Bond, appelez-moi Eurobond !

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La question ne sera pas, officiellement, au programme du sommet de Bruxelles. Mais l'idée d'émettre une dette européenne fait son chemin pour graver dans le marbre l'irréversibilité de l'euro. Dès 1993, Jacques Delors l'avait imaginée, pour financer des projets d'avenir.

Le sommet européen qui s'ouvre ce soir à Bruxelles n'abordera pas la question des « eurobonds ». Du moins officiellement car, dans les couloirs, le débat autour de ces emprunts européens pour mutualiser les risques alimentera toutes les conversations. Toutes, sauf celles auxquelles se mêlera Angela Merkel qui en a fait un sujet tabou. Autour de la table, les Vingt-Sept débattront du mécanisme de sauvetage permanent... qui, lui aussi, était un sujet tabou l'an dernier. En attendant, les marchés restent fébriles.

« La confiance se gagne en gouttes et se perd en litres », disait Jean-Paul Sartre. Confrontés à l'incendie de la zone euro, les Européens ont déversé des milliards de litres, sans pour autant contenir les flammes qui menacent toujours de se propager. Les dirigeants pensaient qu'un chiffre massue à la une des journaux ramènerait le calme. Mais même avec « 750 milliards d'euros », le fonds de secours paraît aujourd'hui insuffisant. « Les marchés ne comprennent rien au fonctionnement de l'Europe », nous confiait, il y a quelques mois, un responsable de premier plan. Or, ce sont ceux qui ne comprennent rien qui posent généralement les questions les plus simples : « L'euro a-t-il un avenir ? » Au lieu d'y répondre, l'Europe s'est contentée de dire : « On ne sait pas... mais on a des pompiers ! »

La crise a montré qu'une monnaie unique sans réelle coordination budgétaire ne marche pas. L'UE a su ramener quelques gouttes de confiance en jetant les bases d'une coordination et en durcissant les sanctions. Que faire de plus ? « La création d'un marché obligataire de la zone euro apporterait des bienfaits immédiats en plus de corriger une déficience structurelle. » Voilà ce qu'écrivait, il y a deux ans, le financier George Soros. Il le pense encore aujourd'hui. La semaine dernière, la proposition a été remise sur la table par le patron de l'Eurogroupe lui-même. Le président de la Commission trouve l'idée « attrayante », le directeur général du FMI la soutient, de même que plusieurs dirigeants européens. La France s'est contentée de dire que « ce n'est pas d'actualité ». L'Allemagne a, quant à elle, claqué la porte.

Pour les pays fragiles, évidemment, une mutualisation des taux, profitant de la crédibilité allemande, serait une aubaine. Elle les protégerait des attaques spéculatives tout en allégeant le coût de leur dette. Mais l'Allemagne, qui supporte mal de devoir payer pour les erreurs des autres, est contre. D'abord, parce que ces emprunts en commun conduiraient à un relèvement de son propre taux. Cet obstacle pourrait être levé à travers un remboursement de la différence par les pays bénéficiaires.

Mais la raison la plus fondamentale tient, on y revient, au manque de confiance. « Le passé a montré que les États membres promettent beaucoup de choses mais que, dès qu'il y a des problèmes, ils ne respectent pas les règles », nous explique le libéral allemand Wolf Klinz. L'eurodéputé s'estime incapable de « vendre à ses électeurs » qu'ils devront être responsables de la totalité des eurobonds. Il se dit toutefois prêt à en parler à condition de créer une véritable « union économique et fiscale ». En clair, que les autres pays soient prêts à abandonner une partie de leur souveraineté...

Or, même à l'agonie, l'Irlande a défendu bec et ongles son impôt sur les sociétés. Berlin préfère donc s'en tenir au fonds de secours et aux plans de rigueur. Mais avec ces seules mesures, la croissance et l'emploi risquent d'être en berne longtemps. « Je ne demande pas les euro-obligations pour éteindre le feu de la spéculation contre l'euro mais pour concilier l'assainissement nécessaire de l'endettement avec la préservation de l'avenir », nous explique Jacques Delors, qui avait été le premier à proposer des eurobonds, dès 1993. L'ancien président de la Commission est adepte de la « règle d'or » : « Il faut équilibrer les dépenses de fonctionnement de l'État. En revanche, les dépenses d'avenir, qui vont amener des richesses supplémentaires, peuvent être remboursées avec les plus-values. » La Commission réfléchit déjà à des « fonds de projets européens », qui permettraient à l'Union d'investir dans des projets d'infrastructure sans augmenter son budget. Les eurobonds auraient-ils donc toutes les vertus ?

Aujourd'hui, la balle n'est finalement pas dans le camp de l'Allemagne mais plutôt dans celui des pays qui ont le plus besoin de ces eurobonds. S'ils acceptaient de se soumettre à une véritable union économique et fiscale, et de s'y tenir, l'Allemagne se montrerait plus réceptive. Et si Berlin retrouvait la confiance dans ses partenaires, les marchés retrouveraient la confiance dans la zone euro. La défiance est contagieuse, mais la confiance peut l'être aussi.

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Commentaires
a écrit le 20/12/2010 à 11:30 :
juste parfait le titre...
a écrit le 18/12/2010 à 10:44 :
Le premier probleme etant que tout chancelier qui approuverait ces eurobonds signerait son arret de mort politique car le peuple Allemand ne veut rien entendre, le second est que si les pays en difficulte ont cet outil miracle en conservant leurs souverainete, .ils vont en abuser(si ils sont dans des situations desesperees. c'est parceque ils ont abuse de la situation en pensant que d'autres payeraient).Pour finir, tout chef d'etat qui proposerait l'abandon de la souverainete nationale se condamnerait et, plus grave, condamnerait son parti pour de longues annees.Dans 20 ans, peut -etre !

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