La presse britannique abandonne Gordon Brown

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(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Après la défection des journaux de Rupert Murdoch et celle du Guardian, il ne reste plus qu'un seul quotidien soutenant les travaillistes.

Le New Labour est mort. Même si Gordon Brown réussit à s'accrocher à Downing Street après les élections de jeudi, l'attractivité médiatique du parti travailliste, l'une de ses grandes marques de fabrique sous Tony Blair, n'est plus. De tous les journaux britanniques, il n'en reste plus qu'un (et demi) qui soutienne encore l'actuel parti au pouvoir.
 

Par tradition, les journaux britanniques se rangent derrière un candidat, révélant généralement leur choix le week-end avant l'élection. En 2005, lors des dernières élections, cinq quotidiens avaient choisi Tony Blair, y compris le groupe dirigé par Rupert Murdoch (qui possède le Times et le Sun, le premier tabloïd du pays).
 

Cette fois, c'est l'hécatombe pour Gordon Brown. Si la défection du groupe Murdoch n'a surpris personne, celle du Guardian est en revanche un mauvais coup pour les travaillistes. Le quotidien de l'intelligentsia de gauche s'est déclaré en faveur des libéraux-démocrates : « le temps des libéraux est venu ».
 

The Economist aussi a décidé d'abandonner les travaillistes. Sans surprise, ils choisissent les conservateurs parce que ce sont ceux qui « veulent le plus » réduire la taille du gouvernement. Le Financial Times fait de même. Gordon Brown ne peut plus compter que sur le Daily Mirror, le plus petit des tabloïds (1,2 millions d'exemplaires par jour). A cela s'ajoute le demi soutien de l'Independent, qui prône une coalition entre travaillistes et libéraux-démocrates : « votez pour le candidat le plus à même de bloquer Cameron. »
 

Ce grand jeu d'échec médiatique a-t-il le moindre impact électoral ? Peter Mandelson, le principal stratège des travaillistes, pense que oui. « C'est difficile de faire passer notre message parce que 75% de nos journaux nationaux sont proclamés anti-travaillistes. Murdoch s'est complètement rangé derrière les conservateurs, avec de bonnes raisons : c'est dans son intérêt commercial. Les conservateurs veulent écraser le régulateur des médias et réduire les ressources de la BBC. »
 

Autre indication : depuis 1979, le Sun, qui tire à 3 millions d'exemplaires par jour, a systématiquement soutenu le candidat vainqueur. Après la victoire surprise des conservateurs en 1992, le tabloïd titrait même : « c'est le Sun qui l'a gagnée ».
 

La plupart des observateurs estiment cependant que c'est plutôt l'inverse qui s'est produit. Le Sun, et Rupert Murdoch, ont su se ranger derrière le parti favori. « La presse n'est pas, et n'a probablement jamais été, aussi puissante que ce que pensent les hommes politiques », estime Roy Greenslade, professeur de journalisme à City University, même s'il reconnaît que les journaux ont un impact à la marge. L'émergence des débats télévisés cette année a encore renforcé cela. L'ironie est évidente : en 2010, malgré internet, les blogs et Twitter, c'est encore le petit écran qui reste le plus puissant.
 

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