Débat présidentiel : retour sur les passes d'armes en économie

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Attitudes, petites phrases, attaques et contre-attaques seront scrutées ce soir lors du duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Sur le fond, l'économie devrait dominer. Un sujet qui divise les candidats depuis le premier débat en 1974. Certains, comme ceux de 1981 et de 2007 font écho à celui de ce soir. Revivez quelques moments de ces duels .

A quelques heures du grand oral, les candidats s?échauffent. Devenue tradition de campagne depuis 1974, le débat d?entre-deux-tours passionne les Français. En 2007, ils étaient 20 millions à l?avoir suivi en direct. Alors que le spectre de la crise plane toujours sur une Europe frappée par la récession et le chômage, l?économie est plus que jamais au c?ur de la campagne. Or, depuis plus de trente ans, les thème de l'emploi, la fiscalité, l'investissement ou encore l'Europe sont autant de sujets de choix pour des rivaux qui manient de mieux en mieux l?arme télévisuelle. Les rencontres de 1981 et de 2007 sont particulièrement intéressantes à cet égard. En effet, la configuration de la première ressemble en certains points à celle de ce 2 mai. Quant à la seconde, elle voit Nicolas Sarkozy aiguiser son discours.

1981 : la crise économique, le chômage, et un bilan à défendre pour le président de droite

Il est aisé de vouloir dresser un parallèle entre le débat de 1981 et celui qui doit avoir lieu ce 2 mai. A l?époque, alors que s?achève un mandat de Valéry Giscard d'Estaing marqué par des ?affaires?, la France connaît une crise économique. Et les 60 propositions du programme de François Hollande aujourd?hui sonnent comme un lointain écho aux 110 de François Mitterrand. Avant le premier tour, les quinze autres candidats, y compris ceux de droite comme Jacques Chirac, Michel Debré, Marie-France Garaud et Jean-Marie Le Pen, appellent au changement. Le président-candidat d?alors, lui, cherche à défendre son bilan. Lorsque ce dernier et son rival socialiste se font face sept ans après avoir inauguré cette tradition télévisuelle, François Mitterrand a décliné la proposition de son concurrent de s?affronter deux fois.

Mais, le 5 mai 1981, au moment où débute ce débat présenté par Michèle Cotta et Jean Boissonnat, la situation est bien différente d?aujourd?hui. Si le chômage monte, son niveau est bien moindre et les enjeux européens ne sont bien sûr par les mêmes. L'issue du scrutin paraît très incertaine. Valéry Giscard d?Estaing a emporté le plus de suffrages au premier tour avec 28,3% contre 25,9%. Et pour le deuxième tour, les deux candidats sont aux coude à coude dans les sondages depuis le début du mois de mars (comme en témoignent ces chiffres de la Sofres).

Aussi, leurs échanges seront-ils très écoutés. Pendant une heure et demi, les répliques fusent. Dès la 35e minute, lorsque la partie économique du débat est abordée, François Mitterrand se montre offensif. Il reproche au bilan de son adversaire d?être marqué par une hausse de l?inflation et du chômage, de s?être trompé sur ces sujets dans ses discours précédents, de n?avoir pas tenu ses promesses de 1974. Ce à quoi Valéry Giscard D?Estaing répond qu?il a connu deux chocs pétroliers, en 1973-1973 et en 1978 au cours de son mandat. La postérité en retiendra surtout la répartie cinglante ? et travaillée ? de François Mitterrand critiquant ?l?homme du passif? qui lui fait face et qui, à plusieurs reprise, le taxe lui, ?d?homme du passé?.

Valéry Giscard d?Estaing se montre ensuite beaucoup moins combatif que son adversaire, même sur la question des nationalisations. François Mitterrand justifie l?étatisation de l?ensemble des banques ainsi que de 11 entreprises de l?industrie par la disparition de la ?concurrence? due au ?grand capital?. Un argumentaire à peine contredit par le président-candidat qui en profite seulement pour en appeler aux électeurs de Jacques Chirac susceptibles de s?inquiéter des risques pour la liberté d?entreprendre.

De même sur l?emploi, Valéry Giscard d?Estaing met en avant son programme pour la formation quand François Mitterrand trouve le temps d?évoquer pêle-mêle les conséquences sociales de ce problèmes, mais aussi un projet de créer les 35 heures de travail hebdomadaire, la généralisation de la retraite à 60 ans et la politique de grands travaux pour relancer l?économie. ?Si vous êtes élu, le chômage augmentera? lui répond alors le chef de l?Etat. Et de mettre en avant la hausse des charges pour les entreprises en cas d?augmentation du salaire minimum telle qu?elle est prévue par son opposant. ?VGE? questionne aussi son rival sur le financement de ses mesures. Ce dernier répond qu?il mise sur la croissance et ajoute ? Mon programme, monsieur Giscard d'Estaing, ne coûtera jamais aussi cher aux Français que ce que vous leur avez coûté par le chômage?, et l?inflation. C?est d?ailleurs par la croissance que le candidat socialiste justifie son intention de limiter les hausses d?impôt pour les tranches moyennes. En matière de fiscalité, il est aussi question de l?impôt sur les grandes fortunes, ?à partir de 3 millions de francs?.

Voici le débat dans son intégralité (la mention de "l'homme du passif" est évoquée à la 43e minute)

Au lendemain de ce débat, un sondage donne François Mitterrand gagnant et, le 10 mai, il remporte l?élection avec 51,76% des voix contre 48,24% pour le candidat de l?UDF.


1988 et 1995 : l'économie au second plan?

Emploi et fiscalité restent par la suite les grands thèmes économiques repris dans les débats de 1988 et 1995. François Mitterrand devenu président, marque le premier par des remarques cinglantes contre son Premier ministre Jacques Chirac. Au cours du second, Lionel Jospin indique sa volonté de rompre avec la politique de privatisation engagée lors des deux cohabitations précédentes. Au cours de ces deux débats, plus en plus de temps accordé à l?immigration, parallèlement à la hausse du nombre de voix obtenues par Jean-Marie Le Pen lors des scrutins. Et lorsqu?en 2002, le candidat du FN parvient à se classer au second tour, Jacques Chirac refuse de l?affronter à la télévision.

2007 : épreuve du feu pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy dispose de cet avantage sur François Hollande qu?il a déjà passé l?épreuve du feu. En 2007, il semble même sortir ?gagnant? du débat contre Ségolène Royal. Au lendemain de la rencontre, alors qu?il est déjà donné gagnant depuis plusieurs semaines, le candidat de l?UMP accroît son avance. Il est crédité de 54,5% des voix au second tour contre 45,4% pour son adversaire, selon un sondage réalisé par la Sofres. Au final, il fera un peu plus de 53%.

Lorsque démarre la rencontre présentée par Arlette Chabot et Patrick Poivre d?Arvor dans les Studios de Boulogne, il y a cinq ans, jour pour jour, la situation économique est, une fois encore différence de celle que nous connaissons aujourd?hui puisque ni la crise des ?subprimes? aux Etats-Unis, ni celle de la dette en Europe ne se sont encore produites. Si le pouvoir d?achat a été l?un des thèmes majeurs de la campagne, c?est sur la question de la dette publique que démarre le débat économique. Ségolène Royal, dans les premières minutes du duel, attaque son adversaire sur la dette avant l?appauvrissement des Français et le chômage. Elle interroge Nicolas Sarkozy sur sa responsabilité en tant qu?ancien ministre pendant la présidence de Jacques Chirac. Ce dernier réplique que les ?budgets de la France sont en déficit depuis 25 ans? puis il réaffirme son v?u de réduire les dépenses. ?Il faut réduire le train de vie de l'Etat?, martèle-t-il. Sa mesure-phare pour y parvenir : le non remplacement d?un fonctionnaire sur deux. Il compte aussi sur une hausse de la productivité. Ségolène Royal, explique de son côté qu?elle souhaite redéployer les fonctionnaires.

La joute se fait plus dure au moment où le sujet des  35 heures est abordée. Cette ?erreur monumentale?, selon Nicolas Sarkozy, n?a pas été supprimée par la droite au pouvoir, fait remarquer son opposante. Le candidat de l?UMP reprend son slogan et demande si Ségolène Royal acceptera de laisser les salariés ?travailler plus pour gagner plus?. Celle-ci défend le ?temps libéré? et ?un million d?emplois? créés.

Le ton monte au moment de la discussion sur les retraites, lorsque Nicolas Sarkozy questionne son adversaire sur le financement des pensions alors que la population vieillit. ?Cessez de m'interrompre!?, s?emporte la candidate socialiste, avant de défendre la prise en compte de la pénibilité et celle de l?écart entre hommes et femmes.

Enfin, au sujet de la fiscalité, Nicolas Sarkozy reprend des arguments qu?il devrait utiliser à nouveau ce mercredi: ? comme nous sommes dans un monde ouvert, si le travail est trop taxé madame, le travail s?en va. S?il n?y plus de capital et pas de travail, il n?y a pas de croissance ?, explique-t-il pour justifier son projet de bouclier fiscal limitant les ponctions à 50% du revenu. La fiscalité est d?ailleurs l?occasion de citer le nom de l?autre débattant de ce soir. ?Je sais que François Hollande a dit qu'il n'aimait pas les riches, c?était d?ailleurs une expression curieuse, il fixait un riche à 4000 euros, c'est qu'il ne doit pas s'aimer lui-même, car en plus, ce n'est pas beaucoup ! ? raille ainsi Nicolas Sarkozy. Un peu plus tôt, alors que le nom de l?actuel candidat socialiste était une première fois évoqué par Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal lui suggère de débattre directement avec lui. Ce qu?il fera ce soir, à 21h.

Les retraites sont évoquées aux alentours de la 60e minute, la fiscalité à 1h 17

 

--> Pour aller plus loin : le face à face de François Mitterrand et Jacques Chirac, et celui de Jacques Chirac et Lionel Jospin en 1995.

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a écrit le 03/05/2012 à 2:45 :
Excellent débat, même si une fois encore nos deux candidats n'ont pas cru devoir développer sur le fond la question de cette nécessaire intégration de ces 17 millions de personnes, issues de l'immigration, citoyens français à part entière.
Alors, je me propose très humblement de rendre publique une lettre adressée au Président de la république, laquelle - hélas - ne recevra pas le moindre début de réponse, si ce n'est des tracas !
« Monsieur le Président,
Comme vous le percevez très certainement, nous sommes très nombreux à être tristes et impuissants à observer ce qui arrive aujourd'hui, d'autant qu'à notre sens peu de chose ont réellement été faites pour faire barrage à ces folles idées portées par la droite populaire, banalisant le FN ...
En effet, pour qu'elle curieuse raison ne trouve-t-on pas un honnête et courageux orateur, qui loin de vouloir polémiquer, rappellerait tout simplement, preuves à l'appui que si les idées du FN prospéraient :
1. l'image de la France à l'international en serait encore plus écornée.
2. que les achats de gaz naturel, pétrole et autres minerais précieux
seraient réduits et en tous les cas réalisés à leur juste valeur.
3. que les IDE - investissements étrangers -en France, et pas seulement le Qatar, les Emirats, seraient limités à leur plus simple expression, et ce alors que nos grands Groupes français vont avoir de plus en plus un besoin criant de liquidités !
4. que ces personnes à double cultures sont bien souvent nos meilleurs Ambassadeurs pour vendre nos produits et services à l'étranger. A cet égard et pour illustration, il convient de se reporter à l'exemple de Mr Mohammed Zaki, polytechnicien qui a occupé au sein de Total les fonctions de Directeur opérationnel en Indonésie, Abou Dhabi, Yemen, Argentine, puis en Grande Bretagne et en Russie.
Enfin et au niveau des VALEURS, ne serait-il pas d?une bonne administration de l?information et juste de rappeler que dès la guerre de 14-18 ce sont nos amis tirailleurs sénégalais, goumiers marocains et algériens qui ont réussi à faire basculer le cours de l'Histoire, où la France était dans une situation des plus critique. A titre d'exemple ma famille a compté pas moins de 17 morts sur 23 combattants dans les Ardennes, dont 8 à Verdun !

Ensuite, n'est-ce pas ces mêmes gens qui ont participé à la reconstruction de la France. Un vieil ami architecte me confiait que ce n'est pas moins de la moitié des immeubles et des rues de Paris qui auraient été construits par ces heureux et zélés serviteurs !
Enfin, comment passer sous silence que notre pays compte pas moins de 17 millions de personnes issues de l'immigration nord africaine, et ce lorsque l'on croise les fichiers INSEE et INED sur le patronyme ( mariages mixtes, enfants et petits-enfants ). Parmi ces gens, j'en connais même de très nombreux qui ressemblent à la famille LEPen, blonds aux yeux bleus ( sourire ).
D'où, cette légitime question qui taraude de nombreuses personnes :
Pourquoi nos politiques et nos Médias donnent t-ils toujours et toujours audience qu'à une infime partie de cette population, issue de l'immigration, religieux, harkis, au lieu de rendre également visibles des gens en capacité de rassurer le citoyen moyen ?
Bien évidemment, lorsque l'on ne discours pas à perte de vue sur cette minorité de voleurs de poules ou de mobylettes ou pire encore en relayant des débats, tels celui sur la "laïcité et l'islam", alors que notre France compte seulement 3,2 millions de musulmans, qui n'ont rien « d'islamistes » et en face, pas moins de 14 millions de laïcs !
En définitive, c'est à se demander si nos gentils médias, peut-être poussés par une minorité de politiques « habiles » et virulents ( tout en prenant le plus grand soin de sélectionner - pour alibi - quelques inféodés issus de l'immigration, payés se taire, ) n'ont pas sciemment fait le jeu de la droite populaire, puis au final celui du FN ?
En conclusion et au-delà de quelques cris d'orfraie pour « amuser la galerie », c'est à nouveau des millions de familles dignes et paisibles, qui vont encore et encore se sentir EXCLUES et mises au banc des ACCUSES !
C?est la raison pour laquelle, je serais ravi de pourvoir témoigner de l?Histoire et le cas échéant illustrer d?anecdotes personnelles ces réalités que l?on semble soudain faire tomber dans l?oubli.
A titre d?exemple, et en toute humilité, permettez-moi de rectifier vos propos de 2007, selon lequel ce serait vous qui aurait désigné le premier Préfet « musulman », puisque qu?il y en a eu pas moins de six avant. Et, le premier Préfet fut mon aïeux Cherif Mécheri, et ce ? en 1946. Pour l?anecdote, il occupa même les fonctions de secrétaire général de l?Union française, puis à la Présidence de la république, durant 9 années, à une époque où il est vrai l?Etat tendait la main aux personnes de talents, qui avaient à c?ur de Servir l?intérêt général. Il acheva sa carrière, à 68 ans à sa propre demande et avec une dérogation d?âge, en qualité de conseiller maître à la Cour des comptes. Alors même qu?il avait déjà pratiquement tout eu, y compris en faisant partie de ces 67 personnes décorées de la Grande croix de la légion d?honneur. D?ailleurs, le très regretté, car infiniment courageux Mr Richard Descoings avait fait réaliser une étude au sein même de science po Paris.
Le grand Samuel Pisar disait que : « Vivre c?était voir et témoigner » ! Aussi, ne serait-ce pas le bon moment ?
Bien à Vous, Monsieur le Président"
Réponse de le 03/05/2012 à 12:24 :
Très juste ! On n'arrête pas de parler d'intégration mais les millions de Français d'origine étrangère parfaitement intégrés dans notre société restent des invisibles. Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et malheureusement, beaucoup trop de Français ne veulent pas les voir, ça les renvoie à leur propre échec social, eux qui disposaient pourtant de l'atout des origines à la naissance.
a écrit le 02/05/2012 à 17:43 :
plus ca change plus ca reste pareil...
Réponse de le 02/05/2012 à 18:41 :
+1
a écrit le 02/05/2012 à 16:06 :
Le seul bout de phrase intéressant de l'article : "Devenue tradition de campagne depuis 1974", je vous encourage à y réfléchir.
Réponse de le 03/05/2012 à 12:25 :
Trop sympa...
a écrit le 02/05/2012 à 15:48 :
Merci pour cet article !
Réponse de le 02/05/2012 à 16:34 :
très bon article ça fait du bien de regarder dans le retro

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