Pourquoi l'Europe ne doit pas avoir peur de la Chine

 |   |  747  mots
Copyright Reuters
La peur des investissements chinois dont fait preuve l'Europe est un non-sens. C'est la thèse d'Arnaud Dupui-Castèrès, président de Vae Solis Corporate et d'André Loesekrug-Pietri, président de A Capital. Mieux vaut, selon eux, favoriser l'accueil de ces investisseurs, les sensibiliser à nos contraintes, plutôt que d'importer toujours plus de produits venant de Chine.

Il a été très amusant de lire, ces derniers jours, la prose de certains "experts" annonçant que 2010 est l'année qui a vu la Chine émerger. Rappelons que, en 2010, la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale ! Il faut donc devenir la seconde puissance du monde pour que certains perçoivent enfin l'émergence d'un pays... La Chine, comme d'autres pays, est "émergée" depuis plusieurs années. Seul notre affligeant ethnocentrisme nous aveugle sur un constat qui, à bien des égards, est assez déprimant.

L'Europe et surtout la France font le chemin inverse, elles "immergent" doucement mais sûrement. Alors, nous cherchons à nous protéger. Les récentes déclarations du commissaire européen à l'Industrie, Antonio Tajani, suggérant la création d'une autorité européenne visant à contrôler les investissements étrangers en Europe, sont symptomatiques de l'inquiétude des continentaux partout où la présence d'une société chinoise est annoncée.

Il faudrait rappeler un précédent : les cris d'orfraie qui avaient accompagné la création du fonds souverain chinois en 2007. Les Européens ont mis leur honneur dans leur poche quand on voit aujourd'hui les sollicitations empressées - presque parfois gênantes - de nombreux pays de voir une partie de leur dette rachetée par la Chine. Pour probablement s'émouvoir dans quelques mois de notre soi-disant "dépendance".

Absence de vision, approche ultra-court terme à nouveau. Pourquoi ne pas s'interroger sur les raisons du déclin comparatif de l'Europe ? Peut-être pour ne pas avoir à dire la vérité aux opinions publiques. Pourquoi ne cherchons-nous pas à définir une stratégie sur les vingt, trente ou cinquante prochaines années ? Ne sommes-nous pas capables de faire ce que les Chinois sont, eux, capables de faire ? Pourquoi ne pas renforcer nos points forts, accélérer sur nos capacités industrielles, technologiques, donner un élan à l'innovation et à nos sociétés de croissance ? Pourquoi ces atermoiements sur la grande affaire du XXIème siècle qu'est l'environnement, alors que l'Europe avait un leadership technologique et moral incontesté en la matière ? Qu'attendons-nous pour imaginer les contours d'une Union européenne puissance mondiale, de ses partenariats stratégiques, avec l'Amérique du Sud, l'Afrique (deux continents avec lesquels l'Europe entretient des liens particuliers), l'Asie du Sud-Est, actuellement en pleine croissance, avec l'Amérique du Nord.

Malheureusement, nous n'en semblons pas capables ! Nous semblons démunis de toute capacité éprouvée à penser l'avenir, à structurer nos volontés, nos enthousiasmes au-delà d'échéances et de calculs électoraux. Déjà 2012, puis 2014, bientôt 2017, etc... N'y a-t-il pas plus important que de penser écuries ou pouliches ? Les Européens n'ont plus de vision de l'avenir. Notre seul et premier réflexe : se protéger, se replier, dénoncer la présence. Nous sommes bien placés, nous, Européens, pour savoir que les autochtones qui se replient sur eux-mêmes ne faisaient pas le poids face à l'organisation et à la détermination des conquérants. Et attention à l'effet boomerang : quand la Chine a investi 48 milliards de dollars à l'étranger en 2009, la France, seule, en a investi trois fois plus, soit 147 milliards ! Et l'Europe probablement plus de 500 milliards. Qui envahit qui ?

Alors, réagissons ! Sans animosité, sans incompréhension vis-à-vis des investisseurs étrangers et notamment à l'égard des plus puissants d'entre eux, les Chinois, qui développent une approche comparable à celle des Etats-Unis d'après-guerre avec leur plan Marshall. Nous pouvons à la fois accueillir les investissements chinois et nous faire respecter. Nous pouvons à la fois vendre certains actifs et rester très compétitifs par notre créativité et notre innovation. Nous gagnerons à accueillir plus d'investissements chinois en Europe - avec des investisseurs bien plus responsables que de simples exportateurs qui n'ont que peu faire de l'impact de leurs produits sur les marchés cibles. Il faut encourager les implantations étrangères en Europe pour rendre ces investisseurs plus "européens" et plus au fait de nos contraintes et de nos valeurs.

La bonne réaction à l'influence chinoise grandissante n'est pas le repli sur soi, mais un comportement de vérité et de maturité vis-à-vis des opinions publiques, sur nos atouts et nos faiblesses, une réelle approche stratégique avec des priorités marquées et non plus du saupoudrage - éducation, recherche, grands projets, financement de l'innovation -, et enfin une approche stratégique résolument européenne et non la poursuite de la déconstruction de l'Union actuellement à l'oeuvre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/02/2011 à 11:30 :
En faites, l'europe et leur dirigeants sont bien content de faire les gros titres quand ils signet x milliards d'? de contrats et d'investissement de l'UE en chine, mais lorsque c'est la chine qui investit dans l'ue on cris au scandale, au final on veut le beurre et l'argent du beurre pendant ce temps on laisse passe le train de la mondialisation et dans 30 ans il y aura les usa l'asie du sud est et au milieu l'ue qui sera une grosse suisse : des gens riches et bien pensant repliée sur eux meme
a écrit le 07/02/2011 à 9:56 :
Ce ne sont pas les chinois qu'il faut blâmer, mais les consommateurs européens qui recherchent en permanence les prix les plus bas, obligeant ainsi les entreprises à délocaliser. Certaines le font pour accroître les profits, mais la majorité des autres qui sont directement confrontées à la concurrence internationale le font pour survivre, ou tout simplement pour exister, ou pour se rapprocher des consommateurs. Par exemple, Renault a raison de faire fabriquer certaines voitures en Turquie car les fabriquer en France serait un non sens économique et énergétique, sachant par ailleurs que la conception des voitures se fait en France. Ainsi, non seulement Renault accroît ses parts de marché, mais fait travailler les Turcs et les Français. Autre exemple : les centres d'appel. Les prix sont tellement tirés que seuls ceux qui ont expatrié s'en tirent. Ils donnent ainsi du travail dans des pays d'expression française et évitent ainsi une émigration de personnes qualifiées et éduquées.
a écrit le 07/02/2011 à 8:46 :
Bien sur que non , avec toutes les délocalisations et notre bon chomage , nous devons etre satisfaits ! Ce n'est pas la Chine qui est fautive mais , par ses couts , elle a attiré tous les "capitalistes "avides de rendements énormes et rapides .
a écrit le 06/02/2011 à 15:46 :
Les banques américaines e l'OMC ont voulu couler l'Europe (continentale), en extirpant la Chine du sous développement dans laquelle l'avait placé les british, rois de l'hypocrisie et de l'exploitation à outrance, pas de pot l'Europe des technocrates à fini par régir à grands coups de pied dans le cul.
a écrit le 06/02/2011 à 13:06 :
Je veux bien que les Chinois puissent acheter à 100% des entreprises européennes, mais à condition que les européens puissent acheter à 100% des entreprises chinoises, ce qui n'est pas le cas : 50% des capitaux doivent être chinois. Et que les chinois arrètent de manipuler leur monnaie.
Réponse de le 07/02/2011 à 8:44 :
tout a fait d'accord avec vous !
Réponse de le 07/02/2011 à 10:00 :
....et aussi, quand les chinois auront un savoir faire que nous n'aurons pas, que nous exigions des tranfers de technologie. Mais pour celà, il faudrait que l'Europe soit politiquement unie, ce qui est loin d'être fait.
Réponse de le 07/02/2011 à 13:39 :
@ Réciprocité: et quelles sont les entreprises 100 % chinoises en France ou en Europe ?
a écrit le 06/02/2011 à 12:02 :
L'être humain a un "cycle de vie" en trois temps. Il semble que l'Europe aussi !

Premier temps la jeunesse, on part à la conquête du monde. Ce fut le XIXe siècle pour les européens et les empires coloniaux. Deuxième temps la maturité, on gère l'existant. Ce fut le XXe siècle pour les européens qui se sont auto détruit dans deux guerres mondiales et on vécu dans l'insouciance folle des trente glorieuses. Troisième temps la vieillesse, on se repli sur soi, sa maison, sa chambre, son lit (de mort) et petit à petit on abandonne tout ce que l'on avait au fur et à mesure que les médecins viennent brancher des perfusions sur le corps agonisant. C'est la période actuelle de ce ce tournant de siècle. Puis viendra la mort inévitable et les héritiers (américains) et les neveux (asiatiques) qui se partageront l'héritage, la dépouille pour en faire autre chose...

Je suis 100% d'accord avec votre analyse, hélas je ne vois aucun sursaut possible, alors qu'il est temps !
Réponse de le 07/02/2011 à 8:38 :
Ca fait peur si c'est vrai ce que vous dîtes...
Réponse de le 07/02/2011 à 10:14 :
On sera toujours dans notre pays... et les français seront toujours... vivant. La seul différence est que tout l'investissement sera étranger, soit américain, soit chinois. C'est déjà plus ou moins le cas. Regardez aussi les parts d'actionnariat qu'on les émirs arabes sur certaines de nos entreprises et meme sur l'immobilier en france. Le terme de pays sera de plus en plus symbolique, et le pouvoir sera de plus en plus recentré sur les actionnaires et bien évidemment sur les grosses entreprises. Le problème, c'est que contrairement à un état, elles ne joueront pas leurs role social et que toute manifestation deviendrons de plus en plus obsolète et auto sucidaire. Mais bon d'un autre coté, soit on fait beaucoup de concession sur notre comfort de vie et on se la joue à la Sarko-Merkel et on se tire la bourre avec les chinois, soit on dit merde à tout ça et on cesse de vivre comme des consommateur capitaliste... puis de toute façon, que les investisseurs soit français ou étranger... ça change quoi? La barrre salariale restera au plus bas... compétivité oblige... alors le citoyen se fera sucer jusqu'à la moelle dans tout les cas... surtout s'il continue à croire que consommer et etre individualiste c'est créer de la prospérité. Alors d'Arnaud Dupui-Castèrès est bien gentil de vouloir nous rassurer mais il croit au bisounours, et continuer ce jeu là est certes possible économiquement mais à quel prix pour le citoyen à long termes?
Réponse de le 19/02/2011 à 17:42 :
Non je ne crois pas aux bisounours.Mais la réalité est ce qu'elle est. il faut cesser de se voiler la face. Il y a des mondes émergents. cela peut nous embêter à nous européens et français confortablement installés dans nos sociétés, mais cela ne durera pas. en grande partie parce que nous ne travaillons pas assez , parce que nous n'avons surtout pas vu arriver de nouvelles nations qui jouent un rôle de plus en plus grand dans notre monde. Personnellement, je m'en félicite. car ce sont des millions de personnes qui connaissent une vie meilleure. L'europe et surtout la France s'est entretenue dans l'illusion d'un confort et de facilités dont nous n'avons pas les moyens et qui a bien des égards sont virtuels. Ils ont été financés par les acquis des anciens et par les dettes créées pour les générations futures. Ce qui est moralement lamentable. Je ne crois pas aux bisounours et je vous renvoie sur une tribune publiée dans le Monde, vous comprendrez.

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1136909

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :