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Elections britanniques : suspense jusqu'au bout

Eric Albert, correspondant de La Tribune à Londres

Publié le 07 mai 2010 à 01:54

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Avec le résultat de presque 600 des 650 circonscriptions, les conservateurs sont le parti dominant, mais ils n'auront probablement pas de majorité absolue à la chambre des communes. Gordon Brown refuse pour l'instant la défaite. David Cameron estime que ce dernier a "perdu le mandat pour gouverner".

Suspense en Grande-Bretagne. Les conservateurs sont en passe de devenir le premier parti à la chambre des communes, mais ils n'auront probablement pas de majorité absolue. Et pour l'instant, Gordon Brown refuse de céder, et cherche à monter une coalition. Si David Cameron reste favori pour devenir premier ministre, les jeux ne sont pas encore faits.

Après 576 résultats des 650 circonscriptions, à 7h45 ce matin, les conservateurs ont 276 sièges, les travaillistes 225 et les libéraux-démocrates 48. La majorité absolue étant de 326 sièges, il semble qu'aucun ne semble en mesure de l'obtenir.

Pour autant, les conservateurs sont clairement devenus le premier parti du pays. David Cameron, leur leader, a décidé de mettre la pression : "il est clair que le gouvernement travailliste a perdu son mandat pour gouverner".

Mais c'est mal connaître Gordon Brown que de penser qu'il accepterait la défaite sans se battre jusqu'au bout. Dans un court discourt acceptant sa victoire dans sa propre circonscription, l'actuel premier ministre a tenu des propos ambigus : "le résultat n'est pas encore connu. Mais mon devoir est de jouer mon rôle dans un gouvernement fort et stable". En d'autres termes, il espère pouvoir monter une coalition.

La tâche sera cependant très difficile. Les libéraux-démocrates, qui semblaient la révélation de cette campagne, n'ont pas progressé par rapport à la dernière élection de 2005. C'est la principale surprise de cette élection pour l'instant.

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Il est donc probable que travaillistes et conservateurs n'aient pas, à eux deux, une majorité absolue (il leur manquerait une dizaine de sièges). "Ce sera très compliqué, estime Patrick Dunleavy, politologue à la London School of Economics. Il leur faudrait obtenir le soutien d'un troisième parti, peut-être des indépendantistes écossais."

Nick Clegg, leur leader, l'a reconnu ce vendredi matin : "ça a été une nuit décevante". Cependant, il refuse de se prononcer sur une possible coalition, demandant à chacun "de prendre un peu de temps". Sachant qu'une importante réunion du bureau politique des lib-dems se déroule demain, les négociations pourraient durer plusieurs jours !

Gouvernement minoritaire

Du côté des conservateurs, l'espoir est de former un "gouvernement minoritaire". "Il faut garder en mémoire que le gouvernement n'a pas besoin de vote d'investiture", explique Simon Hix, politologue à la London School of Economics. Constitutionnellement, il leur suffit de convaincre la reine d'Angleterre qu'ils ont un mandat populaire suffisant pour former un gouvernement. Ensuite, ils négocieraient chaque vote à la chambre des communes avec les petits partis, pour arracher une majorité, mais sans former de coalition formelle. Les conservateurs peuvent notamment compter régulièrement sur les voix des unionistes d'Irlande du Nord, qui ont une dizaine de sièges.

Mais pour monter un gouvernement minoritaire, il leur faut être le plus proche possible de 326 sièges. "S'ils passent sous 300 sièges, il va leur devenir impossible de passer la moindre loi, estime Patrick Dunleavy. S'ils montent à 314, la situation sera assez simple pour eux". Tous les sièges, jusqu'au bout, vont donc compter. Les derniers sièges qui seront dépouillés, généralement dans des campagnes reculées, sont généralement proches des conservateurs.

Est-ce viable ? La dernière fois qu'un gouvernement minoritaire est longtemps resté au pouvoir était entre 1976 et 1979. A l'époque, les travaillistes étaient au pouvoir, dans des circonstances catastrophiques (plan de sauvetage du FMI, grèves générales...). Cela ne présage pas particulièrement bien pour un nouveau gouvernement minoritaire.

Deux leçons enfin à tirer de ce scrutin. En perdant environ 90 sièges, les travaillistes enregistrent clairement un très mauvais résultat. Mais ce n'est pas le pire scénario pour eux. Ils ont évité une complète débandade.

À lire également

  • DOSSIER SPECIAL Les Britanniques aux urnes
  • Le British Blog d'Eric Albert à Londres : "Gordon Brown, jusqu'au bout"

En revanche, la déception sera amère pour les libéraux-démocrates, "révélation" de cette campagne. Ils avaient 63 sièges à la chambre des communes avant le vote, et ils seraient donc en légère baisse. "Leur campagne a été très mal mené par Nick Clegg, estime Patrick Dunleavy. En excluant complètement une coalition avec Gordon Brown (mais pas avec les travaillistes, Ndlr), ils s'est mis à dos une partie des électeurs travaillistes."

Eric Albert, correspondant de La Tribune à Londres

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