La nouvelle formation des professeurs bouleverse le paysage universitaire

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Les responsables d'IUFM estiment que les nouveaux masters enseignement ont un impact important sur l'organisation des universités et de la recherche. Ils interpellent les politiques pour que soit créé un grand organisme de recherche et des programmes scientifiques dédiés à l'éducation.

La réforme de la formation des enseignants a fait couler beaucoup d?encre (La Tribune du 5 mars 2010). A fortiori à la rentrée dernière, qui a vu débarquer dans les classes des cohortes de professeurs débutants sans formation pratique et sans filet. Avec cette réforme, qui impose aux futurs professeurs d?être titulaires d?un master (bac + 5 contre bac + 3 auparavant) mais supprime l?année de stage en alternance en institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) , c?est bien sûr la qualité de la formation des enseignants et de l?enseignement dispensé aux élèves qui sont en jeu. Mais se pose aussi la question du paysage universitaire et de la recherche en éducation.

Sujet polémique

Ce sont les principales réflexions du colloque organisé les 25 et 26 novembre par la conférence des directeurs d?IUFM (CDIUFM) à l?occasion des 20 ans de ces structures qui ont succédé aux écoles normales. Le moment idéal, selon Gilles Baillat, le président de la CDIUFM, pour en dresser le bilan et surtout les nouvelles perspectives, alors que  "se profilent des échéances politiques majeures où les questions de l?éducation et de la formation tiendront une place essentielle". Régulièrement accusés d?être un repaire de "pédagogistes" par les "disciplinaires", les IUFM ont été intégrés aux universités en 2008, premier pas vers la réforme de la formation des enseignants, dite  "mastérisation" dans le jargon de l?Education.

C?est cette fameuse mastérisation qui a de lourdes conséquences : la formation est désormais dispensée au sein des masters enseignements des universités. "550 spécialités de masters ont été ouvertes à la rentrée", précise Gilles Baillat. Du jamais vu. Avec plusieurs questions de fond qui se posent : ces masters ne préparent pas vraiment aux concours que les étudiants doivent passer pour devenir enseignants ; ils ne prévoient que peu de stages (conscient du problème, le ministère réfléchi depuis cet été à l?instauration de masters en alternance avec 50% de temps sur le terrain rémunérés en tant qu?assistant d?éducation) ; et surtout, estime Gilles Baillat, ils provoquent la déstructuration "de tout un pan de l?université", peu habituée à gérer ce genre de formation. Autre conséquence mise à jour, la question de la recherche en éducation, prolongement logique des masters.

Or sur ce sujet tout est à faire. "La recherche en éducation est mal identifiée en France, qui accuse un retard sur les autres pays. Il n?y a par exemple pas de grand organisme de recherche dédié à ce thème", constate Gilles Baillat. Le raison ? En France, l?éducation a toujours été traitée de manière très idéologique et donc les recherches sur ce sujet ont été "hypothéquées par la polémique", les sciences de l?éducation n?étant pas toujours vues d?un bon ?il (l?école étant avant tout perçue comme devant produire des savoirs par le biais de disciplines). Alors qu?à l?étranger, les "facultés de l?éducation" sont courantes. Dernière illustration en date, les tribulations de l?institut national de recherche pédagogique, bientôt intégré à l?ENS de Lyon.

Lobbying

La CDIUFM a donc commencé son lobbying auprès des politiques pour qu?un organisme de recherche dédié et le lancement "de programmes scientifiques structurants" dans la perspective d?allocation de moyens aujourd?hui inexistants. La constitution de réseaux nationaux et européens sur la formation des enseignants est aussi appelé de leurs v?ux. "Il faut une réflexion avec l?ensemble des acteurs", insiste Gilles Baillat. L?occasion aussi de préciser le rôle futur des IUFM, "appelés à devenir de véritables pôles sur les métiers de l?éducation et de la formation".

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Commentaires
a écrit le 29/11/2010 à 12:35 :
Pour résumer il serait bon pour l'EN de regarder du côté de la procréation : Inutile de se masturber les neurones et de s'inspirer de l'insémination artificielle et autres bébés éprouvettes, la meilleure méthode c'est la plus naturelle pratiquée depuis la nuit des temps!!!

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