Violences scolaires : les orientations de Chatel déçoivent la communauté éducative

Les cinq grandes orientations annoncées jeudi en clôture des Etats généraux de la sécurité à l'école par le ministre de l'Education nationale, jugées en décalage avec les travaux, ont rencontré un accueil mitigé.

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(Crédits : © 2010 Thomson Reuters)

« Les états généraux ont été ouverts par le ministre de l'Education et clos par le porte-parole du gouvernement. » C'est ainsi que réagit mercredi, amer, Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, à l'issue des états généraux de la sécurité à l'école. Quasi unanimement, syndicats enseignants et organisations lycéennes ont jugé les cinq grandes orientations annoncées par Luc Chatel « en décalage » avec les réflexions de fond menées pendant les travaux par de nombreux spécialiste de monde scolaire. « Nous n'attendions pas de énième plan. Mais nous sommes déçus de l'écart entre le niveau des débats et le discours du ministre » résume ainsi Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT.
 

De fait, même si le président du conseil scientifique des états généraux, Eric Debarbieux (chercheur en sciences de l'éducation et président de l'Observatoire international de la violence à l'école) a prévenu que les états généraux n'étaient qu'une première étape, Luc Chatel a tenu à lancer cinq grandes orientations qu'il entend « mettre en œuvre dans les prochains mois. Outre une meilleure mesure de la violence dans les établissements scolaires, le ministre a mis l'accent sur la formation des enseignants, principal leitmotiv des états généraux. Les formations initiale et continue devront intégrer des modules spécifiques. « Ce qui me frappe le plus, c'est l'isolement du professeur » a répété Luc Chatel. Cette proposition, même si elle répond à une attende largement partagée, a été froidement accueillie. Pourquoi ? Parce que la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, qui doit s'appliquer à la rentrée, fait l'unanimité contre elle justement à cause de manque de formation pédagogique.
 

Le plan de sécurisation des établissement sera par ailleurs renforcé avec la formation, d'ici à 2012, de 14.000 chefs d'établissement et le doublement des effectifs des équipes mobiles de sécurité (équipes souvent composées d'anciens personnels éducatifs ou forces de l'ordre). Luc Chatel compte par ailleurs « redonner du sens aux sanctions ». Tout en exigeant que l'exclusion de l'établissement devienne exceptionnelle, il a réaffirmé sa volonté de voir les allocations familiales suspendues en cas d'absentéisme scolaire. Une sanction pourtant jugée « improductive » par la majorité de la communauté éducative et scientifique. Eric Debarbieux a d'ailleurs précisé mardi « qu'un élève sur 5 s'absente par peur » justement des violences scolaires. Un plan santé sera par ailleurs présenté fin 2010 et une conférence nationale aura lieu sur les rythmes scolaires (une demande récurrente à l'heure ou sont pointées les conséquences de la suppression de l'école le samedi).
 

Enfin, les établissements les plus exposés à la violence bénéficieront d'actions « ciblées ». Aux réseaux « Ambition réussite » devrait se substituer un programme baptisé « CLAIR » (collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite) expérimenté dès 2010 dans une centaine d'établissements et généralisé à la rentrée 2011. Ce programme, qui doit à terme déboucher sur « la résolution de la problématique de la carte scolaire », intègrerait une innovation qui a déjà provoqué l'ire de plusieurs syndicats enseignants : le choix des équipes par les chefs d'établissement. « C'est ce qui se fait dans le privé, remarque Christian Chevalier. Si le modèle à suivre aujourd'hui en France est celui de l'enseignement catholique privé, c'est inacceptable ! ». De son côté, Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, rappelle que cela « va à l'encontre de la réglementation actuelle ».
 

Bref, ces orientations, qualifiées de « mascarade » par la Fidl (deuxième organisation lycéenne) ne sont en général pas jugées à la hauteur, d'autant plus que Luc Chatel n'a pas souhaité donner de précisions sur les moyens dégagés. A cet égard, ces marges de manœuvres devraient être minces alors que la restriction budgétaire est la règle dans la fonction publique. La règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a déjà engendré la suppression de 50.000 postes d'enseignants depuis 2007 et les revalorisations salariales annoncées récemment ont été réduite à portion congrue.

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Commentaire 1
à écrit le 08/04/2010 à 16:03
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Par "communauté éducative" on entend juste les syndicats. Parce que je peux dire que les profs, eux, sont contents d'avoir été entendus. Idem pour les personnels d'administration. Donc que les syndicats soient pas contents parce qu'ils sont dans une ...

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