Mixité : la parité n'est pas tout !

Si les Etats-Unis ont une longueur d'avance sur l'Europe en matière de mixité homme-femme, le rapport des femmes au pouvoir évolue vers plus de singularité en Europe, les femmes cherchant à faire valoir un management de la diversité et un nouveau rapport au pouvoir.

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Aux Etats-Unis 73% des 500 plus grosses entreprises ont au moins une femme dans leur comité de direction. Et une étude menée par Mac Kinsey pour le Wall Street Journal révèle que 24% des senior vice-président de 58 grands groupes américains sont des femmes. Leur nombre devrait doubler d'ici 2017. "If you want a CEO role, you have to prepare for it with a vengeance", confie Denise Morrison, patronne de Campbell Soup au Wall Street Journal. En clair : se préparer aux postes à responsabilités avec un esprit de revanche. Elle avoue entretenir son réseau sur son temps personnel. Il semblerait qu'un océan sépare désormais l'Europe des Etats-Unis en matière de réussite au féminin. Si l'esprit de "vengeance" anime encore bon nombre de femmes dirigeantes aujourd'hui, si la féminisation des comités d'administration est désormais légalement requise en France, l'Europe cherche plus à faire valoir une "diversité managériale" qu'une seule parité ou égalité homme-femme plus en vigueur Outre-atlantique.

12% de femmes dans les consels d'administration

Mais en étant moins nuancé, et sans doute plus caricatural dans leur rapport au pouvoir, les Etats-Unis sont bien plus avancés que nous, la proportion de femmes cadres dans l'Union Européenne se situant encore autour des 30% (37,1% en France). En 2010, la proportion de femmes dans les conseils d'administration a atteint 12% contre 8% en 2004 avec un taux de croissance de 21%. "La situation en Europe et en France, même si elle évolue, est encore largement différente de celle des Etats-Unis. La question des viviers est la plus délicate car on part de loin : même si les femmes sont de plus en plus diplômées, il y a une question de filières. Ce que j'appelle les "parois de verres" qui cantonnent les femmes dans des fonctions silos (Rh, communication, droit, etc.) et ne leur permettent pas d'accéder naturellement aux postes de direction", souligne Viviane de Beaufort, professeur au département Droit et environnement de l'entreprise à l'ESSEC et directeur académique du programme "Entreprendre au Féminin". Elle milite pour que les femmes se rendent plus visibles afin de revendiquer les plus hautes fonctions.

L'obligation de la "conformité aux normes masculines"
Les rapport et études soulignent cependant certains facteurs récurrents qui participent à la difficulté de "transformer l'essai". Des facteurs d'ordre personnel - Autocensure, pression de l'entourage, image trop masculine du pouvoir, aptitudes à valoriser ses compétences et performances, à exprimer leurs ambitions - limitent encore l'ascension professionnelle des femmes. Sans compter des stéréotypes, pour le coup, bien européens, sur le fait que les femmes sont moins disponibles et moins mobiles. Et une dernière question controversée mais loin d'être neutre : celle de la conformité aux normes masculines. Les femmes seules ou rares peuvent avoir le réflexe pour s'intégrer d'abandonner leurs qualités féminines, comme c'est encore beaucoup le cas chez les américaines.
"Or, la féminisation, en dehors de son intérêt du point de vue de l'équité sociale, ne peut pas être pour une entreprise une perspective en soi, souligne Viviane de Beaufort. La mixité doit créer de la richesse, augmenter l'intelligence collective d'un conseil. Au sein des conseils d'administration, il a été vérifié que les administratrices sont plus assidues aux conseils, préparent les réunions plus sérieusement, jouent collectif...qu'ainsi l'intelligence collective du groupe est augmentée".

"Arrêter d'avoir peur"

Reste que la culture occidentale impose encore et toujours un modèle "masculin" et prescrit un certains nombre de comportements : ne pas montrer ses faiblesses, ses émotions, être gagnant. Dans l'ouvrage "Pouvoir(e)s, les nouveaux équilibres femmes-hommes" paru chez Eyrolles, le Think Tank l'Observatoire des Future(s) croise les regards d'intellectuels et de chefs d'entreprise autour de cette notion du pouvoir. "Notre système qui glorifie encore le désir de conquête contraint les femmes à adopter des comportements encore masculins et à combattre les hommes sur le registre de la conquête, ce qui est contre nature", écrit Rafik Smati, dirigeant d'Aventers. Ce patron voit dans l'ère Internet le moyen de tisser pour les femmes un réseau hétérogène et protéiforme bien plus en phase avec leurs aspirations profondes.

La recherche de mixité doit donc permettre aux femmes de conserver leurs spécificités et ainsi enrichir les équipes. A une condition : que celles-ci développent un peu plus leur confiance en elle. Réunies à Montpellier le 10 mai dernier par Objectif Languedoc Roussillon dans le cadre de la remise des trophées des Talents au féminin, des femmes entrepreneuses sont arrivées unanimement à la conclusion que pour réussir les femmes devaient "arrêter d'avoir peur", "clarifier leur désir" et "progresser en confiance". Pour "ne pas gagner contre les hommes mais avec eux", selon la jolie formule de Natalie Bader, directrice générale de Prada France et marraine de l'opération.
 

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