Comment la Suisse drague les riches Britanniques

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La semaine dernière, un séminaire à Londres vantait le faible taux d'imposition suisse pour pousser à la "délocalisation" et attirer les fortunes.

Epaisses boucles d'oreille en or, cheveux permanentés teints en blond, ton légèrement emprunté, Sylvia, une bonne soixantaine d'années et au moins un "facelift", semble une caricature des nouveaux riches Britanniques. Et elle a le mérite de la franchise : "ce qui nous intéresse est d'avoir des impôts faibles."

Avec son mari Aby, Iranien d'origine et installé à Londres depuis 1979, ils réfléchissent activement à aller s'installer en Suisse. Pour se faire une idée, ils étaient inscrits à un séminaire qui s'est tenu la semaine dernière à Londres, intitulé sans détour : "déménager en Suisse, vous et votre entreprise." Organisé dans un hôtel de luxe à deux pas de Bond Street, dans les quartiers chics de la capitale britannique, la demi-journée d'information n'a oublié aucun détail : explications sur l'achat d'un logement, discussion sur l'obtention de la nationalité suisse, et bien sûr beaucoup de détails fiscaux...C'est une petite entreprise britannique créée en 2008, Relocate to Zwitzerland, qui organisait la réunion. Quatre cantons y étaient présents pour présenter leurs avantages : Lucerne, Berne, Vaud et Ticino. Un cabinet d'avocats - Alterburger -, une banque privée - Julius Bär - et un cabinet d'experts-comptables - BDO - fournissaient aussi leurs conseils.

Une petite cinquantaine de personnes étaient présentes, toutes très discrètes, refusant de donner leur nom. La plupart étaient de riches individus approchant de la retraite, et cherchant un endroit plus calme que Londres - et moins imposé - pour passer leurs vieux jours. Un couple dont la fille vit déjà en Suisse était venu s'informer, "mais notre décision n'est pas encore prise", expliquent-ils, gênés. Un cadre d'une entreprise financière était aussi sur place, "juste parce qu'il faut que je me renseigne en permanence sur la situation fiscale ailleurs, au cas où...". Il se félicite de l'existence de ce séminaire : "la Suisse est le seul pays qui organise cela, à l'exception de l'Afrique du Sud."

Valeur du logement

"Les milliardaires et les conducteurs de Formule 1 ont leurs conseils privés et n'ont pas besoin de nous, explique Ian Williams, fondateur et directeur de Relocate to Switzerland. Notre clientèle est plutôt composée de gens entre 55 et 65 ans, qui ont une fortune allant de 1 à 40 millions d'euros." Il affirme avoir aidé "vingt-cinq à trente personnes" à s'installer en Suisse ces douze derniers mois.

Sylvia et Aby entrent parfaitement dans cette catégorie. Regardant son mari qui a fait fortune dans le pétrole, Sylvia glisse avec un sourire : "cela fait cinquante ans que nous avons des comptes bancaires en Suisse, explique Sylvia. Nous connaissons bien les lieux." Bénéficiant au Royaume-Uni du statut de "non-dom" (étranger résident au Royaume-Uni mais ne déclarant pas ses revenus hors du pays), ils ne paient déjà guère d'impôt. "Mais ce qui nous intéresse vraiment est le taux d'imposition sur les héritages, maintenant que nous sommes plus âgés, reconnaît Sylvia. Nous allons ce week-end dans le canton de Zoug pour voir si nous pouvons trouver un logement."

C'est précisément la qualité du logement que met en avant le canton de Berne. Montrant des photos de maisons à proximité de la capitale suisse, la représentante du canton, Vicky Riesen, demande aux spectateurs de deviner leur valeur. "20 millions", lance Aby. "Non, 3,2 millions", lui est-il répondu. Le petit rire qu'Aby ne peut s'empêcher de retenir en dit long sur ses intentions de déménager prochainement...

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