Fillon a des progrès à faire s'il veut rejoindre le maître Raymond Barre

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Si l'exécutif assume désormais la rigueur, les hausses d'impôts n'atteindront pas les sommets des années 1970.

Le budget 2012, vraiment « le plus rigoureux depuis 1945 » ? François Fillon est peut-être allé vite en besogne en lançant cette affirmation. La rigueur, que l'exécutif assume désormais comme telle - le Premier ministre se positionne sur cette ligne depuis de longs mois - se traduira certes en 2012 par des hausses d'impôts d'une ampleur exceptionnelle. Fini la pudeur, le discours « langue de bois » sur l'absence d'augmentation d'impôts (seules des « dépenses fiscales », les fameuses niches, seront écornées, disait-on encore avant l'été). Si l'on se base sur les estimations avancées par Nicolas Sarkozy d'un plan de 6 à 8 milliards annoncé ce lundi, les impôts et les charges supplémentaires pourraient, au total - en incluant les hausses déjà prévues - dépasser les 15 milliards d'euros l'an prochain. Soit pas loin de 0,8 point de PIB, ce qui est considérable.

Mais, depuis 1945, certains ont fait beaucoup mieux, si l'on peut dire. Ainsi, Raymond Barre, à coups de hausses de cotisations sociales et de taxes diverses, avait augmenté les prélèvements obligatoires de près de 2 points lors du plan de stabilisation de 1979 ! Ceux-ci sont alors passés, précisément, de 37,6 % du PIB en 1978 à 39,4 % en 1979, selon l'Insee. Une hausse supérieure à celle enregistrée sur l'ensemble de la première législature socialiste : la « rigueur Delors », comme on a pu alors l'appeler après le tournant de mars 1983, s'était traduite par une hausse des prélèvements de « seulement » 1,5 point. À l'époque, et aujourd'hui encore, même si le gouvernement promet de s'attaquer au sujet, les plans de rigueur concernent avant tout les recettes, et non les dépenses publiques.

Éviter les erreurs du plan Juppé

Quand le professeur Barre décide un tel plan de rigueur, le budget de l'État est en déficit (depuis 1974, il n'a pas été à l'équilibre, se plaît à rappeler Nicolas Sarkozy). Mais l'impasse n'a alors rien à voir, par son ampleur, avec celle d'aujourd'hui. Le déficit pour l'État est, en 1978, de... 1,2 milliard d'euros. Aujourd'hui, Bercy se félicite de pouvoir le ramener autour de 80 milliards. Au total, le déficit de l'ensemble des administrations, qui justifie la potion amère assénée par le Premier ministre Barre, atteint en 1978... 1,7 % du PIB. Devant de tels chiffres, on parlerait presque aujourd'hui d'équilibre.

Le plus étonnant, c'est que ce plan de redressement imposé par le « meilleur économiste de France » (dixit, alors Valéry Giscard d'Estaing) a lieu dans un contexte de croissance forte, eu égard aux « standards » actuels. Les tenants de la stabilité monétaire ont imposé l'idée que la fin des années 1970 aurait été marquée par une croissance faible, minée par les dévaluations et l'inflation. Il n'en est rien. En 1978, la hausse du PIB atteint 3,9 %. Elle est encore de 3,4 % en 1979, avant de chuter en 1980, sous l'effet du second choc pétrolier.

Évidemment, il n'en sera rien en 2012. Ce qui explique pourquoi le plan de rigueur, symétrique par son ampleur de la relance de 2009, risque de pénaliser l'économie. De ce point de vue, l'exécutif cherche à éviter les erreurs d'Alain Juppé qui, lui aussi, avait pratiqué la rigueur. Décrivant comme « calamiteux » l'état des finances publiques laissé par le gouvernement Balladur, dont le ministre du Budget était... Nicolas Sarkozy, Juppé décide au début de l'été 1995 une série de hausses générales d'impôts. Dont 2 points de TVA. Au total, les prélèvements seront augmentés d'un peu plus de 15 milliards d'euros (soit 1,2 % du PIB de 1995), ce qui fit dire à François Hollande que Juppé « incarnait physiquement l'impôt » tandis que l'idée s'imposait dans l'opinion qu'Alain Juppé, à trop vouloir taxer (notamment la TVA, augmentée de 2 points, à 20,6 %), avait « cassé » la croissance. Voilà pourquoi le gouvernement actuel a pris soin, jusqu'à maintenant, de bien cibler ses augmentations de prélèvements, récusant les hausses générales, et ciblant les agents économiques sur lesquels une ponction aurait peut-être des conséquences limitées sur l'activité. Les économistes les plus keynésiens, plutôt opposés aux hausses d'impôts, admettent que la réduction des niches fiscales est le moyen le moins « coûteux » en termes de croissance de diminuer le déficit public.

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Commentaires
a écrit le 07/11/2011 à 17:30 :
Principale mesure de d'economie sur le poste de depense le plus important (500 milliards d'euros par an) en l'occurence les prestations sociales : augmentation limité a 1 % ...avec ça on va aller loin !!
a écrit le 07/11/2011 à 13:19 :
"les économistes les plus keynésiens, plutôt opposés aux hausses d'impôts" ?!?!?

non mais on croit réver en lisant cela !!!
Par nature, un Keynésien est POUR les hausses d'impôts, afin que l'état ponctionne l'épargne privée pour redistribuer (et prendre sa marge, euh son coût au passage)pour augmenter la consommation ...
a écrit le 07/11/2011 à 8:38 :
fillon n'est pas comparable à raymond barre ,
ce dernier était avant tout un économiste reconnu professeur d'université dans cette discipline ce qui n'est pas le cas de fillon dont les dimensions intellectuelles n'ont pas été prouvées par des validations de diplômes ou acquis de réputation ,
fillon est allé vers le monde politique en étant assistant parlementaire dans la sarthe on sait comment l'accession se fait à ce niveau
raymond barre c'est le monde politique qui est allé vers lui ,sa réelection il n'en avait cure ,ce qui lui importait était une gestion rigoureuse
ce qui pour la réelection n'est pas le cas de fillon qui prépare son terrain sur paris avec la complicité de tibery il n'est dons pas pertinent ni objectif d'essayer d'établir des comparaisons de ces deux hommes

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