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Pourquoi l'Europe ne doit pas avoir peur de la Chine

Arnaud Dupui-Castèrès, président de Vae Solis Corporate et André Loesekrug-Pietri, président de A Capital

Publié le 06 février 2011 à 04:26

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La peur des investissements chinois dont fait preuve l'Europe est un non-sens. C'est la thèse d'Arnaud Dupui-Castèrès, président de Vae Solis Corporate et d'André Loesekrug-Pietri, président de A Capital. Mieux vaut, selon eux, favoriser l'accueil de ces investisseurs, les sensibiliser à nos contraintes, plutôt que d'importer toujours plus de produits venant de Chine.

Il a été très amusant de lire, ces derniers jours, la prose de certains "experts" annonçant que 2010 est l'année qui a vu la Chine émerger. Rappelons que, en 2010, la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale ! Il faut donc devenir la seconde puissance du monde pour que certains perçoivent enfin l'émergence d'un pays... La Chine, comme d'autres pays, est "émergée" depuis plusieurs années. Seul notre affligeant ethnocentrisme nous aveugle sur un constat qui, à bien des égards, est assez déprimant.

L'Europe et surtout la France font le chemin inverse, elles "immergent" doucement mais sûrement. Alors, nous cherchons à nous protéger. Les récentes déclarations du commissaire européen à l'Industrie, Antonio Tajani, suggérant la création d'une autorité européenne visant à contrôler les investissements étrangers en Europe, sont symptomatiques de l'inquiétude des continentaux partout où la présence d'une société chinoise est annoncée.

Il faudrait rappeler un précédent : les cris d'orfraie qui avaient accompagné la création du fonds souverain chinois en 2007. Les Européens ont mis leur honneur dans leur poche quand on voit aujourd'hui les sollicitations empressées - presque parfois gênantes - de nombreux pays de voir une partie de leur dette rachetée par la Chine. Pour probablement s'émouvoir dans quelques mois de notre soi-disant "dépendance".

Absence de vision, approche ultra-court terme à nouveau. Pourquoi ne pas s'interroger sur les raisons du déclin comparatif de l'Europe ? Peut-être pour ne pas avoir à dire la vérité aux opinions publiques. Pourquoi ne cherchons-nous pas à définir une stratégie sur les vingt, trente ou cinquante prochaines années ? Ne sommes-nous pas capables de faire ce que les Chinois sont, eux, capables de faire ? Pourquoi ne pas renforcer nos points forts, accélérer sur nos capacités industrielles, technologiques, donner un élan à l'innovation et à nos sociétés de croissance ? Pourquoi ces atermoiements sur la grande affaire du XXIème siècle qu'est l'environnement, alors que l'Europe avait un leadership technologique et moral incontesté en la matière ? Qu'attendons-nous pour imaginer les contours d'une Union européenne puissance mondiale, de ses partenariats stratégiques, avec l'Amérique du Sud, l'Afrique (deux continents avec lesquels l'Europe entretient des liens particuliers), l'Asie du Sud-Est, actuellement en pleine croissance, avec l'Amérique du Nord.

Malheureusement, nous n'en semblons pas capables ! Nous semblons démunis de toute capacité éprouvée à penser l'avenir, à structurer nos volontés, nos enthousiasmes au-delà d'échéances et de calculs électoraux. Déjà 2012, puis 2014, bientôt 2017, etc... N'y a-t-il pas plus important que de penser écuries ou pouliches ? Les Européens n'ont plus de vision de l'avenir. Notre seul et premier réflexe : se protéger, se replier, dénoncer la présence. Nous sommes bien placés, nous, Européens, pour savoir que les autochtones qui se replient sur eux-mêmes ne faisaient pas le poids face à l'organisation et à la détermination des conquérants. Et attention à l'effet boomerang : quand la Chine a investi 48 milliards de dollars à l'étranger en 2009, la France, seule, en a investi trois fois plus, soit 147 milliards ! Et l'Europe probablement plus de 500 milliards. Qui envahit qui ?

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Alors, réagissons ! Sans animosité, sans incompréhension vis-à-vis des investisseurs étrangers et notamment à l'égard des plus puissants d'entre eux, les Chinois, qui développent une approche comparable à celle des Etats-Unis d'après-guerre avec leur plan Marshall. Nous pouvons à la fois accueillir les investissements chinois et nous faire respecter. Nous pouvons à la fois vendre certains actifs et rester très compétitifs par notre créativité et notre innovation. Nous gagnerons à accueillir plus d'investissements chinois en Europe - avec des investisseurs bien plus responsables que de simples exportateurs qui n'ont que peu faire de l'impact de leurs produits sur les marchés cibles. Il faut encourager les implantations étrangères en Europe pour rendre ces investisseurs plus "européens" et plus au fait de nos contraintes et de nos valeurs.

La bonne réaction à l'influence chinoise grandissante n'est pas le repli sur soi, mais un comportement de vérité et de maturité vis-à-vis des opinions publiques, sur nos atouts et nos faiblesses, une réelle approche stratégique avec des priorités marquées et non plus du saupoudrage - éducation, recherche, grands projets, financement de l'innovation -, et enfin une approche stratégique résolument européenne et non la poursuite de la déconstruction de l'Union actuellement à l'oeuvre.

Arnaud Dupui-Castèrès, président de Vae Solis Corporate et André Loesekrug-Pietri, président de A Capital

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