?

Dominique de Villepin : Il est indispensable de prendre en compte l?inquiétude sociale et d?associer les partenaires sociaux à la politique économique et sociale, tout en fixant un cap clair dans la crise. Et ce cap, je veux le rappeler, c?est la modernisation de notre pays. Car la crise est à la fois conjoncturelle et structurelle. Nous changeons de monde et nous ne reviendrons pas en arrière. Avec l?émergence d?une nouvelle économie, ce qui se joue, c?est la hiérarchie des Etats pour les décennies à venir. Et cette hiérarchie, demain encore plus qu?aujourd?hui, va se fonder sur le critère de l?innovation. La réactivité, c?est bien, mais cela ne suffit pas. Nous devons nous préparer à une véritable révolution des mentalités et des comportements.

Un seul cap donc ?

Je regrette qu?au cours des derniers mois les efforts aient été trop dispersés dans des réformes tous azimuts, comme l?audiovisuel public ou le juge d?instruction, et qu?on ait privilégié une gestion dans l?urgence. Ce qu?il faut aujourd?hui pour notre pays, ce sont deux choses : une exigence de justice sociale pour rassembler et une vision à long terme pour mobiliser. Il faut bien sûr gérer la crise, mais il faut aussi une politique de sortie de crise. A un plan de relance, je préfère un plan de modernisation. Je veux poser deux questions concrètes : comment la France sera positionnée sur les marchés de demain, comme le solaire, la voiture propre, les nouvelles technologies, qui vont être les moteurs d?une nouvelle croissance ? Et comment peut-on faire pour que le niveau du chômage baisse dans les années à venir aussi vite qu?il aura monté en 2009 ? Il nous faut des réponses concrètes.

Lesquelles ?

En termes d?innovation, je veux faire deux propositions : d?abord, que les projets industriels labellisés par les pôles de compétitivité bénéficient d?un financement prioritaire des banques, sous le contrôle du médiateur du crédit. Ensuite, pourquoi ne pas créer un guichet unique de l?innovation, un véritable service public chargé d?aider les entreprises dans leur développement et leur dialogue avec les pouvoirs publics ?

Etes-vous d?accord avec l?idée de supprimer la première tranche du barème de l?impôt sur le revenu ?

C?est un des éléments de faiblesse de notre pays que davantage de Français ne contribuent pas à l?impôt, même de manière symbolique. Je privilégierai pour ma part les autres pistes avancées par Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy est-il en position d?incarner ce consensus nécessaire aux réformes ?

Le point de départ doit être de regarder la vérité en face et de tirer les leçons des derniers mois. D?abord, la politique de rupture de Nicolas Sarkozy a été engagée à contretemps et à contresens, cherchant à imposer en France un modèle qui a fait faillite outre-Atlantique, et alors même que nous avions engagé entre 2005 et 2007 avec mon gouvernement un combat sur trois fronts qui commençait à porter ses fruits : la bataille de l?emploi, en réduisant le chômage de deux points ; la bataille contre l?endettement public, en ramenant le déficit de 50 milliards à 37 milliards d?euros ; la bataille du patriotisme économique, à travers protection et compétitivité. Ensuite, il y a aujourd?hui un problème de gouvernance : une mauvaise répartition des tâches du fait d?un déséquilibre de nos institutions, d?où un président de la république qui court le risque d?être isolé et fragilisé. La surexposition fait négliger un aspect important de la fonction présidentielle : l?anticipation, la vision, la sérénité. Par ailleurs le risque qui a été pris de stigmatiser un certain nombre de catégories, par exemple les enseignants-chercheurs, les magistrats, les banquiers, est regrettable au moment où il faut mobiliser en rassemblant davantage et non chercher à cliver.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je ne peux m'empêcher d'être sceptique sur la sincérité de Dominique de Villepin dans ses critiques sur la politique du gouvernement. Depuis son affaire avec Sarkozy, on peut quand même douter de ses intentions.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
on va commencer à regretter villepin.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
il est fort de café de lire au début de l'interview de la part du créateur du CPE, lorsque l'on se souvient de la façon dont il a procédé, "qu'il est indispensable de prendre en compte l?inquiétude sociale et d?associer les partenaires sociaux à la politique économique et sociale, tout en fixant un cap clair dans la crise"
Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Les observations de DdV, bien que générales, paraissent fondées en ce qui concerne la direction à prendre : justice sociale, vision long terme etc. Puisse notre Président de la République, qui semble avoir la volonté de bien faire, prendre le recul nécessaire pour clarifier les grans objectifs et les faire partager aux Français en les rassemblant.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Sans tenir compte de la crise, la performance pendant la période de VILLEPIN lorsqu'il était Premier Ministre semble être plus cohérent avec la baisse du chômage, la réduction des déficits et l'accent sur le développement des pôles de compétitivité. L'inconvénient aujourd'hui est que la France a un président qui gère tout comme one man show au détriment du fonctionnement de l'institution, de la démocratie (audiovisuel, réforme militaire, limitation le temps du parole de l'opposition...).
En revanche, je ne suis pas d'accord avec la stratégie de l'ex-Premier Ministre. La France doit se spécialiser dans les secteurs où les chinois et les tchèques ne savent pas faire (le retour Avantime-Renault, aéronautique, espace, militaire-défense,nucléaire....). Tous les rapports stratégiques ont prévu la faillite des constructeurs automobiles en 1990s et il devrait n'exister que 3 constructeurs dans le monde. Il faut accélérer la délocalisation (Dacia-Renault à Roumanie, Peugeot en Tchéquie au lieu de les stopper). Les sociétés allemandes ont gagné la bataille de l'exportation grâce à une forte valeur ajoutée et haute spécialisation et forte délocalisation vers les pays de l'Est et la Chine (ex: Volkswagen en Tchéquie et en Chine qui devient le premier consommateur des véhicules devant les US). Le rapport mondialisation de Jean ARTUIS en 1980s est toujours à jours. Il ne faut pas précipiter pour construire un nouveau modèle EPR, rentabiliser d'abord l'ancien modèle et les vendre par milliers partout dans le monde pour faire réduire le déficit commercial.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Quel dommage que cet homme soit à l'origine du CPE. Qu'attend il pour créeer une liste aux européennes. Il f
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bien sùr qu'il faut un plan de modernisation,investir pour l'avenir et pas un simple plan de relance.Tousles plans de relance ont pour point commun de creuser le déficit.Or,nous sommes déjà particulièrement endettés,la balance commerciale est déficitaire.Investir,oui,mais ces 1000 mesures(dont les sommes supplémentaires mises en jeu,20 milliard prévus avant la chùte de croissance,26 après)ne justifient pas "mettre le paquet"Seuls 6 milliards sont destinés à combattre les effets de la récession.Serviront-ils à l'innovation?!Vivement qu'on vous retrouve,monsieur de Villepin!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
bravo Mr DE Villepin,vous avez raison il faut faire une feuille de route,economie,social,politique afin que le pays voit qu'il faut se serrer la ceinture mais que d'année en année on voit le pays sortir du "trou"stop aux
frais,jet de la republique qui sont a dispo 24/24 un exemple,l'appartement de Mme Alliot-Marie est gardé a Ciboure 24/24 365/365,il y a 3 CRS c'est une affaire qui coute au moins 1 million d'euros et tout est comme cela.
Gerons le pâys comme easy-jet en "low-cost" comme on fait dans les PME.REprenez du service Mr.De VIllepin

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