Négociations difficiles sur la gouvernance mondiale des marchés agricoles

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Alors que les ministres de l'Agriculture des pays du G20 ont jusqu'à jeudi matin pour s'entendre sur les principes et les actions à mener pour l'agriculture mondiale, les positions divergentes entre les nations rendent les négociations délicates.

L'heure tourne pour le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire. Alors que Nicolas Sarkozy doit dévoiler les grandes orientations du G20 sur l'agriculture mercredi soir, aucun consensus ni mesure concrète n'a encore abouti. "Si d'ici jeudi nous ne sommes pas capables de nous mettre d'accord, nous mettrons l'agriculture mondiale dans une difficulté sérieuse, et ce sera un échec collectif", s'alarmait-on mardi du côté de la présidence française du G20.

La France marche sur des oeufs. Il s'agit de convaincre des pays aux intérêts et stratégies agricoles divergentes voire contradictoires de se mettre d'accord sur les principes d'une gouvernance mondiale de l'agriculture pour lutter contre la volatilité des prix, dont chacun reconnaît qu'elle accentue la crise agricole actuelle. Inquiets du ralentissement de la production, des troubles climatiques à répétition, des tensions sur les marchés pétroliers et des crises au Moyen-Orient, les marchés financiers s'affolent et les prix des denrées alimentaires explosent.

Profondes réticences

En mai 2011, l'indice des prix alimentaires de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations-Unies (FAO) s'établissait à 232 points, soit 38% de plus qu'en juin 2010 et bien au-delà du précédent record de 2008 lors des émeutes de la faim. Même si l'indice devrait redescendre, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et la FAO prédisent que les prix des céréales devraient augmenter de 20% d'ici 2020 par rapport à la période 2001-2010.

Du coup le plan en cinq points de la France - transparence des stocks et de la production, coopération renforcée entre Etats, régulation financière des marchés financiers agricoles, amélioration de la production et engagement à ne pas réduire les exportations en temps de crise - se heurte à de profondes réticences. La question des stocks, dont l'opacité provoque l'affolement des marchés, est particulièrement sensible. "Pour des raisons historiques, des pays comme la Chine et l'Inde réagissent comme si les informations sur les stocks étaient des ogives nucléaires et ne veulent pas les communiquer", ironise Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE. Jean-Christophe Bureau, économiste à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) explique que "certains pays profitent de la volatilité des cours, ou refusent de communiquer leurs stocks car certaines de ces réserves sont en mauvais état".

Victoire diplomatique

Les négociations sur la régulation des marchés financiers patinent en raison de l'hostilité du Royaume-Uni ou de l'Australie. Enfin, la Russie, qui avait provoqué une flambée des prix du blé en 2010 en décrétant un embargo sur ses exportations, hésite à accepter un engagement à ne plus adopter de telles décisions.

Au final, les pays du G20 pourraient se contenter d'une déclaration générale, et, à défaut de mesures concrètes, d'un accord sur les principes. Ce qui serait déjà "une grande victoire diplomatique", pour Jacques Carles, le délégué général du think tank agricole Momagri. "Ce serait la première impulsion politique, déterminante pour lancer une véritable réflexion sur l'avenir de l'agriculture".

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