BPI : ça sent la fronde

La Banque Publique d'investissement doit naître au 1er janvier 2013. Mais dans la construction de ce nouvel outil de financement de l'économie, les atermoiements du gouvernement, les reculs de Bercy et les prétentions d'OSEO indisposent autant les Régions que la Caisse des Dépots.

3 mn

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« C'est pire qu'avec le gouvernement précédent ! ». Ségolène Royal était excédée mercredi matin à l'Assemblée Nationale. Et elle n'était pas la seule : aucun président de région ne l'a contredit lorsqu'elle a lancé sa pique. La présidente de Poitou Charentes était très énervée par les décisions de Delphine Batho sur le prix de l'électricité photovoltaïque. Et elle en encore rajouté à ses collègues qui s'en prenaient eux violemment à propos de la BPI à « l'Inspection des finances et au lobby des banques privées » qui auraient une influence encore plus grande sur ce gouvernement que sur le précédent. Jean Paul Huchon a lui lancé en avoir « marre d'être pris soit pour un analphabète, soit pour un clientéliste par les gens de Bercy ». Ce n'est plus de la grogne, ça commence à ressembler à une fronde : « jusqu'en septembre, sur la BPI, on avançait de deux pas et on reculait de deux ; maintenant on recule de deux et on n'est plus sûr d'avancer d'un seul», explique un président de région.

Une alliance Jouyet-Rousset contre OSEO

Bercy peut s'inquiéter car les présidents de région semblent avoir trouvé une oreille aussi suprenant qu'attentive. Vendredi dernier, Jean Pierre Jouyet, directeur général de la Caisse des Dépots et futur président es qualités de la BPI, et Alain Rousset, le président de l'Association des Régions de France, ont déjeuné très discrètement dans un restaurant bordelais. L'un et l'autre énervés (même s'ils n'ont pas la même manière d'extérioriser leur énervement !). Aux atermoiements du gouvernement venait en effet de se rajouter le quasi putsch d'OSEO. Ils avaient tous les deux lu, le matin même, l'interview de Pierre Drouin dans La Tribune Hebdo, officialisant le désir du banquier de transformer la BPI en une sorte de « Super Oseo ».

Jean Pierre Jouyet a fait part de son absolu manque d'envie de voir CDC Entreprises se noyer dans une BPI controlée de facto par OSEO. Et cela d'autant plus que le futur directeur exécutif, Nicolas Dufourcq, inspecteur des finances passé par OSEO, n'aura que très peu de comptes à lui rendre, selon le texte actuellement en discussion à l'Assemblée. Alain Rousset lui y a vu la confirmation que le même Nicolas Dufourcq, n'avait, comme il le pensait, strictement aucune intention de laisser des postes de décision aux Régions et la ferme intention de refuser le guichet unique qu'elles demandent. « Déjà, à OSEO Innovation, Nicolas Dufourcq ne s'était pas fait remarquer par un grand attrait pour l'innovation, mais là, c'est clair : c'est tout pour leur pomme ! » grommelle un président de région.

« La BPI, ils se la feront tout seul ! »

Jean Pierre Jouyet a de l'influence sur François Hollande. Alain Rousset en a aussi. Nicolas Dufourcq s'appuie, lui, sur cette Inspection des Finances omnipotente à Bercy qui indispose tant les élus. « Si c'est ce qu'OSEO veut, elle la fera toute seule la BPI ! », aurait même lâché Alain Rousset. Jean Pierre Jouyet devrait donc tenter de faire comprendre à François Hollande qu'il existe désormais un risque réel que la nouvelle banque publique aille dans le mur sous le regard attristé de la Caisse des Dépots et des Régions. Du coup, les rumeurs les plus folles circulent. La CDC et les Régions pourraient bien décider de monter leur propre BPI ! Elles ont suffisamment d'accords, de partenariat et d'habitudes de travail ensemble pour qu'un déjeuner Jouyet-Rousset puisse faire avancer l'idée. Et pourquoi s'arrêter là ? La Commission européenne ayant toujours regardé d'un ?il méfiant les rapports des Régions et d'OSEO, celles-ci pourraient envisager de mettre dorénavant OSEO en concurrence : « la Commission serait tellement contente et OSEO tellement mal, ça ne se refuse pas » sourit un fin connaisseur du dossier. Une vraie fronde !

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Commentaires 24
à écrit le 02/12/2012 à 16:02
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Je rêve d'un pays, le nôtre, dans lequel, au lieu de se battre entre énarques, inspecteurs des finances, et autres corps de la fonction publique et élus clientélistes, on se contenterait de laisser les entreprises et leurs salariés travailler, créer ...

à écrit le 29/11/2012 à 16:12
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Vous écrivez dans l'article : "La CDC et les Régions pourraient bien décider de monter leur propre BPI ! Elles ont suffisamment d'accords, de partenariat et d'habitudes de travail ensemble pour qu'un déjeuner Jouyet-Rousset puisse faire avancer l'idé...

à écrit le 29/11/2012 à 14:38
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Il n'y a malheureusement rien d'extraordinaire à une telle situation qui mêle très probablement clientélisme, ambitions personnelles, réseautage, énarchie, réelles bonnes intentions, incompréhensions latentes, divisions, mélange de compétences et inc...

le 29/11/2012 à 19:33
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C'est juste pour créer un peu plus d'emplois publics. La force de l'habitude.

à écrit le 29/11/2012 à 14:16
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Arrêtons de tourner en rond et disons tout haut ce que les gens de la finance pensent tout bas : "pourquoi crééer un OSEO bis" ??? car très concrêtement ce sera cela la BPI !!!

le 03/12/2012 à 12:15
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pour une raison de fond : c'est sarko qui a cree oseo alors que la BPI c'est hollande... ca ne va malheureusement pas beaucoup plus loin que ca...

à écrit le 29/11/2012 à 13:53
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S'il y a autant de rejet dans ce petit monde qui nous gouverne, c'est sûrement une bonne idée! Mais est-ce vrai?

à écrit le 29/11/2012 à 12:51
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comme dans la politique un monde de requins ..

à écrit le 29/11/2012 à 12:27
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Quel bordel la France...Rien ne fonctionne correctement..meme pas l UMP.... On rajoute des organismes des strates des emplois inutiles surpayes pour essayer de faire fonctionner l ancien en rajoutant du nouveau pour faire plaisir aux copains et aux s...

le 29/11/2012 à 12:43
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Oui c'est un triste conatat ce bordel organisé dans toutes ces structures parapubliques inutiles... posons nous la question, comment en est-on arrivé à ce satde des désordres grvissimes et multiples dans toutes cessphères de l'Etat après 10 ans, de 2...

à écrit le 29/11/2012 à 12:05
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Oseo ex Anvar est purement inutile, tout comme sont inutiles toutes les officines "gabegiques" arrosées par Oseo exAnvar. L'echec pur et simple d'Oseo exAnvar se lit dans 2 rapports sur l'innovation qui aboutissent au triste bilan suivant : Pour l?in...

à écrit le 29/11/2012 à 12:05
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Aqui profite ce crime? 2ème couteau d'un pdt de Région voulant mettre le bazar? Pourqoi tant d'erreurs formelles ds cet article?

à écrit le 29/11/2012 à 11:53
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Ex collaborateur de l'Anvar qui est devenu Oseo au début des années 2000, j'ai eu le temps de remarquer que cet organisme public avait pour principal objectif de justifier son existence par des rapports sur l'innovation qui lui étaient favorable. Dan...

le 29/11/2012 à 14:10
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Damien ce que vous écrivez m'apparait de plus en plus comme l'un des fondement de l'administration , sa raison d'exister meme, pondre des rapports ( que personne ne lit ) ,des circulaires accompagnées de notes explicatives ( de 15 pages) à destina...

le 02/12/2012 à 12:07
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Damien, pnv, je suis encore à l'intérieur d'Oséo et si vous avez "totalement raison" sur ce qui se passait en 2000, les choses ont complètement changé depuis 2005 : ce sont entre 300 et 500 ME d'argent public consacré à l'innovation et surtout c?est ...

à écrit le 29/11/2012 à 11:49
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Hollande a voulu faire croire qu'il allait créer un truc nouveau alors que cela existait déjà..Un mensonge de plus.

à écrit le 29/11/2012 à 11:46
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Ces querelles sans fin alors que l ennemi est au porte sont très gauloises. Dommage il n y a pas de banquet à la fin.

à écrit le 29/11/2012 à 11:43
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chacun voulant trirer la couverture à soi, la bpi n'a aucune chance de fonctionner dans ces conditions, donc autant abandonner le projet et garder ce qui existe dans sa forme actuel et qui ne marche pas si mal. C'est quand meme lamentable que ces gen...

à écrit le 29/11/2012 à 11:26
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Les Régions, gérées par des fonctionnaires, n'y connaissent rien en gestion d'entreprises. Elles n'ont donc rien à ffaire dans la BPI.

le 29/11/2012 à 19:34
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Sirius, vous avez entièrement raison. Leur seule motivation est de revenir au temps du Moyen Age : les Présidents de régions veulent tous devenir 22 roitelets ou seigneurs féodaux ayant tous pouvoirs sur tout et sans disposer des compétences nécessai...

à écrit le 29/11/2012 à 10:59
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Jusqu'à preuve du contraire, le 29 octobre, c'est François hollande qui a déclaré lors du Grand rendez vous Oseo Excellence quela BPI devait être Oseo en plus grand !

à écrit le 29/11/2012 à 10:46
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holala quel mic mac institutionnel ,c est la guerre des roitelets chacun veut sa part ,un syndrome francais tout ceci n augure rien de bon les barons de région se demandent pourquoi on a pas confiance en eux,mwaf ! leur réputation clientéliste et dép...

à écrit le 29/11/2012 à 10:44
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La BPI ne risque t-elle pas de disparaitre avant d'avoir vu le jour et scénario du pire si elle existe de voir les différentes parties prenantes se neutraliser ? Je m'interroge ,dans cette affaire l'interet général y trouvera t-il son compte ?

à écrit le 29/11/2012 à 10:41
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Il était patent qu'un tel outil, politisé à fond, ne puisse que mal naître. UMP / BPI, mêmes comportements dans l'éloignement par rapport aux militants ou aux clients ?

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