Plongée au coeur de l'austérité britannique

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À Manchester, la mairie a voté une baisse de 25 % de son budget en deux ans. Elle supprime 2.000 postes, soit 17 % de ses emplois, et ferme de nombreux services publics. Au risque de faire retomber la ville dans le marasme créé par les crises des années 1980 et 1990 ? Les avis sont partagés. Quelques rares espoirs émergent en effet du secteur privé.

Une simple promenade au centre de Manchester permet de résumer la Grande-Bretagne de l'austérité. Dans une petite rue sur le côté se trouve un centre de loisirs pour enfants en bas âge, recouvert de banderoles car il risque d'être fermé prochainement. Près de là, dans l'université, un groupe d'étudiants tient un sit-in depuis une vingtaine de jours, protestant contre le triplement des frais universitaires. Ils ont été rejoints par Jo, un lycéen sans le sou qui perd à partir d'avril l'allocation de 35 euros par semaine dont il bénéficie pour payer les frais liés à ses études (notamment les transports en commun).

Non loin de là, les bureaux de Manchester Advice se préparent à fermer. Ce centre qui fournit une aide légale gratuite - problème de dette, dispute avec un propriétaire, difficulté de visa pour des immigrés... - sera supprimé dans les prochains jours. Myriam Wilkinson vient d'y perdre son emploi : « L'an dernier, nous avons conseillé 80.000 personnes. Ce sont des aides irremplaçables, données à des gens souvent très pauvres. »

La liste des coupes budgétaires, qui commencent à entrer en vigueur avec le début de l'année fiscale (d'avril à mars), pourrait continuer longtemps. Manchester vient de voter une baisse de son budget de 25 % en deux ans (en termes réels, corrigés de la hausse prévue des dépenses). Cela équivaut à une économie de presque 200 millions d'euros. Le tiers de cette somme viendra de la suppression de 2.000 emplois, soit 17 % des effectifs des services municipaux. Le reste sera gagné un peu partout : deux piscines et cinq bibliothèques vont fermer, les parkings deviendront payants le dimanche, et même les toilettes publiques - sauf « une » - seront supprimées !

« Le choc est terrible, résume Christina Purcell, militante qui dirige la campagne Manchester Coalition against Cuts. Bien sûr que le déficit de l'État est un problème, mais les coupes budgétaires sont trop rapides et brutales, poursuit Steph Pike, qui fait partie du même mouvement. Cela va nous renvoyer vingt ans en arrière. » De plus, Christina Purcell estime que ce sont en grande partie de fausses économies. « De nombreux centres pour adolescents vont fermer. Mais où vont aller les jeunes désormais ? Il y a dix ans, Manchester était surnommée ?capitale des gangs?. Cela risque de se reproduire. »

Pour Manchester, ravagée par les deux crises économiques des années 1980 et 1990, l'austérité arrive alors que le rétablissement de la ville est encore fragile. Certes, le centre-ville a été reconstruit, les quartiers pauvres se sont améliorés, et le chômage avait été fortement réduit (jusqu'en 2008).

Mais ce redressement spectaculaire venait essentiellement d'une énorme injection d'argent public. L'est de Manchester, où des mines de charbon ont été exploitées jusqu'en 1968, en est l'exemple le plus flagrant. Près de 1 milliard d'euros d'argent public y a été injecté en une décennie, en grande partie grâce à la tenue des Jeux du Commonwealth en 2002. Cela a permis la construction d'un stade - où joue désormais l'équipe de football de Manchester City - et d'un vaste complexe sportif.

Cet afflux d'argent est cependant sur le point de se tarir. New Manchester, l'agence publique en charge de la « régénération » du quartier, a dû mettre à la porte une trentaine d'employés sur un total de soixante. Son budget d'investissement a été drastiquement réduit, passant de 70 à 30 millions d'euros. « Mais ce sont les baisses des allocations sociales qui vont avoir le plus fort impact sur les habitants du quartier », estime Eddie Smith, le directeur de New Manchester.

Or, malgré les améliorations évidentes de l'est de la ville en une décennie, la pauvreté demeure très forte. Le minable petit marché de l'est de Manchester, au bord de la route nationale, l'illustre. Avec son sol en béton nu et ses stands vendant des gadgets au rabais, chaque sou ici se compte. « Ça fait trois ans que la situation empire, estime John, un vendeur de DVD au sourire édenté. Bien sûr, il y a eu beaucoup de reconstructions dans le quartier, qui ont amélioré les choses. Mais cela n'apporte pas d'argent aux gens qui y habitent. »

L'austérité sera-t-elle la goutte de trop, qui fera replonger le quartier dans la misère des années 1980 ? « Non, je n'ai jamais été aussi optimiste », répond, un peu provocateur, Eddie Smith. Selon lui, l'est de Manchester est sur le point de réussir ce qui est l'ambition du gouvernement britannique actuel : passer la responsabilité de la croissance au secteur privé.

Dans le cas de ce quartier, l'argent viendrait du cheikh Mansour, propriétaire du club de Manchester City depuis 2008, et membre de la famille royale d'Abu Dhabi. Le mois dernier, ce dernier a annoncé avoir acheté plus de 30 hectares de terrain à proximité du stade. Ses plans précis ne sont pas révélés, mais l'objectif serait de faire de cette ancienne zone industrielle délabrée un centre de formation pour jeunes footballeurs, ouvert en 2014.

Simple coup de chance d'avoir le stade à proximité ? « Nous avons su saisir notre chance, se défend Eddie Smith. Utiliser ce terrain était mon idée et c'est moi qui ai vendu cette vision aux dirigeants de Manchester City. » Le développement du terrain se fait d'ailleurs sous forme d'un joint-venture entre le club de football et la ville, même si l'argent vient entièrement du premier.

Ce n'est pas le seul signe d'un réveil du secteur privé. « J'ai régulièrement depuis quelques mois dans mon bureau des promoteurs immobiliers qui veulent relancer des projets dans le quartier. Ils avaient complètement disparu pendant trois ans et ils reviennent. »

Le succès - ou l'échec - de la rigueur lancée par David Cameron repose sur la concrétisation de ce genre de projets. L'objectif affiché du Premier ministre est de « rééquilibrer » l'économie, pour laisser le secteur privé prendre le relais. Peut-être cela fonctionnera-t-il. Mais ces projets prendront des années. En attendant, l'impact des coupes budgétaires sera nécessairement douloureux dans une ville comme Manchester.

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Commentaires
a écrit le 14/04/2011 à 22:38 :
Pas grave .... comme d'habitude les habitants (pauvres ou riches) partiront aux USA, en Australie, au Canada .... et les Anglais n'en feront pas un drame contrairement à la France ou dès qu'un français qui a deux francs six sous part on en fait un drame ...
a écrit le 12/04/2011 à 7:23 :
Le Royaume Uni a gaspillé ses ressources dans des dépenses d'investissements ou de fonctionnement "publiques" qui n'ont pas généré le PIB nécessaire à la création d'emplois réels ni même à contribuer à réduire la dette avec laquelle elles ont été financées. Jeter la brique au seul Royaume Uni n'est pas fair play, car on peut remplacer "Royaume Uni" par "Grèce", "Portugal" voire "France", trois pays européens victimes du même mal socialisant.
Réponse de le 14/04/2011 à 22:35 :
Aprés tant d'années de Thatcherisme ... c'est malheureux d'arrivé au même résultat que la France ... non pire .... (et ne dites pas que Blair était de gauche ... d'un point de vue Français j'entend ...)
a écrit le 11/04/2011 à 6:41 :
Pourquoi faire un article en commençant que tout va mal pour conclure que tout ne va pas si mal? C'est le genre d'article à la sauce toutefois il ne faut pas désespérer car blablabla ......

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