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ÉconomieInternational

"Les économies européennes doivent rouler sur la même autoroute"

Propos recueillis par Sophie Gherardi

Publié le 18 mars 2010 à 08:57 - Mis à jour le 18 mars 2010 à 09:03

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Un invité prestigieux, un thème européen, un jeudi par mois : tel est le Forum Europe, un cycle de conférences organisé au Cnam par Nicole Gnesotto, titulaire de la chaire Union européenne, institutions et politiques, dont La Tribune est partenaire. Guy Verhofstadt, Premier ministre belge de 1999 à 2008 et actuel président du groupe libéral au parlement européen, nous a accordé cet entretien avant son intervention du 18 mars au Cnam.

La Tribune - Que faut-il faire pour que l?Europe joue encore un rôle important dans le monde multipolaire de demain ?

Guy Vershofstadt - L?exemple de ce qu?il ne faut pas faire, c?est Copenhague. Lors de la conférence mondiale sur le climat, il y avait dix représentants de nations européennes différentes. Autour de la table de négociation où se trouvaient réunis l?Inde, la Chine, l?Afrique du Sud, le Brésil, il restait une place et c?est le président Obama qui l?a prise. Les dix européens ne pouvaient même pas entrer dans la salle, et ils ont été exclus du compromis final. En revanche, l?Organisation mondiale du commerce est le bon exemple. Le Commissaire européen au commerce extérieur représente l?ensemble de l?Union. Il peut négocier au nom d?un demi milliard de consommateurs et on l?écoute.

C?est la même chose quand on parle des problèmes financiers. Pour affronter la situation de la Grèce, nous n?avons pas de gouvernance économique et sociale. Comment faire fonctionner la monnaie unique dans ces conditions ? Le monétaire, c?est bien, mais ça ne suffit pas, il manque un pilier socio-économique. Jacques Delors avait pressenti tout cela il y a près de vingt ans. La stratégie de Lisbonne était censée tenir lieu de gouvernance commune mais la méthode choisie n?a pas marché : la coordination ouverte, l?évaluation par les pairs, les bonnes pratiques, tout ça ne veut rien dire, il n?y a pas assez de pression. Résultat, après dix ans de stratégie de Lisbonne, la distance entre l?économie allemande et l?économie grecque n?a pas diminué mais augmenté. Créer cette gouvernance économique est devenu une nécessité absolue.

- Comment voyez-vous cette gouvernance, comment pourrait-elle fonctionner ?

- Il faut faire comme pour le pacte de stabilité au niveau monétaire, c'est-à-dire une politique de convergence économique et sociale. Il ne s?agit pas d?harmoniser toutes les économies, évidemment, mais de définir des valeurs minimales et maximales dans différents domaines. Par exemple, pour l?innovation, il faut consacrer au moins tel pourcentage du PIB à la recherche&développement, pour les retraites, il faut aller dans telle direction par étapes, pour le marché du travail les réformes devraient viser tel résultat. Je vois ça comme une sorte d?autoroute sur laquelle les Etats rouleraient sans pouvoir trop dévier à droite ou à gauche, de sorte que leurs économies se développent dans le même sens, mais chacune à son rythme, avec des délais d?adaptation. On obtiendrait ainsi la souplesse nécessaire tout en facilitant la convergence économique et sociale. L?analyse importante, selon moi, est de voir l?économie européenne comme un ensemble qui doit se défendre face aux autres et non pas comme l?addition des économies nationales. Le parlement européen vient d?adopter une résolution qui défend cette thèse : afin d?accélérer la convergence, il préconise un système de carottes et de bâtons.

- Mais pour éviter une mésaventure comme celle de la Grèce, il faut bien une supervision ?

- Bien sûr, et plusieurs idées sont à l?étude : la création d?un Fonds monétaire européen, celle d?un marché obligataire en euros, l?application de la stratégie 2020, qui a succédé à celle de Lisbonne tout en étant beaucoup plus contraignante. Je pense qu?on a besoin de tous ces instruments pour éviter une approche au cas par cas, comme nous avons fait pour la Grèce. Prenons cette crise au sérieux, faisons des adaptations de structure.

- Que pensez-vous de la nouvelle gouvernance de l?union ?

- Il est un peu tôt pour juger. Certains ironisent en disant qu?il y a encore plus de numéros de téléphone qu?avant ? vous connaissez la boutade de Kissinger : pour joindre l?Europe, quel numéro composer ? ? mais nous sommes dans une phase de transition. Le plus urgent c?est de créer le Service d?action extérieure pour permettre au Haut représentant, Mme Catherine Ashton, de fonctionner. Au Parlement européen, qui est co-décideur avec le Conseil et la Commission, nous voulons obtenir un Service d?action extérieure ambitieux, qui regroupe les grands dossiers tels que la politique de voisinage, l?aide humanitaire d?urgence, la coopération, pour en faire quelque chose de cohérent et d?efficace.

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- Vous avez longtemps siégé au Conseil en tant que Premier ministre de Belgique, vous voilà de l?autre côté de la barrière, au parlement, où vous dirigez le groupe libéral. Cela change votre point de vue ?

- Non, j?ai toujours été un proeuropéen convaincu qui prêchait dans le désert, puisque le Conseil est par nature le syndicat des intérêts nationaux. Au Parlement européen, j?arrive au bon moment : depuis l?entrée en vigueur du nouveau traité, il est devenu co-décideur dans plus de 80 domaines. Nous avons notre mot à dire sur pratiquement tout, soit directement, soit par le biais du budget. Avec les chefs des autres grands groupes, le Parti populaire européen et les socialistes, nous gérons une institution qui est désormais sur un pied d?égalité avec le Conseil. Nous avons créé une majorité "pro-européenne" qui jugera toutes les propositions qui viennent de la Commission et du Conseil en fonction de ce critère : est-ce que ça fait avancer l?Europe ? Si c?est oui, nous serons pour, si c?est non, nous serons contre. De plus en plus, on fait de la politique, ici au parlement.

Propos recueillis par Sophie Gherardi

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