Des colis piégés en provenance du Yemen interceptés, les Etats-Unis et l'Europe en alerte

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La saisie vendredi de deux colis piégés à destination de la communauté juive de Chicago accrédite la thèse d'une "menace terroriste" sur le territoire américain. Cette tentative d'attentat intervient dans la dernière ligne droite de la campagne pour les élections de mi-mandat, dominée jusqu'ici par les questions économiques. La sécurité a été renforcée sur l'ensemble du territoire américain. L'Europe se mobilise également

Les Etats-Unis et l'Europe sont en état d'alerte. Deux colis piégés en provenance du Yemen et à destination de la communauté juive de Chicago ont été interceptés à Dubaï et au Royaume-Uni.  Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) est en tête de la liste des suspects, a indiqué Barack Obama lors d'une conférence de presse à la Maison blanche. Les deux colis étaient adressés à "deux lieux de culte juif à Chicago", a précisé le président américain. L'explosif, dissimulé à chaque fois dans des cartouches d'encre pour imprimantes, était le même que celui utilisé dans une précédente attaque venue du Yémen et revendiquée par Aqpa, a affirmé de son côté une élue démocrate au fait des questions de sécurité.

L'un des paquets suspects a été retrouvé sur avion-cargo de la compagnie United Parcel Services à l'aéroport d'East Midlands, situé à environ 260 km au nord de Londres. Le second a été découvert dans un entrepôt de FedEx à Dubaï. Les deux entreprises ont annoncé l'arrêt des livraisons en provenance du Yémen. Les enquêteurs continuent de travailler sur ces explosifs et des spécialistes évoquent un coup d'essai destiné à vérifier le niveau de sécurité du fret à destination des Etats-Unis. Plusieurs avions spécialisés dans le transport de marchandises ont été fouillés en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis après des informations recueillies par les services du renseignement des deux pays sur ces paquets en provenance du Yémen.

"Nous allons continuer à renforcer notre coopération avec le gouvernement yéménite, à déjouer de nouveaux attentats d'Aqpa et à détruire cette branche d'Al-Qaïda", a assuré le président américain.
Aqpa, émanation de la mouvance islamiste dans la région du Golfe, et l'un de ses animateurs, l'imam d'origine américaine Anouar al Aoulaki, sont devenus des cibles prioritaires pour les autorités américaines depuis l'attentat manqué contre un avion assurant la liaison entre Amsterdam et Detroit le jour de Noël 2009.

L'explosif contenu dans les cartouches d'encre était du PETN, celui qu'avaient tenté d'utiliser le Nigérian Umar Farouk Abdulmutallab ce jour-là et Richard Reid il y a neuf ans, a dit au New York Times la représentante démocrate Jane Harman, qui en a été informée par l'Agence de sécurité dans les transports. Un engin devait être activé par un téléphone portable et l'autre était associé à un minuteur, a-t-elle ajouté. Les autorités n'ont pas confirmé ces informations, expliquant que des tests étaient toujours en cours.

Un responsable américain et plusieurs spécialistes des questions de sécurité ont émis l'hypothèse que cette opération n'était en fait qu'un test pour vérifier les procédures de contrôle dans les aéroports et la réaction des services de sécurité. "Si cela est lié à une action terroriste, il est possible que tout cela n'était qu'un coup d'essai", a commenté ce responsable américain.
Dans le cadre de cette brusque poussée de fièvre, des appareils de l'armée de l'air américaine ont escorté un avion de ligne en provenance de Dubaï et à destination de l'aéroport JFK de New York car l'appareil transportait des colis venant du Yémen. Des appareils d'UPS ont été fouillés à l'aéroport de Newark dans le New Jersey et à celui de Philadelphie.

L'Arabie Saoudite, la Grande-Bretagne et les Emirats arabes unis ont contribué à identifier cette menace, dont Barack Obama avait été prévenu dès jeudi, a dit la Maison Blanche. Le conseiller antiterrorisme d'Obama, John Brennan, n'a pas précisé comment les Etats-Unis l'avaient précisément détectée mais a déclaré : "Nous étions dessus. Nous cherchions des colis qui pouvaient être inquiétants." "Clairement, ils cherchaient des failles dans notre système. Nous sommes parvenus à garder de l'avance sur eux."

Les Etats-Unis ne sont donc pas seuls sur la brèche. La France puis l'Allemagne ont suspendu à leur tour ce week-end le fret aérien en provenance du Yémen, d'où ont été expédiés les deux colis piégés interceptés en Angleterre et à Dubaï. L'alerte, qui a suscité une vaste opération impliquant les services de sécurité de plusieurs pays, braque également les projecteurs sur la sécurité du transport aérien, dont certains acteurs estiment qu'elle est négligée par les autorités.

"Aucun colis ou fret aérien en provenance du Yémen ne sera plus autorisé à entrer en Allemagne", a déclaré le ministre allemand des Transports, Peter Ramsauer. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) en France et les autorités britanniques ont pris des mesures similaires la veille. La ministre britannique de l'Intérieur, Theresa May, a annoncé parallèlement que les mesures de sécurité entourant le transport aérien de marchandises seraient réexaminées. "Nous passerons en revue le contrôle du fret aérien, nous passerons en revue les processus que nous suivons, nous discuterons avec le secteur aérien", a ajouté dimanche la secrétaire au Home Office sur l'antenne de la BBC.

Les deux colis piégés interceptés étaient à destination de synagogues de Chicago, aux Etats-Unis. L'un d'eux a transité par l'aéroport de Bonn-Cologne avant de poursuivre vers l'aéroport anglais d'East Midlands, au nord de Londres. Bonn-Cologne est la plateforme aérienne pour les opérations en Europe de la société United Parcel Services (UPS) . L'Office criminel fédéral allemand (BKA) a annoncé dimanche qu'il avait contribué à déjouer l'opération en alertant son homologue britannique . Lorsque les agents allemands ont pris connaissance de la menace, a précisé une porte-parole du BKA, le colis était déjà en vol vers la Grande-Bretagne. "Nous avons pu informer nos partenaires à Londres afin qu'ils puissent trouver et vérifier le colis", a-t-elle ajouté.

"TALON D'ACHILLE" DU TRANSPORT AÉRIEN

La double interception, qui a réveillé les craintes liées au terrorisme et à la sécurité aux Etats-Unis, a déclenché une vaste opération impliquant plusieurs services de sécurité. Au Yémen, une étudiante en médecine âgée d'une vingtaine d'années a été arrêtée samedi à Sanaa pour son implication présumée dans cet envoi. Les enquêteurs ont remonté sa piste grâce au numéro de téléphone qu'elle a communiqué à une société de transports.

Mais son avocat a dit qu'elle avait pu être victime d'un détournement d'identité "parce qu'il est insensé de penser qu'un individu s'apprêtant à commettre ce genre d'opération laisse une photo de sa carte d'identité ainsi que ses coordonnées téléphoniques". Washington soupçonne de son côté un Saoudien réputé proche d'Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), en tête de la liste des personnes recherchées pour terrorisme par l'Arabie Saoudite, d'avoir confectionné ces explosifs.

Les deux colis ont été interceptés vendredi, l'un en Angleterre à bord d'un avion cargo de la compagnie UPS, l'autre à Dubaï dans un entrepôt de la compagnie FedEx. Au moins l'un des deux contenait, dissimulé dans une imprimante, du PETN (tétranitrate de pentaérythritol), explosif déjà utilisé par Al Qaïda dans la péninsule arabique. Au-delà de l'enquête, l'alerte a également renforcé les inquiétudes sur les mesures de sécurité encadrant le transport aérien de marchandises, que Philip Baum, rédacteur en chef d'Aviation Security International, présente comme le "talon d'Achille" du transport aérien.

A Londres, l'Association britannique des pilotes de ligne (BALPA) a affirmé dimanche que le fret aérien était le parent pauvre de la sécurisation du transport. En concentrant les moyens humains et technologiques sur le contrôle des passagers, a-t-elle ajouté, "on a ouvert des portes ailleurs". Selon la BALPA, les pilotes d'avions cargo alertent depuis des années leur hiérarchie. "Il est temps que les avertissements des pilotes sur l'ensemble des mesures de sécurité soient aujourd'hui écoutés", a dit Jim McAuslan, secrétaire général de la BALPA.

"Il serait erroné de laisser entendre que la sécurité du transport aérien de marchandises n'est pas traitée de la même manière que la sécurité des passagers", a répliqué Peter Quantrill, directeur général de l'Association britannique du fret international (BIFA).

Aux Emirats arabes unis, où un Boeing 747 de la société de transport UPS s'est écrasé début septembre, les autorités ont catégoriquement démenti dimanche qu'une bombe soit à l'origine de cet accident.

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