Les dix questions que pose le "coup" de Papandréou

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Jamais l'annonce d'un scrutin national n'aura déclenché une telle panique mondiale. Le "coup du référendum" sur le plan d'aide à son pays donné à la surprise générale par le Premier ministre grec n'a pas fini de faire des dégâts.

1. - Quel scénario politique pour la Grèce ?

Les incidents qui ont émaillé le déroulement de la fête nationale de Grèce, le 28 octobre, où des manifestants ont empêché un défilé militaire à Thessalonique et où le président de la République a dû quitter la tribune sous les injures, ne sont pas pour rien dans la décision de Georges Papandréou d'en appeler au référendum. Pour que ce projet voit le jour, il faut qu'il obtienne, vendredi soir, la confiance du Parlement. Sur le papier, Papandréou ne dispose que d'une majorité d'une ou deux voix, selon les derniers pointages. La censure est donc parfaitement plausible. Auquel cas, il lui appartiendrait de convoquer, dans un délai de 40 jours, de nouvelles élections législatives, qui risquent fort d'installer au pouvoir les conservateurs de Nouvelle Démocratie et leur chef, Antonis Samaras, aux fonctions de Premier ministre. Mais le scénario le plus probable est que l'instinct de conservation convainque les députés du Pasok de se rallier autour de leur chef. « Le peuple et grec et ses dirigeants n'ont jamais été entraînés à faire face à une telle tension ni à une telle complexité » explique un chef d'entreprise grec. « Dans ce contexte la décision de Papandréou est soit une énorme erreur, soit un geste tactique exceptionnel »... F.R.

2. - Quelle sera l'intitulé ?du référendum ?

C'est la question à 200 milliards d'euros. Et la manière dont elle sera formulée favorisera ou non l'acceptation du plan par les Grecs. Ainsi une question sur le respect des engagements pris par le gouvernement, du type : « Acceptez vous l'accord d'aide à la Grèce négocié à Bruxelles ? » a de fortes chances de susciter un « ochi ! », chacun voyant le plan à l'aune des sacrifices qu'il devra consentir, des pertes de revenus individuelles et des abandons de souveraineté sur le budget de la nation. Selon un sondage publié par le journal « To Vima », près de 60 % des Grecs dénoncent l'accord de Bruxelles. Alors, quelle question poser ? L'agence de notation Fitch ayant averti qu'un « non » grec augmenterait le risque d'un « défaut forcé » de la Grèce et celui d'une sortie du pays de la zone euro, « un referendum devient de facto un referendum sur l'appartenance de la Grèce à la zone euro », comme l'affirme le ministre finlandais des affaires européennes, Alexander Stubb. C'est pour cela que le ministre français des Affaires européennes, Jean Leonetti, a laissé entendre que « la question aujourd'hui » posée est « Voulez vous rester dans la zone euro ? ». Papandréou affirmait d'ailleurs hier soir que le «référendum sera un mandat clair (...) sur notre avenir européen et notre participation à l'euro.» V. S.

3. - Quid des 8 milliards d'euros d'aide attendus par la Grèce ?

La décision de Georges Papandréou d'organiser un référendum remet-elle en cause le versement de la sixième tranche du plan d'aide de 110 milliards d'euros accordé par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). A priori, rien ne s'oppose à l'octroi des 8 milliards d'euros, qui vont permettre à Athènes de couvrir ses besoins d'ici à la fin de l'année. Pour autant, les responsables européens ont décidé de suspendre le paiement en attendant le résultat du référendum. De son côté, le FMI a gardé le silence. Mais les bailleurs de fonds sont pris au piège : refuser une aide durement négociée par les experts européens et du FMI reviendrait à accélérer le défaut de la république hellénique sur sa dette, autrement dit se retrouver dans une situation que la France et la Banque centrale européenne souhaitent éviter à tout prix. Selon le ministère allemand des Finances, Athènes aurait suffisamment de ressources pour tenir jusqu'à la mi-décembre, le temps d'avoir une explication au sein de la zone euro. Car la Grèce aura besoin de plus de 14.5 milliards d'euros pour attaquer les premier mois de 2012. R. Ju.

4. - Comment les banques créancières vont-elles réagir ?

La boîte de Pandore, que les créanciers privés pensaient refermée, est rouverte : quelle sera l'ampleur des pertes à subir sur la dette grecque ? C'est de nouveau l'incertitude, y compris sur le plan de recapitalisation des banques européennes. Dès mardi, l'Institut de la Finance Internationale a indiqué s'en tenir à l'accord conclu le 27 octobre et travailler à la finalisation d'un plan d'échange de dette avec une décote de 50% sur la valeur nominale, devant permettre d'effacer 100 milliards de dette. Pour l'association du secteur bancaire allemand, un tel échange est irréalisable avant la tenue du référendum. « La probabilité d'un défaut à court terme a refait surface », souligne Christian Parisot, responsable de la recherche chez Aurel-BGC. « En terme comptable, ce risque est avéré. Surtout si la Grèce rejette le plan d'aide, demande sa sortie de l'euro ou même si, pour des questions de calendrier, le FMI ne verse pas la sixième tranche d'aide au pays. Les banques pourraient, dès lors, devoir provisionner ce risque à 100% dès le troisième trimestre, au-delà donc des 50% de décote prévus ». C. Fr.

5. - Quelle orientation pour les marchés dans les semaines à venir ?

Le sentiment de délivrance, qui a envahi les salles de marché à l'issue du plan de sortie de crise conclu entre les dirigeants de la zone euro le 27 octobre dernier, a laissé place à l'exaspération. Même si les bourses européennes ont connu ce mercredi une petite période d'accalmie après deux séances chaotiques (-8,4% pour le CAC 40 entre lundi et mardi), la perspective de la tenue d'un référendum en Grèce a fait remonter la nervosité des investisseurs d'un cran. L'indice VIX, aussi baptisé baromètre de la peur de Wall Street, est repassé au-dessus du seuil des 35 %, correspondant au palier franchi avec la perte du « triple A » américain début août. Depuis, comme le souligne Virginie Maisonneuve, responsable du pôle actions internationales chez Schroders IM, on assiste à une « importante crise de confiance » que le récent regain d'incertitudes risque d'aggraver. Surtout dans un contexte où la menace de voir l'activité économique de la zone euro sombrer dans la récession est réelle. F. M.

6. - L'Italie peut-elle tomber ?

La troisième économie de la zone euro fête ses 150 ans d'existence en piteux état : elle est le nouveau maillon faible de l'Union économique et monétaire. Chaque jour, les taux à dix ans italiens atteignent de nouveaux records et menacent un peu plus d'asphyxier les finances du pays. Même les achats de titres de la BCE n'ont pu freiner cette envolée. Or, si Rome doit faire appel à l'aide de ses partenaires pour se financer, on voit mal comment ceux-ci pourraient faire face compte tenu des sommes en jeu. Par ricochet, la note française serait menacée. La contagion embraserait la zone euro, menaçant de l'emporter. Rome semble cependant déterminer à empêcher ce scénario catastrophe. Mercredi soir, Silvio Berlusconi a convoqué un conseil des ministres afin de présenter des « mesures chocs ». « Je ferai tout ce qui est nécessaire pour défendre la crédibilité de l'Italie », a assuré le Cavaliere à la chancelière allemande. Mais le difficile jeu politique italien et la personnalité du chef du gouvernement italien font encore peser bien des hypothèques sur cette détermination affichée. R. G.

7. - Quel rôle ?pour la BCE ?

Dans le capharnaüm actuel, la Banque centrale européenne (BCE) apparaît comme la seule institution fédérale capable d'agir. Depuis le 8 août, date à laquelle elle avait exhumé son programme de soutien aux marchés de dette, la BCE a acquis 70 milliards d'euros de dette italienne et espagnole. L'objectif : éviter la contagion de la crise à ces deux poids lourds de la zone euro en assurant l'intérim, avant que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne prenne le relais pour contrer la spéculation. Très réticente à ces interventions, car très attachée à son indépendance, la BCE avait tenu à obtenir des gages d'assainissement financier de la part de l'Italie. Alors que les accords du 27 octobre visaient à renforcer le FESF pour le rendre plus dissuasif, le coup de torchon grec crée une nouvelle incertitude et ne laisse plus guère d'alternative à la BCE. Contrainte et forcée, l'institution devra continuer à intervenir pour éviter le pire. J. B.

8. - La zone euro peut-elle éclater ?

Impensable voici encore quelques mois, la sortie de la Grèce de la zone euro devient désormais une option possible. Mais alors, si Athènes abandonne l'euro, ne sera-ce pas la monnaie unique elle-même qui serait menacée ? Les traités européens ont en effet omis ? volontairement ? d'évoquer toute procédure de sortie de l'Union économique et monétaire. L'entrée dans la zone euro se devait d'être irréversible. En brisant ce tabou, Athènes pourrait créer un précédent. Les investisseurs et les autres pays faibles de la zone pourraient alors voir dans cette sortie volontaire un moyen de régler les crises budgétaires. L'euro deviendrait alors la monnaie des pays stables, autour de l'Allemagne, une forme institutionnalisée de l'ancienne « zone mark ». Pour empêcher ce scénario, il faudra alors disposer de « pare-feux » puissants et il n'est pas sûr que l'accord de la semaine dernière ? qui reste à préciser ? offre une telle possibilité. R. G.

9. - Peut-on encore gouverner l'Europe ?

En vertu du Traité de Lisbonne, qui consacre une union européenne formée d'Etats souverains, tout accord entre chefs d'Etat de la zone euro touchant à la souveraineté des Etats doit être ratifié par les peuples ou leurs représentants. En ce sens, Georges Papandréou ne peut pas être critiqué pour s'en remettre à son peuple. A la réserve près que le plan du 27 octobre ne changeait rien à la souveraineté de la Grèce. A supposer qu'il le fit, pouvait-il prendre ses partenaires par surprise? Lorsque Angela Merkel engage l'Allemagne, elle demande préalablement l'accord du Bundestag. « A ce niveau d'intégration, et compte tenu de la taille des enjeux qui se comptent par centaines de milliards, le minimum de loyauté eut été d'informer au préalable ses partenaires européens de son intention de lancer un referendum» dit Jean-Dominique Giuliani, de la fondation Robert Schuman. Qui rappelle l'article 4 du Traité sur l'Union Européenne : « Les Etats membres facilitent l'accomplissement par l'Union de sa mission et s'abstiennent de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l'Union. » V. S.

10. - Quelles conséquences politiques pour Nicolas Sarkozy ?

Certes, le président français ne peut être tenu pour responsable de la décision de Georges Papandréou qui a mis à nouveau le feu aux poudres. Mais il faut reconnaître que la calamiteuse gestion de cette crise, dont il partage la responsabilité avec la chancelière Angela Merkel, a, en grande partie, conduit au désastre actuel. Dépassé en permanence par les événements, le couple franco-allemand a privilégié des solutions partielles et une stratégie de gain de temps plus nuisible qu'utile. Le dernier accord de Bruxelles, péniblement arraché, n'a ainsi pas permis d'apporter la fameuse réponse « durable et globale » que le président avait promis le 9 octobre dernier et qu'il se félicitait pourtant d'avoir obtenu jeudi dernier à la télévision. En réalité, la détermination affichée par Nicolas Sarkozy s'est constamment muée dans les faits en impuissance. Que reste-t-il de la fameuse réforme du système monétaire international que devait porter la présidence française du G20 ? Et comment croire à la défense du triple A français, une des clés de la future stabilité de la zone euro, lorsque l'on fait voter par le parlement un budget pusillanime que l'on sait déjà caduc ? R. G.

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a écrit le 03/11/2011 à 16:30 :
Et que dit notre bon François HOLLANDE

aucune prise de parole ou de recommandation de notre futur président

c'est bien dommage , il est vrai c'est plus simple de parler de la nécessité de recruter 60.000 professuers pour régler tous les problèmes de l'enseignement

quels sont les idées du PS - leur analyse sur le coup d'éclat de la grêce

la tribune faites votre travial de journalisme ; intérogé nos leaders politiques hors primaire
a écrit le 03/11/2011 à 15:15 :
Ah, vivement que les Turc intègrent l'Europe. Ça ira mieux.
Réponse de le 03/11/2011 à 16:25 :
tu rigoles???
vivement leur black out oui ! !
a écrit le 03/11/2011 à 15:13 :
on ne construit pas une maison en commençant par le toit! c'est exactement ce que l'on a fait en commençant par mettre un maximum de pays dans l'euro sans vraiment réflechir aux conséquences. La mise en place d'une gouvernance, la définition d'une vision commune du moyen terme et le renforcement du rôle de l'executif de l'union étaient des préalables pour éviter la pagaille actuelle
a écrit le 03/11/2011 à 12:10 :
La dixième question mérite à elle seule un article par la pertinence de la réponse!
a écrit le 03/11/2011 à 10:07 :
conclusion: Je vais commander du bois pour chauffer ma petite famille, des pattes, du riz, et de l'huile. bonne chance à tous et gros bisous
Réponse de le 03/11/2011 à 15:13 :
Que te dieu te protège, poulet. Je me demande si je vais aller travailler demain. Est-ce que cela en vaut encore la peine.
Réponse de le 03/11/2011 à 16:24 :
les carottes sont cuites
a écrit le 03/11/2011 à 10:01 :
Ah, les masques commencent à se lever, enfin ! Le roué Papandreou dévoile une partie de son vrai visage : Pour lui, comme pour son peuple, il n'a jamais été question de rembourser partiellement les dettes ! C'est une vue de l'esprit parisien, berlinois ou bruxellois, mais certainement pas athénien ! Le choix grec : Ou l'Europe tire un trait définitif sur les dettes antérieures (ça va faire mal) ou la Grèce sort (et ça va faire très mal !). Cela s'appelle du chantage ! mais le pire, c'est que quelques "représentants" des pays européens, en mal de réelection prochaine, vont accepter bassement ce chantage, plutôt qu'un choc salutaire pour purger une bonne fois pour toutes ces ou nos problèmes financiers....
a écrit le 03/11/2011 à 9:49 :
c'est faux et archi faux de dire que la gestion de la crise a été calamiteuse. si les grecs en sont là c'est de leur faute et rien que de la leur. marre à la fin de demander à son médecin de nous rendre des comptes sur l'origine de nos maladies et de l'accuser de ne pas nous avoir guéris. ça commence à bien faire cette démagogie continuelle..!!!!
Réponse de le 03/11/2011 à 11:35 :
mais si, mais si, la gestion est calamiteuse, voire même catastrophique. les gouvernants actuels sont dans le déni depuis le début, ils n'ont pas vu venir la crise et ils n'ont pas compris que ce n'est pas une simple crise mais la fin d'un monde. Alors ils s'accrochent à ce qu'ils peuvent pour gagner du temps qu'ils nous font payer très cher. Les états sont surendettés au-delà du raisonnable et ils sont insolvables, voilà le constat ... à partir de là quelle est la solution à part un défaut coordonné à l'échelle de l'Europe .. ah oui !! et les banques ? les actionnaires ne vont pas être contents et comme nos gouvernants sont leurs fidèles employés ....
a écrit le 03/11/2011 à 9:41 :
En 2000 peu de pays pouvaient prétendre à l'intégration dans la zone "Mark". La France avait elle même payé le prix de son intégration dans les années 90 avec la politique du Franc fort. Aucun des pays dits "PIGS" n'étaient prêts. Le plus sage aurait été de leur donner 10 ans supplémentaires mais ces pays heureux de profiter enfin de la protection d'une monnaie forte pour améliorer leur niveau de vie ont protesté et brandi des arguments le plus souvent bidons qui ont emporté l'adhésion des autorités monétaires d?alors, qui ont fait fi des cassandres de
L?économie.

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