"Ne pas valoriser les seuls entrepreneurs, mais aussi les "intrapreneurs"

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Vincent Champain, écnomiste, directeur secteur public General Electric
Vincent Champain, écnomiste, directeur "secteur public" General Electric
Il faut mettre en valeur les chercheurs, ingénieurs, qui innovent au sein des grandes entreprises, estime l'économiste Vincent Champain, qui a dirigé une étude européenne sur les moyens de doper la croissance, commanditée par General Electric

Vincent Champain, économiste, directeur "secteur public" chez General Electric, a dirigé la rédaction d'un rapport sur les moyens de lever les freins à la croissance en Europe, sous l'égide de General Electric

 -Vous soulignez dans votre rapport l'existence de freins à la croissance qui sont rarement mis en avant. Comme le déficit « d'intrapreneurs », qui nuit à l'innovation... qu'entendez vous par là ?

En France, notamment, le modèle qui est le plus valorisé, aujourd'hui, qui est au centre des débats, est celui de l'entrepreneur innovant qui crée sa PME. Evidemment il est important d'avoir des entrepreneurs qui créent des entreprises. Mais il est aussi important d'avoir des « intrapreneurs », qui innovent au sein des grandes entreprises - par exemple un chercheur ou un directeur de projet innovant - ou même au sein de l'administration. En caricaturant à peine, on considère mieux, et on imposera moins celui qui crée puis revend un site internet érotique que le chercheur d'un groupe pharmaceutique qui touche une prime pour un nouveau vaccin qui sauvera des milliers de vies. C'est ce salarié d'un grand groupe, chercheur, ingénieur, chef de projet à la source d'innovations, que j'appelle « intrapreneur ». Il est essentiel à la diffusion de l'innovation à l'échelle mondiale - car c'est souvent des grandes entreprises, ou de petites devenues grandes, qui le font. La réussite de l'économie française repose donc autant sur l'entrepreneur que sur cet « intrapreneur », qui saura mobiliser les ressources d'un grand groupe pour innover. Notons également que dans certains secteurs, l'innovation nécessite une taille minimale - par exemple, dans l'aéronautique ou les technologies vertes, il faut souvent pouvoir investir des milliards d'euros... ce que ne peut évidemment pas faire une PME.
Il faudrait donc un statut de «l'intrapreneur », qui offre la même reconnaissance dans les discours publics et les mêmes avantages que le statut d'entrepreneur. Faute de quoi nous ne serons jamais en situation de passer de l'innovation au succès planétaire.

-Le rapport souligne l'existence d'une autre lacune, dans toute l'Europe, c'est l'absence totale d'évaluation de la contribution à la croissance des secteurs publics. En quoi est-ce un frein à la croissance ?
-On ne cesse de parler du coût des services publics, de la dépense des administrations, des déficits qui en résultent, mais nul ne s'interroge en Europe sur l'apport de ce secteur public pour accompagner la croissance des entreprises, sur la manière d'améliorer leur efficacité. Alors que cet apport est très important, et pourrait être largement amélioré. La maitrise des coûts est importante, mais ce qui compte le plus c'est la valeur ajoutée - c'est-à-dire la valeur perçue par les usagers ou les entreprises, diminuée du coût.

-Quel serait l'apport d'une telle évaluation ?
Elle permettrait de mettre en exergue les écarts de performance, et de montrer ainsi quelles sont les meilleures pratiques. Dans une certaine mesure, les entreprises veulent bien payer, sous forme d'impôt, l'ensemble de ces services, mais à condition qu'ils soient adaptés à leurs besoins et à la hauteur du prix payé. Si cette adéquation était meilleure, ce serait profitable à tout le monde. Par exemple, une étude récente a montré que la France va être confrontée à une pénurie de 2,2 millions de salariés hautement qualifiés, en raison d'une formation insuffisante de cadres et ingénieurs. Le coût économique et social de la mauvaise adaptation de l'appareil de formation et d'orientation est, on le voit, énorme. D'autant qu'un recrutement de cadre est souvent associé à celui d'une équipe. S'il ne peut avoir lieu, on ne perd pas un emploi mais plusieurs, car ce sont tous les emplois de son équipe qui ne sont pas créés...

 

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a écrit le 07/02/2013 à 14:43 :
Analyses émanant de quelqu'un qui n'a jamais travaillé de sa vie dans l'opérationnel d'une entreprise (McKinsey, Ministères, Mairie de Lille, etc.). Cela fait sourire, même si certains conseils font sens. Malheureusement notre Etat tout entier et les gouvernances de nos entreprises en sont remplis.

De retour au sujet, le vrai changement serait de remplacer l'omniprésente gouvernance financière, de gestion au trimestre, par ceux qui créent vraiment: les ingénieurs qui créent des technologies, et les commerciaux/'marketeurs' qui ramènent des contrats ou élaborent des produits. La gestion est un moyen, un encadrement indispensable, mais pas une fin... Peut-être s'en rappellera t-on un jour...
Réponse de le 17/02/2013 à 14:39 :
Votre commentaire est d'une arrogance rare. Qui parlant d'un ingénieur, qui a travaillé dans des fonctions opérationnelle ou je l'ai croisé et ait été impressionné pour son coté très terre à terre au contraire. Jugez les gens sur ce qu'ils disent et ce qu'il font, pas sur une image et les choses iront peut-etre mieux dans ce pays...
a écrit le 12/12/2012 à 7:55 :
Les premières lignes de cet article donnent l'impression que le grand groupe (GE) commandite à l'un de ses sergents de s'assurer que ses sujets les plus brillants évitent de s'émanciper...
Et bien je vous le dis : Émancipez vous! Entreprenez! C'est le chemin du bonheur !

Et si cela dois minimiser les bonus scandaleux des dirigeants de ces grands groupe, alors tant pis pour eux ;)
Réponse de le 17/02/2013 à 14:42 :
L'émancipation pour tous, oui ! Y compris dans les entreprises - en en effet tant mieux si celà doit baisser les gros bonus.
a écrit le 06/12/2012 à 17:59 :
On ne manque pas d'intrapreneurs en France... mais comment voulez-vous être motivé quand votre hiérarchie vous tombe dessus tous les 4 matins!! Après avoir déposé pas mal de brevets pour l'entreprise qui m'emploie, à force d'être décrit comme un incompétent, lent, improductif d'un point de vue financier, ben j'ai mis mon cerveau en veille prolongée...et je ne crois pas qu'il redémarre un de ces jours...
a écrit le 06/12/2012 à 13:56 :
Merci beaucoup pour cette analyse. Vous avez entierement raison et j'ai passe ma carriere a intraprendre contre vents et marrees..
a écrit le 06/12/2012 à 13:56 :
Merci beaucoup pour cette analyse. Vous avez entierement raison et j'ai passe ma carriere a intraprendre contre vents et marrees..
a écrit le 06/12/2012 à 13:55 :
Merci beaucoup pour cette analyse. Vous avez entierement raison et j'ai passe ma carriere a intraprendre contre vents et marrees..
a écrit le 06/12/2012 à 13:09 :
Après la seconde guerre mondiale, on a demandé aux ingénieurs de reconstruire la France, Jusqu'aux début des années 80, la direction des entreprises était gérée par des ingénieurs, puis l'ingénieur a été effacé par le commercial qui a été effacé par le marketing (années 90) puis depuis 2000 le financier est apparu. Aujourd'hui le métier d'ingénieur est complètement dévalorisé, les jeunes préfèrent les métiers qui rapportent plus et qui demande moins de travail (au niveau cursus). Ce n'est pas près de changé. Pour ma part, j'ai participé à l'innovation dans les entreprises où j'ai travaillé, en déposant un très grand nombre de brevet, sans aucune valorisation en retour. Aujourd'hui, je fais de la recherche et développement pour mon propre compte et espère rapidement monter ma propre société. Marre de gaver des incompétents !
a écrit le 06/12/2012 à 13:04 :
Eh bien ce n'est pas trop tôt pour s'en rendre compte !

Si on prend par exemple Google, cela fait longtemps qu'ils ont des profits grâce à leur "intrapreneurs". Cela a donné le gmail et bien d'autres services.

Mais dans la plupart des grosses boites, surtout en France, les gens qui prennent des initiatives ou qui sont créatifs sont plutôt mal vus...
Réponse de le 06/12/2012 à 13:18 :
Les intrapreneurs sont une armée des ombres. Camarades intrapreneurs, unissons-nous et défendons nos droits face à la politique consistant à donner à ceux qui crient le plus fort !
Réponse de le 06/12/2012 à 13:23 :
Mieux vaut ne pas être trop original si on tient à son job ! C'est pour ça que les vrais créatifs ne peuvent pas faire autrement que monter leur propre boîte.
Réponse de le 06/12/2012 à 14:44 :
Apparemment, nous sommes pas mal dans le même cas et d'une certaine façon, cela fait "plaisir" de savoir que l'on pas seul... @exactement, c'est ce que j'essaie de faire : monter ma boite, mais force est de reconnaitre que j'ai de grosses lacunes en gestion et en commercial. Ce sont des métiers qui ne s'improvisent malheureusement pas !!
Réponse de le 06/12/2012 à 15:42 :
J'ai pu constater qu'il y a des entreprises ou les intrapreneurs sont considérés comme des pions interchangeables, du bétail juste un peu mieux payé que des ouvriers. La direction de ces entreprises ne veut pas ou ne se rend pas compte du travail fourni et de l'importance des savoirs-faire...
a écrit le 06/12/2012 à 12:59 :
Je suis moi-meme ce genre d' "intrapreneur", et si en France nous en manquons, c'est aussi parce que les grands groupes n'en veulent pas, ou a des tarifs qui les arrangent.
Apres obtention d'un diplome, tous les emplois ou presque sont dans des SSII, avec des salaires faibles, des conditions de travail souvent aléatoires, et des perspectives d'avenir plutot floues. Du coup, nous sommes nombreux a tenter notre chance ailleurs.
a écrit le 06/12/2012 à 11:22 :
Très juste. On manque en effet d'intrapreneurs en France !

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