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L'Europe s'invite dans la campagne législative espagnole

Gaëlle Lucas, à Madrid

Publié le 18 novembre 2011 à 06:00

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Quel que soit le vainqueur de l'élection de dimanche prochain, il devra faire preuve d'une grande habileté pour gérer l'inévitable plan de rigueur. La chute de Berlusconi et Papandréou a servi de leçon...

La campagne pour les élections législatives espagnoles lancée le 4 novembre dernier était centrée sur l'emploi, la relance de l'économie et l'austérité à venir, avouée ou pas. Mais, les démissions de Silvio Berlusconi en Italie et de Georges Papandréou en Grèce, conséquences de la crise de la dette souveraine, ont imposé l'Union européenne (UE) et la zone euro comme "trending topics" de la campagne. L'Espagne est en effet l'éternelle "suivante sur la liste" des pays "sauvés" par l'UE, après la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Si l'Italie est au centre des inquiétudes actuelles, il est acquis que, pour les marchés, l'Espagne court le même risque, même si la perspective d'un changement de gouvernement le 20 novembre lui est favorable. La prime de risque sur l'obligataire espagnol a grimpé à 424 points de base la semaine dernière, mais reste bien en deçà des plus de 700 atteints par l'Italie.

Dans ce contexte, la Commission européenne a demandé à l'Espagne "plus de mesures correctives" pour parvenir à un déficit de 6  en 2011. Les candidats des deux principales formations en lice, le parti socialiste (PSOE) et le Parti Populaire (PP, conservateur), ont accueilli différemment ces nouvelles exigences. Le socialiste Alfredo Pérez Rubalcaba s'est érigé en défenseur des intérêts de l'Espagne face à l'UE. Il a ainsi promis de se rendre à Bruxelles pour "se battre et convaincre, pas pour recevoir des ordres". Rubalcaba a par ailleurs critiqué le rôle de l'Allemagne dans la crise : "ou nous convainquons l'Allemagne que cette crise est aussi la sienne, ou cela va très mal se passer pour nous", a-t-il déclaré en meeting la semaine dernière. Le socialiste exprime ainsi les craintes qui commencent à sourdre d'une mainmise européenne sur la politique espagnole, à l'instar de l'Italie et de la Grèce. Même le candidat du PP, Mariano Rajoy, d'ordinaire plus complaisant avec l'UE, a déclaré en meeting que l'époque à venir est celle "des bons gouvernants élus par les citoyens" et non celle des technocrates, allusion aux profils de Mario Monti et de Lukas Papademos.

Néanmoins, le leader conservateur, promis à une large victoire dimanche, s'est engagé à prendre les mesures nécessaires pour que l'Espagne se maintienne "dans l'euro, en première division". Partisan de l'austérité, il lui faudra mettre en place les mesures nécessaires pour réduire le déficit public à 4,4% du PIB en 2012 et à 3% en 2013, objectifs que l'Espagne n'atteindra pas, selon la Commission. Mariano Rajoy mise essentiellement sur le levier de politiques internes pour y parvenir.

Approche européenne

A l'inverse, Alfredo Rubalcaba a développé une approche plus européenne du problème. Il plaide pour un report de deux ans des objectifs de déficit fixés par l'UE, afin d'éviter de tuer dans l'oeuf le moindre embryon de croissance, répétant que la rigueur doit être contrebalancée par des politiques de relance via l'investissement public. Le socialiste cherche ainsi à capter les voix des électeurs indécis alors que, d'après un sondage diffusé par le quotidien El País, le PSOE accuse un retard de plus de 14,5 points sur le PP. Ce dernier obtiendrait la majorité absolue avec 82 sièges de plus que le parti rival. Le PSOE pâtit du taux de chômage de 21,5% et des coupes sociales, considérées comme l'héritage du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, auquel appartenait Alfredo Rubalcaba jusqu'à juillet dernier. Des partis minoritaires, comme Unión Progreso y Democracia, au centre, ou, Izquierda Unida, à gauche, pourraient bénéficier de cette désaffection.

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Gaëlle Lucas, à Madrid

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