L’ESS, un secteur porteur malgré la crise

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Jeudi soir dernier, lors de la remise des Trophées de l'ESS, à Paris.
Jeudi soir dernier, lors de la remise des Trophées de l'ESS, à Paris. (Crédits : DR)
La Mairie de Paris et La Tribune ont décerné, jeudi 27 novembre, les Trophées 2014 de l’Economie sociale et solidaire (ESS). L’occasion de réunir un parterre de spécialistes et certains anciens lauréats pour réfléchir sur un secteur en pleine mutation et qui donne du sens à l’économie.

« Il y a dix ans, beaucoup faisaient la grimace quand on leur parlait d'économie sociale et solidaire. Aujourd'hui, l'ESS est partout, et plus que jamais vitale ! »

C'est par ces mots que Christophe Girard, le maire du 4e arrondissement de Paris,  a ouvert les Trophées 2015 de l'ESS, remis par La Tribune, la Mairie de Paris et la Caisse d'Epargne ce jeudi 27 novembre. Centré sur le développement de services utiles à la société plutôt que sur le profit, ce secteur considéré -à tort- comme marginal, emploie pourtant 10% des salariés français et représente quasiment 10% du PIB.

« L'économie sociale et solidaire n'est ni anecdotique, ni une posture de bobo : c'est un secteur économique à part entière », revendique l'élu parisien. Les chiffres lui donnent raison. En dix ans, l'ESS a connu un essor spectaculaire. Le nombre d'emploi a progressé de 21%, contre 7% dans l'économie dite « classique ».

De quoi faire réfléchir... d'autant plus que cette croissance devrait se poursuivre. Selon Carole Delga, la secrétaire d'Etat au Commerce, à l'Artisanat, à la Consommation et à l'ESS, 600.000 recrutements sont prévus à l'horizon 2020, notamment pour remplacer les départs à la retraite. De son côté, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) estime à 114.000 le potentiel d'embauches de jeunes non-qualifiés sur la même période, notamment dans les associations dédiées à l'action sociale, les services aux entreprises, l'éducation, la santé et le sport.

Un secteur économique basé sur les territoires

Le succès de l'ESS s'explique, en partie, par son ancrage territorial.

« Empathie, bienveillance et respect sont les valeurs-pivot de l'ESS. C'est une économie qui part des besoins des gens, elle se construit donc dans les territoires, dans l'interaction les uns avec les autres », explique Antoinette Guhl, l'adjointe à la mairie de Paris chargée de l'Economie sociale et solidaire, de l'innovation sociale et de l'économie circulaire.

Une « autre économie », en quelques sortes, qui existe en parallèle de l'économie classique, qui se caractérise par l'objectif de la création de richesse et de profits.

Le modèle de l'ESS trouve un écho dans une France engluée dans la crise et le chômage de masse.

« L'ESS est une économie que tout le monde peut comprendre et aimer car elle est porteuse de sens et d'actions concrètes », ajoute l'entrepreneur et économiste Romain Slitine.

L'ESS pourrait même devenir, selon lui, une réponse à la crise.

« Il faut désormais penser un monde sans croissance où avec une croissance très faible. Dans ce nouveau paradigme, les pays qui s'intéressent aux entreprises des territoires à portée sociale ont un coup d'avance car ces entreprises inventent de nouvelles façons de créer de l'emploi », précise-t-il. Sans compter que ces emplois sont, par nature, non-délocalisables...

La baisse des dotations aux collectivités locales, une menace pour l'ESS

Dans ce contexte, la loi sur l'économie sociale et solidaire, votée le 31 juillet dernier, a pour but de consolider le secteur, et notamment les associations, qui représentent trois emplois sur quatre.

« La loi reconnaît le rôle fondamental des associations et rend le titre associatif plus attractif pour monter des projets locaux, en plus de favoriser le développement d'actions socialement responsables dans la fonction publique », explique Carole Delga.

La secrétaire d'Etat met également en avant certains dispositifs du projet « La France s'engage », initié par François Hollande, notamment le développement du financement participatif, de plus en plus utilisé pour monter des projets sans recourir aux aides publiques.

Néanmoins, la baisse des dotations aux collectivités locales représente une menace pour les associations, dont la plupart sont dépendantes du financement public. Une conséquence de la crise qui « bouscule le monde de l'ESS et amène à chercher de nouvelles sources de financement, y compris auprès du privé », selon Nathalie Tarall, la directrice des Marchés Economie sociale de la Caisse d'Epargne. De plus en plus de banques accordent des prêts à des porteurs de projets étiquetés « ESS », qui ne recherchent donc pas la rentabilité à tout prix. La Caisse d'Epargne, qui finance à elle-seule 21,3% des prêts liés à l'ESS, lancera en 2015 sa propre plateforme de collecte de dons en ligne à destination des associations et des fondations.

« Le mécénat d'entreprise ou les placements solidaires sont également des solutions que les porteurs de projets devraient davantage utiliser », ajoute Nathalie Tarall.

Diversifier les activités

Autre chantier important pour l'ESS : développer les liens avec un autre secteur en plein essor : l'économie collaborative. Le succès des sites de covoiturage, d'autopartage, des fab labs ou de la finance participative font réfléchir les acteurs de l'ESS.

« Les deux secteurs partagent des valeurs communes mais pour l'heure, l'économie collaborative reste une petite sœur de l'ESS, estime la journaliste et bloggueuse Anne-Sophie Novel. Il faut provoquer des rencontres, encourager les partenariats pour développer de nouveaux emplois et consolider les deux secteurs ».

Car le potentiel d'emplois dans l'ESS est loin d'avoir été atteint. La filière énergie et celle de la silver économie sont, selon Nathalie Tarall, particulièrement adaptées à l'ESS.

« De plus en plus de belles initiatives dans le domaine de l'éco-construction, comme des logements sociaux-écologiques, ou dans les transports alternatifs, voient le jour. Quant aux services destinés aux personnes âgées, ils sont tout indiqués pour faire l'objet d'une démarche sociale et solidaire », note-t-elle.

Dans tous les cas, les porteurs de projets doivent garder en tête deux éléments fondamentaux : l'utilité sociale et la viabilité du projet.

« Tout projet doit partir de valeurs fortes, avoir un impact social et pouvoir être viable sur le long terme, avec l'objectif de se passer de toute forme d'aide », explique l'entrepreneur Jonathan Jeremiasz, co-fondateur de plusieurs ONG (Conseil, Voix publique, Handiamo, Comme les autres).

Des conseils que semblent avoir appliqués les lauréats de l'édition 2014 des Trophées de l'économie sociale et solidaire.

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