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ÉconomieInternational

"Ne pas exagérer la capacité d'un président à réformer la société américaine"

Propos recueillis par Eric Chalmet, à New York.

Publié le 03 novembre 2008 à 15:12

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Gerard Alexander, politologue, spécialiste des affaires gouvernementales à l'American Enterprise Institute, un «think tank» conservateur de Washington, analyse les conséquences de la victoire de McCain.

Que signifierait l'élection de John McCain dans l'histoire politique des Etats-Unis et en quoi se distinguerait-il de George W. Bush ?

Une administration McCain serait différente à bien des égards de l'administration Bush mais il ne faut pas exagérer la capacité d'un président à réformer la société américaine. Les présidents des Etats-Unis sont tenus par de nombreuses contraintes, notamment budgétaires, et le programme d'aide au système financier concocté par le Trésor pèsera sur les choix du prochain hôte de la Maison-Blanche, quel qu'il soit. John McCain a été contraint de se positionner en tant que candidat du changement en réaction à la campagne de Barack Obama. Au cours des primaires de son parti, Obama avait fait du « changement » une quête romantique voire quasi-mystique. Mais à mesure que la campagne s'est déroulée, ses propositions sont devenues plus spécifiques et il se présente désormais comme un candidat démocrate plutôt traditionnel. Dans la famille républicaine, McCain saura en revanche se démarquer de George W. Bush, notamment en matière de politique étrangère. Il aura une attitude plus musclée vis-à-vis de la Corée du Nord. Ceci étant dit, en ce qui concerne l'Irak, il fera ce que n'importe quel président fera : maintenir dans un premier temps les troupes puis les retirer dès que ce sera possible. Pour ce qui est de l'Iran, il est désormais clair que McCain ne se montrera pas aussi agressif que le craignaient ses détracteurs et qu'il s'en tiendra à des sanctions économiques. En gros, John McCain ne sera pas très différent du George W. Bush d'aujourd'hui mais en revanche très différent du George W. Bush plus aventureux d'il y a cinq ou six ans.

En quoi John McCain différerait de son prédécesseur sur les questions économiques?

Il est trop tôt pour savoir comment il agirait pour soutenir le dollar ou développer les accords de libre-échange. De toute façon, compte tenu de la crise financière, John McCain fera comme George W. Bush : il naviguera à vue. L'administration Bush est incapable de prédire ce qu'elle devra affronter d'ici à six semaines et ce sera aussi le cas pour la prochaine. En terme budgétaire, McCain devrait se démarquer de Bush dans la mesure où il paraît déterminé à tailler dans les dépenses fédérales. Mais il est toujours plus facile d'engager des programmes de dépense que de les annuler. Sa politique énergétique sera aussi différente de celle de Bush car il veut développer le parc des centrales nucléaires aux Etats-Unis. Je crains qu'après la crise financière et le plan de sauvetage fédéral qu'elle a occasionnée, la différence de substance entre une présidence de McCain et d'Obama se jouera surtout sur la politique étrangère et la nomination des juges. La perspective d'énormes déficits empêchera les démocrates de procéder à la vaste nationalisation du système de santé dont il rêve. Et l'effondrement des marchés financiers rendra impossible la privatisation du système de retraites publique auquel aspirent les républicains.

Le choix de Sarah Palin comme colistière peut-il contribuer à convaincre les électeurs que McCain incarne le changement ?

Si leur ticket est élu, Sarah Palin deviendra la première vice-présidente de l'histoire des Etats-Unis, ce qui serait aussi important que l'élection de Barack Obama à la Maison-Blanche. Sarah Palin incarne l'avenir et si McCain devient président, elle pourra légitimement prétendre à sa succession que ce soit dans quatre ou huit ans. Elle apportera un élément inédit au gouvernement : la capacité de parler au nom des gens ordinaires, des patrons de PME... J'entends de nombreux républicains dire que lorsqu'ils prennent une décision, George W. Bush, Henry Paulson comme Ben Bernanke prennent peut-être en considération la vie quotidienne des Américains moyens, mais ne l'ont jamais partagée. Le choix de Sarah Palin ne sera pas neutre en matière de politique économique et je soupçonne qu'elle ait davantage d'affinités avec les parlementaires républicains qui ont rejeté la première version du plan Paulson qu'avec le Trésor. Elle se préoccupe de la façon dont les Américains devront encore financer ce programme dans vingt ans, et c'est une différence notable avec George W. Bush. John McCain n'est pas très différent d'elle. Il est issu d'une famille de militaires, pas de banquiers ni de barons du pétrole et je vous assure qu'il n'avait besoin ni de sa colistière ni de qui que ce soit pour prouver qu'il est bel et bien un conservateur.

Propos recueillis par Eric Chalmet, à New York.

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