"Le New Labour est trop important pour être détruit par les disputes internes"

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Il défend Gordon Brown, lui l'ancien blairiste, au nom de la sauvegarde du "New Labour". Il appelle par ailleurs à la construction d'une politique industrielle européenne, et il avertit des dangers du protectionnisme en Europe, tout en menant des négociations serrées avec l'Allemagne sur la reprise des constructeurs automobiles Opel et Vauxhall

Gordon Brown a surmonté la rébellion au sein de son propre parti, mais est-ce que le gouvernement britannique est encore suffisamment solide pour gouverner ?

C'est un gouvernement qui dispose d'une véritable majorité parlementaire. Son mandat est de cinq ans, et il lui reste donc une année. Il peut compter sur un conseil des ministres uni. Lundi soir, les députés travaillistes ont très largement soutenu le Premier ministre. La demi-douzaine d'entre eux qui s'opposent au Premier ministre et viennent le critiquer devant les caméras n'est pas représentative. Les médias britanniques étaient complètement hystériques...

La crise de Gordon Brown n'est cependant pas une invention... Neuf ministres et secrétaires d'Etat ont démissionné.

Oui, c'est une crise, mais pour l'ensemble de notre système politique et pour tous nos partis, et pour tout Westminster. Cela vient de la crise des notes de frais. Inévitablement, le gouvernement a été touché plus fort que les autres (partis) par la crise parce ce que les gens nous perçoivent comme étant aux manettes. Certains pensent même que nous avons créé ce système de notes de frais, alors que cela remonte aux années 1980, voire même les années 1970.

Comment décririez-vous votre rôle pendant cette crise ?

Utile. Depuis les années 1980, quand j'étais directeur de la communication du parti travailliste et que j'avais 32 ans, j'ai tout fait pour construire le New Labour, pour sauver le parti travailliste des ruines dans lesquels il était, du désespoir et de la défaite. Ce projet est trop important pour être détruit par l'opposition de quelques uns. On ne peut pas tout jeter à la poubelle à cause de nos disputes internes. Je crois dans le projet du New Labour, et à mes yeux, la meilleure façon de le poursuivre est de soutenir Gordon Brown.

Comment le parti travailliste peut-il gagner les élections ?

Il nous faut un programme plus fort, plus clair. Nous devons faire face aux importantes tâches à venir: la crise économique, les services publics, la réforme du système politique, la politique européenne. Deuxièmement, nous devons nous regrouper en tant que parti, pour réfléchir au programme sur lequel nous allons combattre les élections. Troisièmement, nous devons prouver au public que nous pouvons nous comporter de façon collégiale. Si l'opinion publique juge que nous ne sommes pas capables de nous diriger nous-mêmes, elle ne pourra pas nous faire confiance.

David Cameron n'a-t-il pas réussi à renverser la popularité des conservateurs ?

Ce qui est fascinant avec David Cameron est qu'il ne provoque pas l'enthousiasme. La performance des conservateurs était à peine meilleure que celle de 2004. En tant qu'individu, il séduit, mais pas son parti.

Vous vous rendez à Berlin ce jeudi, pour faire un grand discours sur l'Europe. Vous plaidez en particulier pour éviter un retour au protectionnisme. La crise réclame-t-elle une nouvelle approche ?

Nous observons une hausse de l'euroscepticisme, et la récession rend chacun de nous plus centré sur lui-même. Pourtant, la crise nécessite plus d'Europe. Or, les actions prises à court terme de renationalisation, que ce soit l'industrie automobile ou autre, risquent d'être un pas en arrière pour l'Union Européenne. Je ne dis pas que ces actions de court terme n'auraient pas dû être prises. Mais les aides de l'Etat doivent être surveillées de près. Il ne faut pas oublier l'intérêt à long terme de l'Europe.

Mais la commission européenne peut-elle réalistement demander un respect strict des règles des aides de l'Etat en pleine crise ?

La commission doit être notre conscience économique. Parfois, nous n'aimons pas écouter notre conscience. Je crois que la commission a eu raison de relaxer les règles d'aide de l'Etat, mais qu'elle doit se montrer dure sur ces règles après 2010. Quand les Etats cherchent à réduire le poids de la commission vis-à-vis de ces règles, ils jouent un jeu dangereux pour le marché unique. Par ailleurs, la commission doit mener un débat sur la création d'une politique industrielle pour le XXIème siècle. Il est temps de renoncer à l'interventionnisme du passé: le rôle de l'Etat est de construire des capacités en terme d'infrastructures, mais pas de diriger les entreprises. L'éducation, la recherche et le développement, la réalisation d'infrastructures, et même les systèmes sociaux qui permettent de passer facilement d'un emploi à un autre, font partie des missions des gouvernements. L'essentiel des ces responsabilités est national, mais la commission a un rôle vital à jouer pour orienter les politiques européennes vers des principes communs. La commission peut aussi mesurer les progrès des pays membres. C'est pour cela que le budget européen doit être radicalement changé vers l'investissement dans les technologies vertes. Il faut aussi créer un fonds social de formation pour les compétences du futur. Il faut également mettre en place un plan pour s'assurer que tous les ménages européens aient accès à l'internet haut débit.

Vous mentionnez les risques du protectionnisme. Mais à l'occasion de votre déplacement à Berlin, vous allez mener des négociations sur le rachat de la branche européenne de General Motors, qui comprend l'Allemand Opel et le Britannique Vauxhall. L'équipementier canadien Magna fait figure de repreneur favori. Qu'en attendez-vous ?

En gros, je suis d'accord avec la commission quand elle dit que les décisions financières vis-à-vis de General Motors ne doivent pas être liées à des conditions discriminatoires sur l'emplacement de la production. Les décisions doivent être prises de façon commerciale et non pas politique. Je vais discuter de cela à Berlin avec la chancelière, et avec Karl Theodor zu Guttenberg (ministre allemand de l'économie, Ndlr). Ce sont des négociations très importantes.

La crise concernant Vauxhall ne montre-elle pas l'avantage d'avoir des champions nationaux ?

Ma vision de l'industrie automobile est que la consolidation est inévitable. Plus la consolidation sera importante à travers l'Europe, plus il est probable que nous puissions construire une entreprise mondiale qui compte dans ce secteur.

Etes-vous prêt à laisser Vauxhall disparaître ?

Certainement pas. Vauxhall est très productive et à bas coût, et c'est ce que je veux dire quand je dis qu'il faut que les décisions soient prises sur des bases commerciales. Nous discutons avec Magna. Ils sont le repreneur préféré mais pas le final : un accord n'a pas encore été trouvé pour acheter Opel et Vauxhall. Ils demandent à l'Etat britannique, entre autres, de larges montants d'assistance financière pour restructurer l'entreprise. Nous voulons mettre autant que ce que nous bénéficions. Mais nous voulons faire cela en coopération avec les autres gouvernements européens, et ne pas permettre à Magna de jouer un gouvernement contre un autre.

Fiat est aussi sur les rangs. Pensez-vous que Magna est le meilleur candidat ?

Sur le principe, construire une forte base automobile européenne me semble intéressant. Mais les négociations ne portent pas sur le futur de l'Europe, mais sur les intérêts de General Motors et de son propriétaire nord-américain. Magna cherche le meilleur prix, et cherche à préserver ses droits de propriété intellectuelle et ses intérêts dans le marché européen. Je ne dis pas que Magna est mauvais pour l'Europe, mais que leurs priorités sont leurs intérêts commerciaux nord-américains et pas la solidité industrielle européenne et ses emplois.

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