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ÉconomieInternational

La Chine et les "terres rares" : bataille mondiale pour les métaux précieux

Xavier Harel, Robert Jules et Aline Robert

Publié le 10 novembre 2010 à 13:42 - Mis à jour le 10 novembre 2010 à 13:44

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Découvrez pourquoi le patronat de nombreux pays exhorte le G20 à garantir un approvisionnement « stable et durable » de ces métaux très utilisés dans l'automobile et l'électronique, mais monopolisés par la Chine.

Les cours des « terres rares » s'envolent et les industriels commencent à sérieusement s'en inquiéter. « Les dirigeants du G20 doivent travailler de concert afin de trouver des solutions rapides, pragmatiques et durables pour un approvisionnement stable et sûr en terres rares », écrivent dans une lettre adressée au G20 plusieurs organisations patronales. La lettre, datée du 3 novembre, compte 37 signataires allant des Chambres de commerce américaines aux fédérations patronales européennes Business Europe en passant par le japonais Nippon Keidaren.

Contrairement à ce que laisse penser leur appellation, « les terres rares » constituent un groupe de métaux assez répandus dans l'écorce terrestre. Ces 17 substances métalliques recensées et découvertes au début du XIXe siècle dans des minerais - d'où le nom de terre - sont essentielles pour les secteurs de l'électronique et de l'automobile, où elles entrent dans la fabrication d'écrans plats, de lasers ou de voitures hybrides. Elles sont également utilisées dans les énergies propres ou la raffinage pétrolier.

Situation de monopole

Si ces métaux rares sont présents un peu partout sur terre la production en est extrêmement concentrée. La Chine est assise sur 36 % des réserves mondiales de métaux rares, suivie de l'ex-Union soviétique (22 %), des États-Unis (13 %) et de l'Australie (5 %). Mais la Chine assure à elle seule plus de 95 % de la production mondiale de terres rares soit 120.000 tonnes par an.

Flambée des cours

C'est évidemment cette situation de quasi monopole sur fond de flambée des cours qui inquiètent les industriels. Les prix ont bondi de 69 % depuis mai 2010 et de plus de 300% depuis leur plus bas de 2008. Or, la Chine a commencé à réduire de 5 % à 10 % ses exportations de terres rares depuis 2006 afin de garantir à ses industriels un approvisionnement régulier de ces métaux stratégiques. En septembre 2010, un incident diplomatique entre la Chine et le Japon portant sur l'arraisonnement d'un bateau de pêche chinois avait rapidement dérapé sur le sujet des terres rares, Tokyo accusant Pékin d'avoir décrété un embargo sur ses exportations de terres rares.

Le G20 interpellé

Les industriels demandent donc au G20 de « renoncer à toute interférence dans la commercialisation nationale et internationale des terres pour des motifs diplomatiques ou de politiques industrielles ». Les industriels suggèrent d'améliorer « la coopération afin de diversifier les sources d'approvisionnement au niveau global. » Avec la flambée des cours, certaines réserves vont devenir commercialement exploitables.

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Crucial pour l'armée

Si ce ne sont pas les constructeurs de voitures électriques ou de portables qui convainquent les sénateurs américains, ce sera peut-être l'armée. Comme les autres grands secteurs de l'économie, cette dernière est dépendante, pour ses lunettes de vision nocturne, par exemple, des terres rares désormais produites essentiellement par la Chine. En septembre dernier, la Chambre des réprésentants a déjà adopté un texte visant à dynamiser la recherche et le développement dans ce domaine. Reste donc au Sénat à le faire, si possible au cours de la session de fin d'année, avant l'arrivée du nouveau Congrès sorti des urnes le 2 novembre dernier. Sinon, le vote sera repoussé à la mi-2011, selon les observateurs.

Le secteur minier en première ligne

Mais avec ou sans incitations fiscales, le secteur minier lui-même a bien l'intention de profiter de la récente envolée des prix des terres rares pour relancer ses activités. La mine de Mountain Pass, à une centaine de kilomètres au sud de Las Vegas, pourrait ainsi reprendre du service. Alors qu'elle était quasiment la seule source de terres rares aux États-Unis, cette mine, découverte en 1949 et exploitée depuis la fin des années cinquante, a été fermée en 2002. La raison ? La même qui agite actuellement les écologistes vis-à-vis de la Chine : les dommages causés par l'extraction à l'environnement.

Déchets radioactifs

Des millions de litres de déchets radioactifs ont été déversés, en particulier parce qu'il y avait de nombreuses fuites, dans le sol désertique, à la frontière de la Californie et du Nevada. Au point que l'entreprise qui opérait la mine à l'époque ait dû s'acquitter de plus de 1 million de dollars de dommages et intérêts. Depuis, cependant, les États-Unis ont quasiment disparu de la carte des producteurs de terres rares, alors que dans les années 1980 et 1990, ils représentaient entre 35 % et 40 % de la production mondiale. Molycorp, le nouveau propriétaire de Mountain Pass, a l'intention de rouvrir la mine en 2011 ou 2012, pour produire 20.000 tonnes de terres rares par an, la pollution en moins - grâce à une extraction plus propre -, selon Mark Smith, son PDG.

L'analyse de Dominique Casaï, co-dirigeant du fonds d'investissement Uram, à Genève

La Tribune - Pourquoi la production de terres rares se retrouve-t-elle aujourd'hui concentrée à plus de 95 % en Chine ?

Dominique Casaï - Il est vrai que cette situation est surprenante, d'autant que la Chine n'a commencé à exploiter ces minerais de façon industrielle que tard, à partir de 1985. Il semble que la décision ait été prise par Deng Xiao Ping sur le conseil d'universitaires qui avaient identifié des propriétés intéressantes dans ce groupe de 17 petits métaux. Même si ces propriétés étaient connues depuis longtemps, il fallait alors une volonté politique, une vision forte pour décider d'exploiter ces minerais pour favoriser l'innovation. A l'époque, il n'y avait pas de motivation géopolitique particulière.

- Les capacités de production sont-elles plus efficaces en Chine ?

- Le principal filon exploité en Mongolie Intérieure a démarré lentement mais a rapidement pris le dessus sur les autres sites. Les coûts de production n'avaient rien à voir entre la Chine de la fin des années 1980 et les Etats-Unis, où se trouvait l'autre principale mine, surtout en raison des salaires des mineurs. Ce qui a favorisé le basculement de la production vers la Chine.

- Est-il possible de relancer aujourd'hui d'autres mines de terres rares ?

- La Chine ne dispose que de 50% des ressources de la croûte terrestre en terres rares, cela veut dire qu'on peut en trouver ailleurs ! Il n'y en a pas en Europe. En revanche il y en dans l'ex-URSS, en Australie, au Canada, et aux États-Unis. Comme les terres rares sont souvent des sous-produits, on les retrouve souvent dans les pays miniers classiques. Il y a d'ailleurs plusieurs projets d'exploitation qui démarrent, mais cela peut prendre plusieurs années. En Californie, l'ancienne mine de Mountain Pass devrait pouvoir produire d'ici un an à partir des déchets miniers accumulés par le passé, mais l'exploitation minière en elle-même reprendra plus tard.

Xavier Harel, Robert Jules et Aline Robert

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