La Fed soignera l'économie américaine à l'homéopathie

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Il est vraisemblable que le président de la FED Ben Bernanke exprimera vendredi prochain la déception que lui cause la croissance actuelle, au point peut-être de revoir à la baisse ses projections, et expliquera quels sont les outils encore à la disposition de la Fed les mieux adaptés pour la fortifier. Mais il est peu probable qu'il tire parti de la conférence annuelle de la Réserve fédérale de Jackson Hole pour préconiser un traitement de choc.

Dans la mesure où l'instrument des taux d'intérêt a été déjà largement exploité, on peut penser que Ben Bernanke proposera vendredi prochain de mobiliser les grandes masses du bilan de la banque centrale.

Les taux d'intérêt sont déjà proches de zéro et la Fed a signalé voici deux semaines qu'elle était prête à maintenir le coût d'emprunt à un niveau proche de l'inexistant pendant deux ans encore si nécessaire.

Quant aux mesures touchant au bilan de l'institut d'émission, elles sont déjà bien connues et chacune comporte ses avantages et inconvénients propres. Il n'est guère envisageable toutefois d'espérer l'annonce à Jackson Hole d'une nouvelle grande opération d'achat d'obligations.

On peut penser que la Fed est mue par l'idée que la situation actuelle justifie d'être circonspect et qu'elle n'a pas la dimension de la crise observée de 2008 à 2010, laquelle avait justifié des mesures hardies, comme deux assouplissements quantitatifs (QE) successifs.

Le deuxième - 600 milliards de dollars d'achats d'obligations - avait pour but de parer à une inflation à ce point faible qu'elle risquait d'entraîner l'économie américaine dans la déflation.

Mais l'inflation est à présent plus élevée aux Etats-Unis et celle mesurée par les prix de détail hors alimentation et énergie accélère. Cela n'inquiète pas outre mesure une Fed plus préoccupée par une croissance atone, insuffisante pour réduire un taux de chômage qui culmine à 9,1%.

Quant à la crise de la dette souveraine européenne, elle sape les marchés financiers et la confiance des entreprises aux Etats-Unis et est à ce titre très préoccupante, même si elle ne cause pas de dégâts à la mesure de la crise du crédit de 2008-2009.

LA FED NE PLIERA PAS

Dans ce contexte, Bernanke risque de traiter le mal à doses homéopathiques. Il pourrait par exemple s'engager à conserver en l'état le bilan de la Fed, qui atteint maintenant 2.800 milliards de dollars contre 900 milliards environ avant la crise, en annonçant même un calendrier comme il l'a fait pour le taux des Fed funds.

Il pourrait aussi exercer une pression à la baisse sur les taux moyens et longs en modifiant la pondération des actifs de la Fed en faveur d'instruments à maturité plus longue. Cela peut se faire en se refinançant à échéance plus longue lors de l'arrivée à terme de titres ou en échangeant des titres courts pour des effets plus longs.

"L'an passé, lorsque le président a établi les fondements du QE2 à Jackson Hole, l'inflation décélérait rapidement; à présent, c'est le contraire qui est vrai", expliquent à des clients Carl Riccadonna, économiste de Deutsche Bank.

"En conséquence, si la Fed veut se montrer encore accommodante, il se peut qu'elle tente d'abord d'augmenter la maturité moyenne de son portefeuille plutôt que de l'augmenter".

Racheter encore des obligations serait plus audacieux mais la situation ne semble pas le justifier pour le moment. Même si des responsables de la Fed affirment que cette solution a permis de maintenir les taux longs plus bas qu'ils ne l'auraient été sinon et a poussé les investisseurs à rechercher des actifs plus risqués que les Treasuries, elle n'en a pas moins été vivement critiquée dans nationalement qu'internationalement.

Pour apaiser ceux qui craignent que ces achats n'alimentent l'inflation, la Fed peut envisager de les neutraliser en ponctionnant simultanément le marché interbancaire. Ce faisant, le risque lié à la maturité est supprimé et une pression à la baisse s'exerce sur les taux longs, cependant qu'un contrôle est maintenu sur les abondantes réserves.

Ce qu'on reproche à ces achats, à l'étranger, c'est de faire baisser le dollar, de faire flamber les cours des matières premières et de provoquer des flux d'investissement déstabilisants dans les marchés émergents.

A l'intérieur même de la Fed, des voix discordantes se font entendre et sa promesse de taux bas d'août n'a pas été du goût de trois des membres du Comité de politique monétaire (Fomc), ce qui est peu courant.

Aux Etats-Unis-mêmes, le candidat républicain à la présidentielle Rick Perry a jugé cette semaine que tout nouvel assouplissement monétaire de la part de la Fed relèverait presque de la trahison.

Cependant, la Fed a une réputation d'indépendance bien établie et il serait étonnant qu'elle plie face à ses détracteurs alors que l'économie a encore besoin de soutien.

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a écrit le 22/08/2011 à 15:12 :
On espère bien qu'ils ne vont pas se remettre à utiliser massivement la planche à billets. Ne pas oublier non plus qu'ils ont beaucoup espéré être sauvés par les "sangsues", ie toutes les banques d'affaires qui sucent le fric sur le marché en rendant l'économie malade, tels les parasites d'antan...
a écrit le 22/08/2011 à 10:10 :
Après avoir commencé avec une médecin de choc qui n'a rien donné, il espère que l'homéopathie donne un résultat, ce que je doute, puis il procédera à l'administration d'une chimio, jusqu'au moment où le patient sera retrouvé mort sur le billard.
a écrit le 22/08/2011 à 7:08 :
La Fed soignera l'économie américaine à l'homéopathie pendant que les autres se saigneront empêchant ainsi toutes reprises qui pourraient concurrencé les U.S.A!
a écrit le 22/08/2011 à 2:04 :
Quel est le lien avec l'homéopathie ?
a écrit le 21/08/2011 à 23:37 :
50% dès 5000 euros par mois , 60% dss 10000 et 70% au dessusComme ont fait les présidents américains de 1933 à 1970. Mais si Obama perd, on risque d'être obligé de continuer à s'adapter à leur systéme économique ultra libéral et là ça risque de faire très mal pour tous les pays. Avec de gros risque de guerre.Alors on change ou on plonge tous.
Réponse de le 22/08/2011 à 10:14 :
Chirane n'a pas compris que le problème était les politiciens et pas l'économie ultra libérale, quand on fait le mauvais choix on l'assume mais on ne met pas la faute sur l'économie, maintenant vous faites une confusion en 1933, 70% dès 100'000 dollars ce qu'il fait un revenu aujourd'hui de 700'000 dollars et en plus l'économie n'avait pas la taille de 15000 milliards donc faites les comparaisons judicieuses pas des pommes et des singes.
a écrit le 21/08/2011 à 19:03 :
d'autant plus que Bernanke a en tête les coupes de crédits et lerétablissement budgétaire de 1938 avec les conséquences qu'il connait bien. Quant à Perry il ira au Texas...

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