Trois candidats pour la vice-présidence de la BCE

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Ce lundi, les ministres des Finances de la zone euro vont examiner pour la première fois les candidatures au poste de vice-président de la Banque centrale européenne (BCE).

C'est le conseil européen de mars prochain qui désignera le nom du successeur du grec Lukas Papademos. Cette nomination est déterminante à plus d'un titre : d'abord parce que le vice-président est responsable de la supervision financière et de la stabilité des marchés, donc d'un domaine devenu très sensible, et d'autre part, le nom du nouveau vice-président pourra influer sur le choix du successeur de l'actuel président Jean-Claude Trichet. Le mandat de ce dernier s'achève en effet en novembre 2011. Or, une règle tacite prévoit que les pays "du sud de l'Europe" et ceux "du nord" se partagent les postes de direction. Pas question donc de voir un président allemand et un vice-président luxembourgeois ou un président italien et un second portugais diriger la politique monétaire de la zone euro…

Trois candidats sont actuellement déclarés.

Le faucon : Yves Mersch (Luxembourg)

Originaire de la capitale du grand-Duché, Yves Mersch, juriste de formation, est président de la jeune banque centrale du Luxembourg depuis sa fondation en 1998. A ce titre, il est également membre du conseil des gouverneurs de la BCE depuis la naissance de cette dernière. C'est donc un banquier central d'expérience qui a la réputation d'être un "faucon" en termes de politique monétaire qui n'a pas hésité à taper sur les doigts des banques pour leurs faiblesses en termes de prévisions des risques durant la crise financière. Sa proximité vis-à-vis des positions de la Bundesbank devrait lui permettre de bénéficier de l'appui allemand. A Berlin et à Francfort, on craindrait l'arrivée du portugais Vitor Constâncio au sein du directoire.

"La nomination d'Yves Mersch marquera indéniablement un durcissement", poursuit Jacques Cailloux, économiste chez RBS. Mario Draghi, qui sera alors le favori pour remplacer Jean-Claude Trichet, est en effet également considéré comme "faucon". Autre conséquence : "Yves Mersch est un de ceux qui parlent le plus et il y a fort à parier qu'il en soit de même au sein du directoire, même si la communication y est plus contrôlée. Du coup, nous pourrons avoir peut-être plus d'informations importantes sur le coeur de la réflexion de la BCE à Francfort", explique Jacques Cailloux.

Le Luxembourgeois a longtemps fait figure de favori dans la course à la succession de Lukas Papademos. L'échec de Jean-Claude Juncker pour la présidence du conseil européen et la présence d'un Belge et d'un Portugais à des postes clés au sein de l'Union européenne jouent en sa faveur, même si Jean-Claude Juncker devrait continuer à présider l'Eurogroupe. Ses points faibles : le syndicat de la BCE, Ipso, s'est montré défavorable à sa candidature alors que la tension sociale reste persistante dans l'institution de Francfort. Or, le vice-président est également en charge des questions de personnel au sein de la BCE. Par ailleurs, sa position très proche de la Bundesbank inquiéterait plus d'un chef de gouvernement en cette période de reprise fragile de l'activité. Bref, son statut de favori est de moins en moins évident.

La colombe : Vitor Manuel Ribeiro Constâncio (Portugal)

Le gouverneur de la banque du Portugal, Vitor Constâncio, 66 ans, est un vieux routard de la politique et de l'économie. Membre du parti socialiste, il est devenu ministre du plan du gouvernement provisoire qui a été établi après la révolution des œillets en 1974. Elu député en 1976, il devient pendant quelques mois en 1978, ministre des Finances. Il multiplie les postes officiels et prend la tête en 1986 du PS portugais avant de démissionner trois ans plus tard. Il se met alors en retrait de la vie politique avant d'être nommé en 2000 gouverneur de la Banque du Portugal, poste qu'il avait déjà occupé de 1985 à 1986.

Malgré ses déclarations en faveur de la modération salariale pendant son mandat, il est considéré par les observateurs comme une "colombe" en termes de politique monétaire. Une position qui lui vaut les défaveurs de l'Allemagne. Par ailleurs, sa candidature est affaiblie par la présence d'un compatriote, José Barroso, à la tête de la Commission. Enfin, au Portugal, il a été également très attaqué pour la gestion de la crise. Des députés de l'opposition l'ont accusé de ne pas avoir suffisamment surveillé le secteur bancaire portugais, et en particulier, la BPN, qui a dû être nationalisée. Selon un journaliste de Lisbonne, si l'affaire fait l'objet d'une enquête, la candidature de Vitor Constâncio sera donc une manière de fuir ses responsabilités. A Francfort, on le laissera en paix, tandis que son successeur pourra toujours mettre en cause la gestion précédente.

Reste que, en tant que seul candidat "du sud", le Portugais bénéficie de plusieurs soutiens au sein de la zone euro. D'autant que son expérience de banquier central est quasiment aussi longue que celle d'Yves Mersch. Il serait d'ailleurs au coude à coude avec ce dernier.

L'outsider : Peter Praet (Belgique)

A 61 ans, ce Francophone né en Allemagne a une très solide formation universitaire. Ancien économiste au FMI, avant d'être chef économiste chez Fortis pendant douze ans, il est directeur de la Banque Nationale de Belgique (BNB) depuis novembre 2000 et membre de la Commission bancaire depuis novembre 2002. C'est sa deuxième candidature pour entrer dans le directoire de la BCE. En 2004, il avait dû céder devant l'Espagnol José Manuel Gonzalez Paramo, ce qui avait constitué une nette déception outre-Quiévrain.

Passionné par son métier, Peter Praet dispose indubitablement des qualités pour le poste : il est spécialisé au sein de la BNB dans les questions de surveillance et de stabilité des marchés, une des compétences du vice-président de la BCE. Président du comité de surveillance bancaire de la BCE, il connaît l'institution et les grands banquiers centraux européens.

Soutenu par le ministre des Finances libéral belge, Didier Reynders, Peter Praet a un gros handicap : celui de ne pas diriger une banque centrale. Mais son positionnement de neutralité en termes de politique monétaire pourrait jouer en sa faveur et créer la surprise. Sa nomination permettrait en effet de faire un compromis entre "faucons" et "colombes" et de laisser ouvert le choix du président en 2011. A Bruxelles, on compte donc sur une impossibilité de décider entre Yves Mersch et Vitor Constâncio pour sortir la carte Peter Praet.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2010 à 8:00 :
merci pour ce sujet

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