Sarkozy joue le contre-pied de Jospin avec Michelin en 1999
Jean-Christophe Chanut
Jean-Christophe Chanut
Nicolas Sarkozy est manifestement en alerte maximale sur la questions du chômage. C'est l'interprétation à donner à son soutien, tardif, au projet de reprise de la compagnie SeaFrance par une Scop pilotée par la CFDT. Une solution pourtant taxée, il y a encore peu, de « jusqu'au-boutisme » par le ministre des Transports, Thierry Mariani.
En politicien averti, le chef de l'État sait bien que, si une élection présidentielle ne se gagne pas sur la question de l'emploi, en revanche elle peut se perdre à cause de la situation de l'emploi. Nicolas Sarkozy se remémore sûrement fort bien à quel point la fermeture en 1997 de Renault Vilvoorde, en Belgique, avait empoisonné la vie du Premier ministre Alain Juppé. Mais, surtout, le locataire de l'Élysée connaît très bien les conséquences fâcheuses, pour Lionel Jospin, de sa fameuse phrase « l'État ne peut pas tout », lancée en 1999 à propos des 1.880 licenciés de Michelin en France. Pas question, donc, de répéter les mêmes erreurs à quatre mois de l'élection présidentielle et à deux semaines d'un sommet social auquel le chef de l'État veut donner une certaine solennité alors que la France se dirige vers les 10 % de chômeurs.
Repousser le problème
Il lui faut, à l'inverse, afficher une image volontariste de l'État sur l'emploi. D'où la volte-face sur le dossier SeaFrance. Si le tribunal de commerce de Paris accepte le 9 janvier la solution de la Scop, cela permettra, à tout le moins, de reporter le problème après les élections du printemps... Reste que la CGT exprime ses doutes, parlant dans un communiqué « d'une manoeuvre politique de campagne électorale qui ne lui coûte rien financièrement » et de s'interroger sur l'absence de mobilisation du Fonds stratégique d'investissement (FSI).
Côté Parti socialiste, on marche sur des oeufs. Certes, on « se réjouit » de la nouvelle position du président de la République. Mais, dans le même temps, Alain Rousset, responsable du pôle production au sein de l'équipe de campagne de François Hollande, rappelle « que la plus grande vigilance s'impose donc pour s'assurer que ce projet est bien conduit à son terme avec des moyens conséquents ». Reste maintenant à espérer que des solutions heureuses seront aussi trouvées pour les autres plans sociaux à venir.
Jean-Christophe Chanut
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