Trump accuse la Chine de « la plus grosse opération de piratage de données électorales de l’histoire »

Donald Trump s'est exprimé jeudi depuis la Maison Blanche.
SAUL LOEB/Pool via REUTERS

Donald Trump s'est exprimé jeudi depuis la Maison Blanche.
SAUL LOEB/Pool via REUTERS
Donald Trump revient à la charge. Le président américain a lancé jeudi des accusations de fraude contre la Chine lors de l’élection présidentielle de 2020, qui auraient selon lui permis à son adversaire de l’époque, le démocrate Joe Biden, de l’emporter.
Dans un discours d’un peu plus de 25 minutes, le républicain a martelé que des documents des services de renseignement, tout juste déclassifiés par la Maison Blanche, confirment ses dires.
Donald Trump est catégorique : les documents « montrent que, sur plusieurs années, à partir de l'élection de 2020, la Chine a mené ce qui apparaît comme la plus grosse opération de piratage de données électorales de l'histoire, aboutissant à l'acquisition illicite par la Chine de 220 millions de fichiers d'électeurs américains ».
Il accuse également le pays d'avoir tenté de « fabriquer des bulletins de vote illégaux pour Joe Biden ».
Pourtant, aux États-Unis, les fichiers d'électeurs sont déjà largement accessibles publiquement. Chaque État est chargé de les rendre disponibles et ils sont souvent vendus.
Même s'ils avaient été téléchargés de manière illégale, cela « n'aurait en aucune manière compromis » les résultats de l'élection, estime Stephen Richer, du cercle de réflexion conservateur Cato Institute.
D’après la Maison Blanche, les informations que la Chine aurait récupérées comprennent les « noms, adresses, numéros de téléphone, affiliations politiques et autres données sensibles nécessaires à l'inscription sur les listes électorales ou à la conduite d'activités malveillantes ».
Pour prouver sa bonne foi, la Maison Blanche a dédié une page de son site internet à ce sujet. Des documents classifiés y sont téléchargeables. On y trouve des notes, des rapports, des échanges de mails… Des fichiers largement barrés de bandes noires pour assurer la confidentialité de certaines informations.
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La Chine a qualifié de « pures inventions » les propos de Donald Trump. « Les allégations formulées par la partie américaine ne sont que de pures inventions et des calomnies malveillantes dont il a été prouvé depuis longtemps qu'elles étaient sans fondement », a déclaré ce vendredi Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse.
Avant le discours, Liu Chang, porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington, avait déjà affirmé que « la Chine n'est jamais intervenue et n'interviendra jamais dans les élections présidentielles américaines ».
Si Donald Trump tient souvent des points presse, il n’est pas friand de discours solennels prononcés depuis la Maison Blanche, comme celui tenu ce jeudi.
Les médias avaient été prévenus de cette intervention et plusieurs grandes chaînes, dont ABC, CNN et NBC, ont choisi de ne pas retransmettre en direct le discours en raison du caractère controversé des annonces attendues. Toutes trois ont néanmoins assuré une retransmission en direct sur leurs plateformes de streaming, et certaines stations affiliées à ABC ont choisi de diffuser le discours.
Les chaînes de télévision ne sont de toute façon pas légalement tenues d'accéder à la demande d'un président de diffuser un discours en direct, comme le rappelle le journal The Guardian. Et c’est déjà arrivé par le passé qu’elles ne le fassent pas, lors des mandatures de Barack Obama ou de Joe Biden notamment.
Reste que cette décision a provoqué l’ire de Donald Trump, qui a réclamé la révocation de leurs licences de diffusion. « [NBC et ABC], et d'autres médias, font partie d'un complot. Elles veulent continuer cette fraude. (...) Une fraude comme celle-ci devrait signifier le retrait de leurs licences », a-t-il déclaré.
Ce n’est pas la première fois que l’actuel président américain affirme s’être fait « voler » l’élection de 2020. Il n’a eu de cesse de le répéter après le scrutin perdu. Or, par la suite, plus de 60 actions en justice ont été menées, sans mettre au jour de fraude susceptible de modifier le résultat du scrutin. Même au sein de l'administration Trump, des responsables ont rejeté à plusieurs reprises ces allégations.
Un rapport déclassifié de mars 2021, émanant des principales agences de renseignement des États-Unis, n'a relevé « aucune indication que le moindre acteur étranger ait tenté de modifier un quelconque aspect technique du processus de vote ». Les agences y ont conclu avec un « haut degré de certitude », que Pékin « n'avait pas mené d'actions d'ingérence et avait envisagé, sans les mettre en œuvre, des actions d'influence visant à modifier le résultat ».
Une autre évaluation gouvernementale a également établi qu'il n'y avait « aucune preuve qu'un acteur lié à un gouvernement étranger » ait impacté l'élection.
Ce retour à la charge de Donald Trump laisse à penser à certains de ses opposants qu’il prépare déjà le terrain en vue des élections de mi-mandat de novembre, dont la campagne commence pleinement à prendre son essor aux États-Unis.
Ces élections s’annoncent difficiles pour le camp républicain, les sondages s’affichant à la défaveur du pouvoir en place. Si bien que des démocrates redoutent que le président cherche à jeter le discrédit général sur le système électoral, afin de pouvoir mettre en doute le résultat du prochain scrutin s'il ne lui est pas profitable.
(Avec AFP)