Identité nationale : "en France, nous manquons d'un rêve partagé"

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Pour l'Institut Montaigne, qui organise ce matin un colloque sur le thème « Qu'est-ce qu'être 
français ? », mieux vaut parler d'identité de la France 
que d'identité nationale. Découvrez l'intégralité de cette interview ce vendredi dans La Tribune.

La Tribune - Pourquoi un débat sur l'identité française vous a-t-il paru nécessaire??
 

François Rachline - L'Institut Montaigne n'a pas utilisé l'expression « identité nationale ». Il a posé une question avec le souci de faire répondre nos concitoyens, quelles que soient leurs origines, la couleur de leur peau ou leurs croyances. Il est possible que le débat sémantique soit aujourd'hui dépassé, il n'est cependant pas secondaire. L'identité de la France est un grand sujet, parce que c'est un pays qui a connu de profonds brassages de populations. Se demander ce que signifie être français me paraît non seulement nécessaire, mais tout à fait indispensable. Cette question a été totalement négligée depuis vingt-cinq ans. S'il est complexe à dresser, le portrait-robot du Français aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celui d'il y a quarante ans. La France, comme le reste du monde, a changé en profondeur. Il est légitime de s'interroger sur ce que nous sommes. Il est sans doute plus pertinent de s'interroger sur l'identité de la France. C'est une question qui traverse notre histoire politique, depuis la Révolution jusqu'à de Gaulle, en passant par Ernest Renan, Jaurès ou Mendès France. Elle reste d'actualité. La France est un creuset qui accueille, depuis toujours, une grande diversité de peuples. Il faut donc préférer la logique d'ouverture ? qui renvoie aux origines, aux appartenances, aux perceptions ? à une logique de conformité, qui risque de laisser croire qu'il n'y aurait qu'une seule manière d'être français. La difficulté, dans un univers à la fois ouvert et multiple, est précisément de faire émerger ce qui est commun entre des apports différents et nombreux. À l'évidence, le sentiment d'appartenance est de moins en moins immédiat. D'ailleurs, le fait que la proposition d'Éric Besson ait suscité une telle réaction dans tous les milieux politiques et intellectuels est bien le signe que c'est une question qui fait débat, dont il faut apprécier toute la dimension avant même d'essayer d'y répondre.

- En quels termes se pose-t-elle??

 

L'interrogation qui traverse la société tout entière me paraît être celle-ci?: comment faire vivre ensemble ces Français dont les origines, les histoires, les croyances et les aspirations peuvent être différentes?? C'est cette extraordinaire diversité qui a engendré, en France, le besoin d'un État fort, mais aussi l'importance de la loi, symbole de permanence, peut-être pour compenser une certaine versatilité des Français, que César observait déjà chez les Gaulois. Ces traits, d'une certaine manière, caractérisent l'identité de la France. Pour faire tenir ensemble des populations disparates, ne fallait-il pas inventer une solution qui réprime tout excès et organise le mélange?? Comment créer de la stabilité, quand les forces centrifuges des revendications identitaires régionales se manifestent dès que le pouvoir central s'affaiblit?? C'est bien cette aspiration constante à l'équilibre qui aboutit à adopter des règles communes, telles que la laïcité, l'égalité entre homme et femme, la liberté d'opinions et de croyances, le refus de la polygamie, etc. L'adhésion à ces règles est essentielle pour préserver l'égalité des chances entre tous les citoyens, quelles que soient leurs origines, et redonner tout son sens à la devise de la République française, Liberté, Egalité, Fraternité. Il y va de la cohésion sociale de notre pays. Cela dit, je ne suis pas certain que l'organisation d'un débat dans des préfectures soit la meilleure manière d'approfondir la question.

Découvrez l'intégralité de cette interview ce vendredi dans La Tribune.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2009 à 17:22 :
Oui, la France est depuis des siècles une terre de brassage des populations.
Mais jusqu'ici tous les apports venaient dans leur immense majorité de populations de culture chrétienne, les autres n'étant que de petites minorités.
Maintenant, il sagit d'une masse en proportion considérable de tenants d'un système théocratique qui n'a rien à voir avec la démocratie et la laïcité qui n'était jusqu'ici dans un pays de moralité judéo-chrétienne que pile et face avec le religieux d'une même pièce.

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