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ÉconomieInternational

Crise de la zone euro, retour à la case départ

Romaric Godin, correspondant à Francfort, et Robert Jules, service Économie International

Publié le 17 juin 2011 à 17:01

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Depuis un an, les dirigeants n'auront agi que sous la pression des marchés financiers pour résoudre la crise de la dette souveraine dans la zone euro. L'échec patent qu'illustre la nécessité d'une deuxième aide à la Grèce signe également un échec politique de l'Europe.

Il y a un peu plus d'un an, l'Europe et le Fonds monétaire international (FMI) décidaient de fournir 110 milliards d'euros à la Grèce, menacée de faire défaut sur sa dette souveraine. En échange, elle s'engageait à appliquer un plan d'extrême rigueur avec pour objectif de revenir sur les marchés financiers en 2012. Raté. Non que le peuple grec ait continué à se laisser vivre, comme voudraient le laisser croire certains : la réduction du déficit public de 5 points en un an avec une récession de 4,5% est un effort peu commun dans l'histoire. Mais il a été insuffisant pour remplir les critères ambitieux qui avaient été fixés à la république hellénique. Au prochain conseil européen (23 et 24 juin), les chefs d'Etat et de gouvernement vont devoir encore mettre la main à la poche pour éviter la faillite à Athènes. 120 milliards d'euros de plus, dit-on, alors qu'entre-temps, deux autres pays, l'Irlande et le Portugal, ont été mis sous perfusion financière par l'Union européenne et l'institution de Washington.

Inutile de se voiler la face : c'est là un échec. Non pas tant pour le plan de rigueur grec que pour la gouvernance politique de la zone euro et des pays qui la composent. La crise de l'euro est aussi une crise de la politique européenne. Une politique qui refuse d'endosser ses responsabilités et de prendre des mesures concrètes contre ceux qui ont mené l'Europe au bord du gouffre.

Cette sévère conclusion s'impose lorsque l'on songe à la gestion calamiteuse de la Grèce par les deux grandes familles politiques, les Caramanlis (à droite) et les Papandréou (à gauche), qui, drapés sous les oripeaux du libéralisme ou de la social-démocratie, ont, depuis la chute des Colonels en 1974, "arrosé" leur peuple de prestations sociales pour s'assurer le pouvoir tandis qu'ils falsifiaient les comptes pour afficher un respect des engagements européens. A Bruxelles, pas plus qu'à Berlin, ni dans d'autres capitales, nul ne trouvait alors à y redire. Et dans les milieux économiques et politiques des grands pays, on louait alors la "croissance grecque" riche, disait-on alors, "d'opportunités". Dans ces conditions, il n'y a pas à s'étonner que ni à Athènes, ni à Bruxelles, aucune enquête n'ait été menée pour établir les responsabilités et si besoin sanctionner. Dommage, c'était une occasion de montrer aux citoyens qu'il y avait une justice européenne.

Voilà qui amène à s'interroger sur ce qui motive réellement les dirigeants de l'Europe contemporaine. La réponse semble évidente : malgré des situations critiques, leur ligne d'horizon ne dépasse guère la prochaine échéance électorale. Tout comme les gouvernements grecs ont signé des chèques en blanc pour s'assurer leur réélection, Angela Merkel n'a navigué qu'au gré du vent de son opinion publique. L'an dernier, elle a laissé se dégrader la situation de la Grèce pendant sept mois, aggravant la crise, afin de tenter vainement d'éviter une déroute électorale locale dans le Land le plus peuplé. Son obsession sera, lors du prochain conseil européen, de sauver sa majorité parlementaire en faisant payer les investisseurs privés. On est bien loin des déclarations d'intérêt général qui ornent les discours officiels.

Pourtant, quelqu'un devra payer. Comme les politiques refusent d'admettre leurs propres erreurs et que les détenteurs de dettes périphériques agitent la menace d'un nouveau Lehman Brothers, ce sera donc aux peuples de régler la facture. Ceux du nord paieront par leurs impôts, ceux du sud par une austérité d'une sévérité toujours plus tranchante. Et les Français sans doute participeront aux deux "fêtes". Qui s'étonnera alors que les citoyens ne s'interrogent alors sur leur modèle politique et que, au nord comme au sud, dans les urnes comme dans les rues, le scepticisme sur le bon fonctionnement des institutions grandit ?

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Le plus inquiétant réside sans doute dans l'incapacité de ce personnel politique moderne à aller au-delà de la culture dirigeante de l'Etat-nation, par habitude et intérêt, pour relever le défi européen. Certes, le "semestre européen" est par exemple une avancée, car il va permettre à Bruxelles de s'assurer de la traçabilité du projet d'un budget national, mais encore faut-il attendre ce qui sera fait au final. À ce jour, aucun chef d'Etat n'a été capable de dire ouvertement qu'une intégration des membres de la zone euro s'imposait. On préfère pudiquement parler de convergence et se tourner vers Bruxelles. Il est vrai qu'il faudrait remettre en cause le narcissisme que fournissent les souverainetés nationales, de plus en plus un mot et de moins en moins une réalité. Si les politiques agissaient en ce sens, il serait plus facile pour les citoyens de comprendre, qu'ils payent l'aide ou subissent l'austérité, qu'ils sont les deux faces d'une même pièce : l'euro.

Romaric Godin, correspondant à Francfort, et Robert Jules, service Économie International

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