Les six dossiers clés du nouveau Congrès

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Les républicains ont juré de faire dérailler certaines réformes chères au camp démocrate. Mais encore faudra-t-il que les conditions, au Congrès, le permettent, et que leurs supporters soient d'accord. Revue de détail des questions les plus épineuses.

Santé : la réforme devrait subir peu de changements

Le candidat Obama avait promis une réforme du système de santé. Le Président Obama l'a fait. Mais au prix d'énormes concessions. Principale victime, l'option publique, balayée par les lobbies et les accusations de "nationalisation" du système. La couverture maladie restera donc aux mains des assurances privées. La loi, qui a pour objectif de fournir une couverture santé à 32 millions d'Américains qui en sont pour l'instant dépourvus, a déchaîné les passions. Les conservateurs en ont fait le symbole de l'ingérence de l'État, envers les particuliers comme envers les entreprises, qui devront offrir une couverture à leurs salariés. Au Congrès, les républicains n'auront pas la majorité suffisante pour espérer autre chose que de simples "ajustements". Mais ils ont déjà porté la bataille sur un autre terrain, celui de la justice.

Climat : des ambitions revues à la baisse

C'était l'une des grandes priorités de Barack Obama pour les deux prochaines années: faire adopter une loi sur l'énergie et le climat, entraînant, notamment, de nouvelles normes pour l'industrie. Las ! Face à l'hostilité grandissante de son propre camp et aux véritables tirs de barrage des républicains, le Président avait déjà été contraint de revoir ses ambitions. Avec la percée républicaine au Congrès, il pourrait devoir totalement renoncer à une réforme d'envergure. En effet, si un texte avait bien été adopté, il y a un an, par les représentants, il n'avait pas passé le cap du Sénat en juillet dernier. Et tout au long de la campagne, les républicains n'ont cessé de proclamer que tant qu'ils auraient du pouvoir à Capitol Hill, une telle révolution serait mort-née.

Impôts : des cadeaux fiscaux en débat

Faut-il mettre un terme aux avantages fiscaux accordés sous la présidence de George Bush à la "middle class", mais également aux plus aisés ? Dans un contexte de déficit public abyssal, le Président Obama préfère concentrer l'effort fiscal sur la classe moyenne. D'ailleurs, depuis son arrivée au pouvoir, il a lui-même accordé 240 milliards de dollars de crédits d'impôts dans le cadre du plan de relance. Mais justement, faut-il privilégier la "middle class" ou les plus fortunés ? Qui, des deux, est plus à même de dépenser et donc de relancer l'économie ? Le débat reprendra sans doute au Congrès lors de la session qui se tiendra juste après les élections. Certains parlementaires, qui n'auront pas été réélus, siégeront encore et n'auront plus rien à perdre en votant en faveur d'une thèse ou de l'autre.

Finance : la loi Dodd-Frank pourrait être édulcorée

Votée cet été, la loi Dodd-Frank doit permettre d'éviter une nouvelle crise financière. Elle prévoit notamment la limitation du "trading" pour compte propre, un renforcement des exigences de fonds propres des banques et une meilleure protection du consommateur. Pour certains, cette réforme ne va pas assez loin, le texte final n'étant plus qu'une version édulcorée. Pour d'autres, elle est déjà inacceptable. Chef de file annoncé de la prochaine majorité républicaine à la Chambre, John Boehner n'a jamais caché sa volonté de l'abroger. Mais sa position ne fait pas l'unanimité dans ses rangs et se heurtera de toute façon à un veto présidentiel. Les républicains pourront en revanche influer sur les modalités d'application de plusieurs points, modalités qui doivent encore être définies par les régulateurs.

Immigration : une réforme en souffrance

Avec plus de 10 millions d'immigrés illégaux, Barack Obama souhaitait, dès son arrivée au pouvoir, plancher sur une réforme qui induirait, sous certaines conditions, leur régularisation à terme. La crise a eu raison de cette ambition. À ce jour, à part avoir dénoncé le durcissement de la législation en Arizona concernant les clandestins, le Président Obama n'a rien entamé avec le Congrès en faveur de ces derniers, des Latinos pour la plupart. Arguant du fait que leurs emplois pourraient être occupés par des "Américains au chômage", les républicains sont de toute façon majoritairement hostiles à une amnistie. Mais les Latinos, qui, en 2008, avaient à 67 % voté pour Obama, sont mécontents et le font savoir aux démocrates. En privant le parti de Barack Obama d'un soutien crucial à ces élections.

Commerce : Pékin au banc des accusés

La croissance est peu ou prou revenue, mais le bilan économique de Barack Obama est miné par le chômage qui, à son plus haut niveau depuis 1948, hante les Américains. Tout comme le déficit commercial qui repart à la hausse (avec un déséquilibre de 47 milliards de dollars). Dans le collimateur: la Chine et sa monnaie sous-évaluée. De résolument offensive à l'origine, la Maison-Blanche est cependant devenue plus "diplomate", reportant la publication, pourtant attendue, d'un rapport qui aurait pu entraîner des représailles envers la Chine en cas de "manipulation" manifeste de la monnaie, et ce, afin d'éviter une confrontation avec Pékin. La percée républicaine au Congrès pourrait radicaliser la stratégie américaine. Prônant une plus grande fermeté, les conservateurs estiment que le protectionnisme n'est plus tabou et menacent Pékin de sanctions.

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