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Quand les assureurs viennent au secours des banques

Catherine Gerst, associée, Citigate Dewe Rogerson

Publié le 17 juin 2011 à 16:16

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Pour être en mesure de respecter les normes prudentielles Solvabilité II, les assureurs sont de plus en plus intéressés par la dette bancaire garantie par des actifs. Une bonne nouvelle pour les banques qui ont de plus en plus de mal à trouver sur le marché des ressources longues.

L'année 2013 sera charnière pour les États de la zone euro mais aussi pour les banques européennes. Quelque 2.500 milliards de dollars de dette bancaire arriveront à cette date à maturité, dont 621 milliards pour l'Allemagne, 362 milliards pour le Royaume-Uni et 139 milliards pour la France. Un montant astronomique qui va se télescoper avec les besoins de financement des États de la zone euro. Qui va pouvoir absorber cette demande de financement ?

Le contexte est déjà préoccupant : les investisseurs institutionnels, généralement friands de dette obligataire bancaire (dite « senior unsecured »), continuent de douter de la solidité des institutions financières. Preuve de la grande nervosité du marché, le coût de refinancement de la dette obligataire des banques a grimpé au même prix que celui de la dette subordonnée, nettement plus risquée, avant la crise financière. Et depuis début 2011, le financement des banques par de la dette obligataire est en déclin au profit des « covered bonds », des obligations collatéralisées, garanties par des portefeuilles d'actifs bancaires de qualité. Ainsi, les émissions bancaires sur le marché en euros (au 20 mai), se sont réparties à 43 % en dette « senior unsecured » (contre les deux tiers avant la crise) et à 50 % en dette « covered bonds », donnant pour la première fois la priorité au financement des banques par la dette collatérisée.

Cette dernière est jugée par les investisseurs beaucoup plus sûre car elle est garantie par des portefeuilles d'actifs, selon des critères stricts d'éligibilité régissant les émissions d'obligations foncières en Europe. Cependant, cette source de financement n'est pas extensible à l'infini. Par construction, elle suppose que les banques disposent sans compter de portefeuilles éligibles à ce type de financement. De plus, s'il advenait que les banques donnent en garantie une trop grande proportion de leurs portefeuilles d'actifs de qualité, elles se verraient rapidement soumises à la pression des agences de notation, qui ne manqueraient pas de souligner que, à force de vider leurs bilans des meilleurs portefeuilles, leur qualité de crédit s'en trouverait dégradée.

Où donc aller chercher désormais ces besoins de financement des banques européennes ? Banquiers et assureurs commencent à y réfléchir. Car, heureux hasard ou non, les deux industries ont aujourd'hui un intérêt commun. En effet, comme le souligne Robert Priester, executive director à la Fédération européenne des banques, la nouvelle réglementation bancaire, dite Bâle III, demande aux banques d'allonger la maturité de leur « funding » alors que les nouvelles normes prudentielles Solvabilité II découragent les assureurs d'investir dans de la dette à long terme.

En clair, les banques devront, d'un côté, renforcer leur ressource financière à long terme et les assureurs devront, de l'autre côté, trouver des placements à long terme les moins coûteux en fonds propres. Les normes Solvabilité II, plus contraignantes, exigent en effet la mise en réserve de fonds propres par classes d'investissement, les placements en actions étant les plus fortement pénalisés, suivis par la dette obligataire. En revanche, le traitement prudentiel des dettes sécurisées par des portefeuilles apparaît comme beaucoup plus favorable. En outre, les assureurs se trouvent aujourd'hui confrontés à un effet ciseaux lié, d'une part, à une décennie de taux très bas sur leurs placements de l'assurance-vie et, d'autre part, aux promesses de rendement élevé à leurs assurés. En plus, ils doivent se préparer, désormais, à une remontée des taux sur leurs portefeuilles obligataires et, par conséquent, à une baisse du rendement qui sera finalement délivré aux assurés.

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Les compagnies d'assurances ont donc tout intérêt à investir dans des dettes bancaires adossées à des portefeuilles d'actifs, qu'il s'agisse de « covered pool », ou de portefeuilles plus risqués, prenant ainsi en quelque sorte le relais de la BCE, en faisant du « reverse repo ». Ces investissements seront moins coûteux en fonds propres que les investissements en actions et beaucoup plus rentables que les obligations d'État dans lesquelles les assureurs investissent traditionnellement. Les assureurs pourraient ainsi apporter aux banques la liquidité à long terme dont elles ont besoin, en échange de portefeuilles d'actifs bancaires, qui ne se limiteront pas seulement aux actifs éligibles des « covered bonds » compte tenu des besoins de financement des banques.

On voit donc se dessiner la montée en puissance de ce mode de financement des banques par les assureurs. Si la mise à disposition de capitaux par les assureurs aux banques n'est pas un phénomène nouveau, elle devrait prendre, dans les prochaines années, une ampleur inégalée compte tenu de l'assèchement des sources de financement traditionnelles des banques. Cette perspective ne devrait pas laisser les régulateurs indifférents. Ces échanges bilanciels d'envergure, encouragés par l'entrée en vigueur simultanée de Bâle III et de Solvabilité II, renforcent les liens financiers entre la banque et l'assurance, quitte à lier durablement leur sort en cas de nouvelle crise. Il ne faudrait pas en effet que le problème qui frappait les banques hier - accumulation dans les bilans de portefeuilles d'actifs supposés sûrs et bien garantis mais qui ont failli - touche désormais les assureurs, jusqu'ici relativement épargnés des effets de la crise financière. La prochaine crise pourrait alors être d'une ampleur inégalée et frapper cette fois-ci directement les épargnants via leurs contrats d'assurance-vie.

Catherine Gerst, associée, Citigate Dewe Rogerson

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