Les pays "exotiques" n'attirent pas les entreprises françaises

Par Fabien Piliu  |   |  687  mots
Seules 13,2% des entreprises exportatrices envisagent de s'aventurer en Chine
A l'export, la France serait-elle frileuse? Selon une enquête réalisée par Euler Hermes auprès de 800 dirigeants d'entreprises exportatrices, seuls 13,2% d'entre eux envisagent de se lancer sur le marché chinois en 2015. Les grands pays situés hors de la zone euro ne les séduisent guère plus.

Malgré les efforts de tous les ministres et secrétaires d'Etat chargés du Commerce extérieur qui se succèdent à Bercy et aujourd'hui au Quai d'Orsay, les pays situés hors de la zone euro restent des destinations confidentielles pour les exportations françaises.

Selon une étude réalisée par Euler-Hermès auprès de 826 dirigeants d'entreprises déjà exportatrices, seuls 13,2% d'entre eux envisagent de tenter leur chance sur le marché chinois en 2015. Les autres pays du " Grand large " font-ils plus recette ? Pas vraiment. Ils ne sont que 9% à envisager d'exporter une première fois aux États-Unis l'année prochaine. La Russie (11,5%), l'Inde (6,7%), le Brésil (4,7%), le Maroc (4,7%), le Royaume-Uni (4,7%), la Pologne (4,7%) pourraient également être des cibles mais pour une poignée de chefs d'entreprises interrogés seulement.

La compétitivité-prix se redresse grâce à l'euro

Au regard des résultats de cette enquête et de la morosité économique européenne, l'atonie du commerce extérieur tricolore ne peut surprendre. Comment les entreprises françaises exportatrices pourraient-elles tirer bénéfice de la dépréciation actuelle de l'euro face au dollar, qui relève mécaniquement leur compétitivité-prix, si elles ne quittent pas la zone euro, zone qui devrait afficher une croissance de 0,9% cette année, de 1,6% en 2015 et de 1,9% en 2016 selon les estimations datées de septembre de la Banque centrale européenne (BCE) ?

A titre de comparaison, le Royaume-Uni devrait afficher une croissance de 2,3 % en 2015 selon l'Office for Budget Responsability (OBR), l'organisme de prévision économique du gouvernement de sa Majesté. De son côté, sur la même période, la Réserve fédérale américaine vise une croissance de 3% aux États-Unis, comme le Fonds monétaire international (FMI). Quant à la croissance chinoise, elle est estimée à +7,2% en 2015 et à +7,1% en 2016 par la Banque mondiale.

Comment expliquer cette frilosité ? Malheureusement, de nombreux facteurs peuvent être évoqués. En raison des tensions sur leur trésorerie, en témoigne l'utilisation que font les entreprises du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), les entreprises n'ont pas toutes les ressources financières pour se projeter en terre inconnue.

Le soutien public à l'export remis en cause

L'efficacité, ou plutôt l'inefficacité, du soutien public à l'export doit également être cité. Malgré une utilisation en hausse - 37% des entreprises ont déjà eu recours aux aides publiques contre 23% en 2012, selon Euler-Hermes -, celle-ci reste insuffisante puisque deux tiers des plus petites entreprises n'y ont pas recours ! Pour quelles raisons ? Les dispositifs seraient trop complexes pour 26% des entreprises et pas assez connus pour 22% d'entre elles.

Les efforts du gouvernement pour simplifier un soutien public à l'export jugé inefficace car trop confus par la Cour des comptes doivent donc être amplifiés, d'autant plus que la situation politique et économique actuelle dans certains pays n'est pas de nature à aimanter les appétits des chefs d'entreprises. Investir actuellement en Russie paraît moins le moins risqué. Quant au miracle économique brésilien, il se conjugue désormais au passé. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé que le PIB de la septième économie mondiale ne progresserait que de 0,3% en 2014 après une hausse de 2,5% en 2013. En juillet, le FMI tablait encore sur une augmentation de 1,3% de l'activité économique en 2014. L'effet "Coupe du monde" est terminé.

La France compte trop peu d'entreprises exportatrices

Enfin, la structure même du tissu économique tricolore peut également être évoquée pour expliquer cette frilosité. En 2011, selon les derniers chiffre connus, la France ne comptait que 137.534 PME, 4.959 entreprises de taille intermédiaire (ETI) et 243 grandes entreprises. Des types d'entreprises qui ont, à priori, une capacité financière suffisante pour se lancer à l'export, voire pour prendre des risques sur des marchés "exotiques". Malgré de nombreuses exceptions, l'activité des 3,1 millions de micro-entreprises se limite au territoire français.

Réunis, l'ensemble de ces facteurs explique pourquoi la France ne compte que 120.000 entreprises exportatrices, contre 300.000 en Allemagne. Ils expliquent aussi pourquoi la France devrait enregistrer un déficit de 60 milliards d'euros cette année quand l'Italie et Allemagne devraient afficher des excédents proches de 30 et 200 milliards d'euros.