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ÉconomieFrance

Voyage au pays des PME qui ont réussi (ou pas) à surmonter la crise

Anne Eveno, Blandine Hénault, Lysiane J. Baudu, Céline Jeancourt-Galignani et Fabien Piliu

Publié le 22 janvier 2011 à 19:03

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Les PME ont été les principales victimes de la crise. Le nombre de faillites recule aujourd'hui, mais beaucoup pansent encore leurs plaies. Un chef d'entreprise a écrit un livre pour témoigner.

Et si c'était le bout du tunnel pour les PME... Les chiffres publiés mardi par Altares montrent un net repli en 2010 des procédures collectives (redressements judiciaires, liquidations et procédures de sauvegarde) affectant les entreprises. D'une année sur l'autre, le recul est de 4,9% avec près de 60.000 procédures, mais surtout, et c'est sans doute plus important, les experts d'Altares relèvent que le mois de septembre a marqué "un retournement sensible" sur le front des défaillances d'entreprises. Au dernier trimestre de l'année écoulée, 14.586 ouvertures de procédures collectives ont été enregistrées : c'est 9,2% de moins que durant la même période de 2009, soit près de 1.400 entreprises épargnées. Dans le détail, l'industrie, qui avait payé un lourd tribut à la crise, semble voir désormais son horizon s'éclaircir. Quelques activités à destination des particuliers, notamment dans les métiers de la santé ou de l'action sociale, restent néanmoins fragiles.

Dans le même temps, comme en attestent les statistiques publiées également mardi par l'Insee, la création d'entreprises ne s'est jamais aussi bien portée en France que l'année dernière (lire ci-contre). Parmi celles qui ont résisté tant bien que mal à la crise, il y a le groupe Solic, une PME spécialisée dans le conseil en ressources humaines. Dans son récit intitulé "Ma petite entreprise a connu la crise", en passe de devenir l'un des succès de librairie de ce début d'année, Nicolas Doucerain, son président, retrace le parcours de cette PME en pleine expansion en juin 2008. Elle sera à deux doigts de disparaître quelques mois plus tard. Et maintenant ? L'activité de Solic et des PME tricolores a enfin redémarré. Les embauches reprennent timidement. Mais on ne se remet pas facilement du plus gros choc encaissé par les pays industrialisés depuis 1945.

Nouveau pic de création d'entreprises en France en 2010

En Bourse, on a l'habitude de dire que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Reste à savoir si ce dicton boursier a une traduction dans la vie des entreprises. A la fin des années 1990 et au début des années 2000, il se créait chaque année en France entre 200.000 et 220.000 entreprises. Mais, avec les lois Dutreil (2003 et 2005) puis l'entrée en vigueur en 2009 du régime de l'auto-entrepreneur d'Hervé Novelli, le phénomène est entré dans une nouvelle dimension, au point de signer année après année des millésimes record. 2010 ne fait pas exception à la règle avec 622.039 entreprises, soit une hausse de 7,2% par rapport à l'an dernier.

Sur l'ensemble de l'année 2010, plus d'une entreprise sur deux (359.699) a été créée sous le statut de l'auto-entrepreneur. Ce régime permet aux salariés, chômeurs, retraités ou étudiants de développer une activité à titre principal ou complémentaire pour accroître leurs revenus, avec des démarches simplifiées et un régime fiscal avantageux. Ce goût des Français pour entreprendre s'explique sans doute en partie par la crise, comme le reconnaît la présidente du Medef. "Il y a toujours dans les créations d'entreprises l'initiative de personnes qui se trouvent au chômage, et c'est formidable", a commenté mardi Laurence Parisot, qui dans le même temps se réjouit qu'il soit "plus facile de créer son entreprise".

Bémol

Ce tableau en apparence idyllique ne doit pas faire oublier que la moitié des auto-entrepreneurs ne réalisent pas de chiffre d'affaires la première année de leur création. Par ailleurs, les derniers mois de 2010 ont été marqués par un essoufflement des créations d'entreprises avec une baisse de 4,1% au quatrième trimestre par rapport à la même période de 2009 (6,3% pour les auto-entrepreneurs). Les optimistes pourront y voir le signe que le marché de l'emploi est en train de se redresser. Et tant pis pour les arbres qui ne monteront pas jusqu'au ciel.

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Interview de l'auteur du livre "Ma petite entreprise a connu la crise", Nicolas Doucerain

"UN DEPOT DE BILAN DOIT AIDER A REPARTIR, PAS COULER L'ENTREPRISE"

Ce chef d'entreprise a tenu à coucher sur le papier l'histoire de son entreprise, son ascension, ses difficultés critiques et sa renaissance.

La Tribune - Florissante jusqu'en juin 2008, votre entreprise a failli disparaître en quelques mois. Avez-vous été imprudent ?

- Certainement. Mais c'est facile de le dire maintenant. Nous avions des finances saines, 2,5 millions de trésorerie, un chiffre d'affaires en hausse... Et en trois mois, notre carnet de commandes a chuté de 55%. Nous n'avions pas anticipé un choc si brutal.

- Quelles précautions auriez-vous dû prendre ?

- Travailler avec un minimum de partenaires externes plutôt que d'internaliser 100% des compétences et permettre ainsi à la structure de mieux anticiper les fluctuations du marché. Gonfler davantage la trésorerie. Avec 4 millions d'euros dans les caisses, nous aurions pu faire face à la chute de l'activité et financer notre plan de sauvegarde de l'emploi.

- Vous êtes très sévère avec ce PSE...

- Ce plan a failli nous obliger à mettre la clé sous la porte ! Les indemnités accordées aux cadres, les coûts liés aux procédures de licenciement et d'accompagnement ont épuisé notre trésorerie. Au-delà de cet aspect simplement comptable, je regrette l'énergie et le temps dépensés pour établir ce plan car je devais parallèlement dénicher de nouveaux clients pour que Solic survive. Les chefs d'entreprise ne sont pas formés au dépôt de bilan. Bien mené, il peut permettre aux entreprises de repartir. Actuellement, je ne suis pas sûr que le dépôt de bilan n'accélère pas plutôt la liquidation des entreprises.

- Au-delà du PSE, comment Solic est sortie de la période d'observation ?

- Grâce à une solidarité sans faille entre le chef d'entreprise et ses collaborateurs, une confiance renforcée entre l'entreprise, ses clients et ses partenaires.

- Les banques et Oséo vous ont-ils soutenus ?

- Nous avions deux partenaires bancaires. L'un d'entre eux nous a apporté son aide, l'autre a failli précipiter notre chute définitive. Quant à Oséo, l'établissement nous procurait sa garantie à hauteur de 60% des nouveaux prêts mais notre banque principale refusait de cautionner les 40% restants. Elle voulait que je me porte garant sur mes biens personnels. J'ai refusé.

- Pourquoi avez-vous décidé de jouer la carte de la transparence en annonçant à vos banques, fournisseurs et clients que vous étiez en difficulté ?

- Je ne voulais pas qu'ils l'apprennent de manière détournée ou déformée. Si certains ont tenté de profiter de la situation, cette transparence nous a servis : des clients nous ont proposé de régler nos honoraires en dix jours, contre 45 habituellement. D'autres nous ont suggéré d'augmenter nos honoraires.

- Comment se porte aujourd'hui Solic ?

- Nous sommes sortis de la période d'observation avec les félicitations du juge. Or, celui-ci doutait de nous. Même si notre chiffre d'affaires a été divisé par deux, l'exercice 2010 a été bon. Et nous sommes en train de regonfler nos effectifs.

CINQ AUTRES TEMOIGNAGES

Thierry Larcena, Kipopluie

Au début de l'année 2008, Thierry Larcena s'associe avec l'entreprise Kipopluie, spécialisée dans la récupération des eaux de pluie de toiture. Il s'agit d'installer des citernes auprès de collectivités locales et d'entreprises désireuses de faire des économies sur leurs dépenses en eau. Il lance l'activité dans les Pays de la Loire et le Centre. Mais c'était sans compter avec la crise immobilière... Les effets, pour Kipopluie, sont dévastateurs. Les projets d'installation de citernes restent dans les tiroirs. "Je me suis battu pendant deux ans, raconte Thierry Larcena. Ne voyant pas de signaux positifs, j'ai décidé d'arrêter." Pour conclure : "la réussite devient alors un mythe." Depuis juillet 2010, il est sur le marché de l'emploi...

Marc Vigouroux, Serpa

C'est ce qu'on appelle avoir le nez creux. "L'industrie n'a pas attendu la crise de 2008-2009 pour connaître ses premières difficultés. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de ne plus compter sur nos seuls clients industriels pour développer l'entreprise. Nous travaillons maintenant quasiment à parts égales avec les entreprises du tertiaire", explique Marc Vigouroux, l'un des deux cofondateurs de Serga, une société francilienne d'études et de réalisation en génie acoustique. Toujours pour amortir le choc lié à la diminution des chantiers et maintenir le niveau de son chiffre d'affaires (500.000 euros en 2009), l'entreprise a développé la partie "études" de son activité. «La réalisation d'études acoustiques représente aujourd'hui 20% de notre chiffre d'affaires, contre 10% avant la crise», précise Marc Vigouroux.

Ebrahim Sammour, Hitechpros

"La crise a commencé à se faire sentir pour nous au second semestre 2009, non sans provoquer une certaine frayeur", raconte Ebrahim Sammour, directeur général délégué de Hitechpros. "Mais comme nous avions connu la crise de 2001, nous étions armés pour de nouvelles difficultés. Nous avons fait attention à garder une trésorerie importante tout en veillant à multiplier nos secteurs d'activité." La société, spécialiste de l'intermédiation du marché des services informatiques, a ainsi limité ses clients dans la banque à 7% de son chiffre d'affaires. "Globalement, nous essayons de ne pas réaliser plus de 10% du chiffre d'affaires sur un seul secteur d'activité", précise le dirigeant. Résultat, les revenus de la société ont baissé de seulement 9% en 2009 et devraient afficher une croissance à deux chiffres en 2010.

Eric Lanzi, Geoconcept

Pour faire face à la baisse de son activité, l'éditeur de systèmes d'information géographique Geoconcept a su resserrer discrètement les budgets. "Pour réduire le coût élevé d'organisation de notre club d'utilisateurs, nous avons fait une manifestation en ligne, explique Eric Lanzi, son PDG. Nous avons aussi réduit la voilure en Espagne, fait un audit de nos dépenses et dynamiser notre stratégie commerciale pour limiter la baisse de l'activité." Le chef d'entreprise regrette le recours au chômage partiel. "La petite réduction de charges offerte par ce dispositif ne compense pas le stress qu'il engendre au sein de l'entreprise", estime Éric Lanzi, pour qui la crise a eu le mérite d'augmenter l'appétit de ses clients pour certains outils, notamment celui qui permet l'optimisation de tournées.

Brigitte Le Ridou - Dussaut, COI3 Consulting

En 2009, après vingt ans dans la finance, Brigitte Le Ridou-Dussaut est licenciée économique dans le cadre d'un plan de départs volontaires. C'est pour elle l'occasion de faire le point. "Je me suis dit qu'il fallait opérer un tournant dans ma vie professionnelle", dit-elle. Elle avait d'ailleurs déjà réfléchi au métier de formatrice pour adultes, qu'elle avait exercé ponctuellement dans ses anciennes fonctions, sur les marchés de matières premières. "J'avais identifié qu'il y avait un déficit de formation, en particulier dans la finance carbone", ajoute-t-elle. Elle saute le pas, d'autant qu'elle a bénéficié d'un "package" financier de son employeur. "Un vrai luxe pour moi, avoue-t-elle. En tout cas, la crise m'a permis de rebondir, d'exercer un métier que j'aime et de concilier vie professionnelle et vie personnelle."

Anne Eveno, Blandine Hénault, Lysiane J. Baudu, Céline Jeancourt-Galignani et Fabien Piliu

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