Europe : comment relancer l'investissement ?

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L'investissement a chuté lourdement en Europe, et ne vas pas se redresser spontanément. La Banque européenne d'investissement a un rôle majeur à jouer dans ce domaine Par Olivier Marty, Maître de Conférences à Sciences Po et à l'ESSEC

Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a souhaité dans son discours devant le Parlement européen du 15 juillet, que l'UE mobilise 300 milliards d'Euros d'investissement public et privé sur les trois prochaines années. Cet appel conforte un consensus qui se scelle désormais au delà des économistes sur la nécessité de ranimer une source de croissance particulièrement utile au financement des PME, des infrastructures, et de l'innovation. Il invite surtout à prendre la mesure de quelques ordres de grandeurs et à parfaire le savoir-faire dûment mutualisé de financiers publics catalysant l'épargne privée dans une perspective résolument européenne.

Un investissement 17% plus bas qu'en 2007, l'investissement public représente la moitié du niveau américain!

La chute de l'investissement dans l'UE est telle depuis le début de la crise que son niveau moyen est encore 17% plus bas qu'en 2007. Il n'y a pas de perspective haussière à ce niveau général et la baisse est plus forte dans les pays périphériques, qui ont véritablement décroché en 2009, et affichent en 2013 un niveau 42% plus bas qu'en 2007. Ces tendances sont particulièrement inquiétantes en zone Euro, tant au niveau de l'investissement privé que public. Le niveau de l'investissement privé y est en effet de 15 points d'indice inférieur à celui de 2007, tandis que l'investissement public ne représente que 2% de PIB, soit la moitié du niveau des Etats-Unis.

Le rôle crucial de l'incertitude économique

Il y a de nombreuses causes à la baisse de l'investissement (baisse du taux de retour, contraintes réglementaires des banques, cloisonnement du marché intérieur), mais l'incertitude économique est un problème cardinal. Celle-ci concerne la réduction des divergences macroéconomiques et, dans plusieurs cas, la crédibilité des politiques économiques conduites dans des cadres réglementaires désincitatifs, contradictoires et instables. Dès lors, il est capital que les États et les collectivités parviennent à engager des dépenses productives sur des montages plus complexes catalysant l'abondante épargne européenne (16.000 milliards d'euros) vers des projets structurants plutôt que sur le court-terme ou hors de l'UE.

Passer de la subvention publique au financement à long terme

La mobilisation du réseau d'investisseurs publics nationaux et européens est en mesure de conforter cette transition d'une « culture de la subvention publique » à une « culture du financement à long terme ». Le programme Horizon 2020 constitue un ensemble de politiques structurelles utiles pour forger le futur de l'Europe vers une nouvelle croissance porteuse de valeurs communes et assurer une convergence des politiques économiques nationales et européennes. Le récent projet de loi de transition énergétique du 30 juillet en est un bon exemple. L'existence d'investisseurs publics agissant comme interfaces du Groupe BEI, dans une complémentarité technique et une culture commune des solutions adaptées aux bénéficiaires finaux, est donc essentielle.

Deux inflexions nécessaires

A l'avenir, inciter la BEI à être encore plus innovante et à prendre plus de risques, implique deux inflexions importantes. D'une part, l'autorité budgétaire européenne devrait engager des ressources plus importantes pour des instruments de partage de risques moins techniques allant au delà des simples attentes des marchés. D'autre part, le Conseil aurait intérêt à engager des montants plus conséquents sur des durées plus longues dépassant des projets « pilotes » (ex des Project Bonds). Ceci suppose un dialogue toujours plus étroit entre la Commission et la Banque ainsi qu'entre celle-ci, les investisseurs nationaux et les Etats, afin de partager le succès des dispositifs existants et de tirer les leçons de leurs limites.

Au delà, la recapitalisation de la Banque de l'Union paraît souhaitable si celle-ci doit être en mesure de catalyser la cible d'investissement souhaitée.

Olivier Marty, Maître de Conférences à Sciences Po et à l'ESSEC

Ce texte est le résumé d'une note « Questions d'Europe » (n° 325) publiée par la Fondation Robert Schuman le 22 septembre 2014, « Pour une relance de l'investissement en Europe, conforter progressivement la coopération des investisseurs publics nationaux et européens », disponible sur www.robert-schuman.eu

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Commentaires
a écrit le 25/09/2014 à 9:45 :
Simplement en donnant confiance aux consommateurs!
a écrit le 25/09/2014 à 7:08 :
Pour investir, il faut réduire le cout du travail en basculant une partie des charges sociales sur la consommation. Qui sera capable de nous l'expliquer? Voir à ce sujet le rapport du comité de Perthuis.
a écrit le 24/09/2014 à 20:05 :
c important de gaspillier 300 m e a faire que des aneries rond point pot de fleurs deviation et des tas de choses qui ne serve qu'as nuir aux contribuables
et c ces gens la qui prenne des décisions
2=1=4 c comme sa qu'il faut compter maintenant
Réponse de le 24/09/2014 à 20:22 :
c'est ce que krugman propose dans son dernier livre ( meme si ses analyses sont loin d'etre infondees!); faut embaucher des gens avec l'argent public pour creuser des trous que d'autres gens vont reboucher une fois embauches ( comme au japon!)

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