"Pour les Etats-Unis, la perte du triple A ne serait que symbolique"

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L'économiste de Standard & Poor's livre à La Tribune son analyse sur les débats budgétaires en cours aux Etats-Unis, et sur les conséquences de l'augmentation du poids de la dette publique.

Le plan présenté par le républicain Paul Ryan visant à réduire les dépenses publiques de 5.800 milliards de dollars sur dix ans est-il réaliste ?
Non, surtout qu'il souhaite épargner en partie les dépenses militaires. Cependant, il va falloir rapidement faire quelque chose car nous ne pouvons plus continuer à accumuler des déficits publics de cette ampleur. Il faudra certainement mener une politique budgétaire plus stricte, ce qui revient à accepter une croissance moins élevée. Mais la reprise commence à se montrer suffisamment robuste pour résister à un resserrement graduel des dépenses.

L'endettement de l'Etat fédéral est-il un problème alors qu'il peut emprunter à moindre coût ?
Les Etats-Unis ne pourront pas toujours s'endetter à faible coût. Quand l'économie va se normaliser, le "fly-to-quality" vers les titres de la dette américaine va se réduire et les taux d'intérêt vont augmenter. Nous sommes partis d'un niveau raisonnable d'endettement public, ce qui nous laisse une marge de man?uvre sur le plan budgétaire. Mais elle n'est pas illimitée. Plus la dette se creuse et plus les problèmes qui nous menacent à long terme, comme le vieillissement de la population, seront difficiles à gérer.

Justement, l'assurance santé pour les personnes âgées, Medicare, est au c?ur des débats au Congrès...
Là aussi, il convient d'agir parce que les coûts du programme grimpent sans que l'on sache comment les financer. Les républicains proposent de privatiser le système, en échange de subventions pour permettre aux personnes âgées de souscrire à une assurance privée. Mais beaucoup de retraités rencontreraient alors des difficultés pour supporter le coût financier de ce système. Même ceux qui perçoivent des retraites élevées.

Le Congrès doit encore s'entendre pour relever le plafond de la dette. Faut-il craindre un défaut de paiement ?
A l'heure actuelle, je ne pense pas qu'un tel scénario se produise. Certains républicains souhaitent au moins protéger le service de la dette afin d'éviter un défaut de paiement. Ne pas relever le plafond de la dette n'est pas envisageable sur le long terme. Cela perturberait sérieusement les opérations du gouvernement et causerait d'importants problèmes sur les marchés financiers et, au final, pour l'économie.

La difficile cohabitation qui s'amorce entre les démocrates et les républicains représente-t-elle une menace ?
Il est certain qu'ils ne font rien pour favoriser l'économie américaine. Heureusement, le secteur privé marche plutôt bien et cela ne dépend pas directement de ce qui se passe à Washington. Mais si les deux camps vont trop loin, nous pourrions alors connaître à nouveau une récession, surtout avec les nombreux risques périphériques qui subsistent : dettes européennes, cours du pétrole, Japon...

Quelles seraient les conséquences si les Etats-Unis venaient à perdre leur triple A ?
L'impact serait avant tout symbolique. Certains pays, comme la Chine, pourraient y voir une raison supplémentaire de diversifier leurs réserves de changes - ce qu'ils pourraient faire de toute façon. Les conséquences sur le prix de la dette ne devraient pas être importantes, comme on l'a vu lorsque le Japon a perdu son triple A. Une modification de la note de la dette américaine n'affecterait donc pas autant les marchés que la dégradation de la notation d'un pays déjà en difficultés.

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a écrit le 14/04/2011 à 7:02 :
Le cours du dollar va baisser, la dette sera payée par l'inflation et ce seront les gros détenteurs de dollarts qui vont passer à la caisse. L'inflation est un outil de justice sociale. L'Europe serait bien inspirée d'imiter les USA avec les "quantitative easing".A utiliser cependant avec modération pour ne pas dépasser les 10% d'inflation annuels !
a écrit le 12/04/2011 à 15:31 :
C'est vrai que la dette américaine est déjà totalement pourrie. Qui mis à part les USA rachète de la dette souveraine ... américaine ? Chaque jour, le dollar vaut un peu moins.
a écrit le 12/04/2011 à 13:06 :
Encore un Keynesien de la dernière pluie qui s'imagine que c'est le déficit de l'état qui crée la croissance. Il n'a pas l'air de s'apercevoir que le déficit monstrueux de l'état fédéral américain ne crée guère de croissance, et surtout une croissance en trompe l'oeil qui retombera dès que le pipe line a dollars sera fermé. Quand a l'innocuité de la perte du triple A on peut en douter, a moins que les banques acceptent de continuer a acheter les obligations a des taux très bas. Je dirais que ce Monsieur nous enfume histoire d'encourager a continuer la politique actuelle qui, a court terme, lui permet de gagner beaucoup d'argent. Merci Monsieur Obama.
a écrit le 12/04/2011 à 12:18 :
"Les conséquences sur le prix de la dette ne devraient pas être importantes, comme on l'a vu lorsque le Japon a perdu son triple A."
Tu parles !!! La différence, c' est que les prêteurs à l' Etat japonais sont des nationaux à 92%, ce qui est très loin d' être le cas aux Etats-Unis, et les chinois sont des trouillards en matière de placements...
a écrit le 12/04/2011 à 12:09 :
selon que vous serez blancs ou noirs FORTS ou FAIBLES les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.et c'est ce qui va se passer pour les Etats UNIS ètant un pays fortruné mais que n a pas beneficié la GRECE le PORTUGAL I IRLANDE et Cie
a écrit le 12/04/2011 à 0:39 :
Ahh réduire les dépenses aux US sans toucher au militaire ... il va leur falloir privatiser la police et la justice ? Ahh non c'est vrai c'est le medicare qui va être visé après deux ans d'existence , c'est vrai il vaut mieux donner des milliers de milliards aux banques pour leur produits financiers complexes toxiques , que de soigner des honnêtes gens !

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