Un Français sur trois voit dans le "chacun pour soi" une menace pour la cohésion sociale

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L'image d'une société individualiste et inégalitaire domine encore nettement les représentations des Français, révèle une enquête du Credoc pour le compte de la Direction générale de la cohésion sociale. Plus de huit personnes sur dix considèrent que la société française est divisée et fragmentée. Beaucoup voit dans le respect mutuel et la tolérance les conditions d'une meilleure cohésion sociale.

Ce ne sont ni les discriminations, ni le chômage, ni la pauvreté qui, aux yeux de l'opinion, fragilisent la cohésion sociale mais...l'individualisme. 31% des Français interrogés par le Credoc à la demande de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) voient dans le "chacun pour soi" une réelle menace ! Ainsi l'image d'une société égocentrique où chacun agit dans son propre intérêt sans se préoccuper des autres est très présente chez les Français. Si bien qu'au total 83% de la population déplorent la faiblesse de la cohésion sociale. Le sentiment de solitude, qui affecte 47% de la population de façon régulière ou occasionnelle, et le manque de confiance envers autrui (52%) nourrissent par ailleurs la vision d'une société fragmentée et distante.

Les efforts de chacun pour vivre ensemble

Et pourtant le sujet leur "parle". 78% proposent spontanément une définition de la cohésion sociale lorsqu'on leur demande quels sont les mots ou les expressions qui leur viennent à l'esprit à ce sujet. En tête : l'aspect relationnel (46%) sous les termes "vivre ensemble, en bonne entente, sans conflit, des gens proches les uns des autres". Vient ensuite l'aspect économique (21%) autour de la "lutte contre les inégalités" et pour "un partage des richesses" ainsi que des "conditions de vie décentes pour tous". Enfin, une petite frange de désespérés (17%) voient dans la cohésion sociale une "utopie" voire une "arnaque" et un "leurre politique". "La désaffection de la population pour les formes d'action collectives traditionnelles (hausse de l'abstention, diminution du syndicalisme, rejet des institutions, etc...) laisse penser que les individus se sont, d'une certaine manière, désinvestis du collectif", note Régis Bigot, responsable du département Aspirations et conditions de vie des Français.

Modèle mixte

L'étude du Crdeoc révèle cependant que nos concitoyens se sentent, au premier chef, responsables et acteurs du bien-être commun : "les efforts de chacun pour vivre ensemble" arrivent ainsi en tête des facteurs qui contribuent le plus aujourd'hui à renforcer la cohésion de la société (33%). Mais au-delà de la place accordée aux initiatives personnelles (57%) nos concitoyens se montrent aussi sensibles au rôle des structures collectives : l'école, la protection sociale, les services publics rassemblent ainsi 41% des suffrages. Les Français sont donc attachés à un modèle mixte alliant solidarité entre individus et solidarité publique. "Une conception qui diffère du système social-démocrate des pays scandinaves où l'Etat joue un important rôle distributeur, du modèle libéral (anglo-saxon) qui met l'accent sur la responsabilité individuelle et la régulation par le marché, ou du modèle méditerranéen où les solidarités familiales sont très vivaces", relève le Credoc.

Garantir un niveau de bien-être minimal

Qui de l'Etat, des collectivités, du secteur privé ou des citoyens est alors le mieux placé pour améliorer la cohésion sociale dans l'Hexagone ? C'est encore des pouvoirs publics qu'une réponse est attendue à 65%, avec une attente forte du côté des communes. 19% estimant que les habitants eux-mêmes ont leur rôle à jouer (un avis qui émane principalement des cadres et diplômés du supérieur entre 25 et 39 ans). Quant aux entreprises....seul 1% considèrent que l'entreprise peut jouer un rôle dans l'action sociale. Signe que la crise financière a ruiné ces deux dernières années le crédit accordé au monde économique. En période de crise, la population est toujours un peu plus en attente des pouvoirs publics.  Ce qu'ils en attendent ? La possibilité d'accéder à un emploi (53%), de bien se loger (37%) et une éducation de qualité (25%). L'idée d'une compétition permanente pour obtenir un travail est présente, créant un climat peu propice à favoriser une société unie.

D'ailleurs, seuls 38% ont le sentiment que chacun a la possibilité de trouver la place qu'il mérite dans notre société, le sentiment de déclassement étant plus aigu chez les catégories modestes et les classes moyennes. Autrement dit, les Français attendent des pouvoirs publics qu'ils agissent en amont des ruptures, en offrant à chacun des chances équitables. Or l'image d'une société injuste et inégalitaire est très présente dans le corps social.

Le respect, vertu première de la cohésion sociale

Conséquence et fait nouveau : les Français attribuent aux conduites et comportements individuels les conditions désormais indispensables pour assurer la cohésion sociale. Le "respect" (41%) apparaît ici comme la clef de voûte, la solidarité n'arrivant qu'en seconde position avec 19% des suffrages. "La notion de respect des autres fait écho à la place occupée par l'individu dans nos sociétés et introduit une notion de réciprocité : pour bâtir la cohésion sociale, il faut accepter de reconnaître à chacun sa valeur. En un mot j'attends pour moi-même autant de considération que j'en dois à autrui", analyse Sandra Hoibian du Credoc. "Cette étude nous dit en substance qu'il faut que les gens s'entendent mieux, se parlent plus et se respectent plus. Mais aussi que l'Etat donne le cadre par des aides dans trois domaines : emploi, logement et éducation, ce qui donnerait aux gens de meilleurs possibilités de se respecter", ajoute, de son côté, Christophe Fourel, chef de la mission analyse stratégique à la DGCS. Au c?ur de la cohésion sociale enfle désormais la question des inégalités.

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Commentaires
a écrit le 29/09/2011 à 9:14 :
Pourquoi certains Français (32 %) continuent à soutenir Sarkozy le "diviseur" ? Pourquoi élisent-ils qq'un qui ne respecte que lui-même? Les Français seraient-ils masochistes ?
Réponse de le 29/09/2011 à 10:39 :
les français sont nul en histoire.. Au lieu de remonter à l'empire bysantin, faudrait avoir une matière politique des différents courants et acteur depuis 1930. ça permettrait au futurs electeurs de démasquer les retourneurs de veste et autres publicites!!
Réponse de le 29/09/2011 à 10:50 :
Parce qu'il est le seul à avoir eu le courage de faire ce qu'il fallait faire sur de nombreux sujets alors que beaucoup sont toujours dans le déni.
Il ne divise pas plus qu'une Aubry ou que de n'importe quel gauchiste qui monte les uns qui bossent et qui ont un peu d'argent contre les autres...
Réponse de le 29/09/2011 à 15:44 :
Fallait-il vraiment baisser les impôts des plus favorisés pour finalement augmenter ceux de tout les français au final ?
Fallait-il se lancer dans la course aux emprûnts alors que le problème de la dette était déjà connu ?
Réponse de le 04/10/2011 à 22:12 :
la dette de la France a brutalement augmenté dès 94/95 avec balladur /sarkozy ! tiens donc et depuis on a eu 2 mandats Chirac ! ceux qui disent que seule la gauche est dépensière se trompent ! depuis 2000 le smic n(augmente plus alors que les loyers ont monté ! l'immobilier hors de prix pour les plus modestes et les jeunes ; la cohésion sociale est menacée ! pas besoin d'avoir fait sciences po pour comprendre que l'argent ne circule plus assez...

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