Le silence assourdissant de Paris sur les réformes institutionnelles bloque toute avancée

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Une réponse à la crise actuelle de la zone euro serait une réforme institutionnelle qui favoriserait davantage d'intégration et de contraintes pour les États nationaux. Sur ce point, la France n'avance aucune proposition.

Les sismographes bruxellois n'ont aucun doute là-dessus : une vague de réformes institutionnelles est en train de se former au large. « Ce sera un traité à 27 ou à 17 ou à moins que cela, mais il en faudra un. Et je n'imagine pas qu'on ne reparte pas, dans cette refonte de l'eurozone, des principes posés par la Cour constitutionnelle allemande. » Ainsi parle le dirigeant d'un think tank bruxellois.

Depuis deux ans, Berlin le souhaite et s'y prépare. La chancellerie sonde discrètement les uns et les autres. La CDU, lors de son dernier congrès, a esquissé des pistes. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a tracé des lignes rouges. L'air de rien, en un an, la chancelière a marginalisé les populistes de son allié libéral, le FDP, et a préparé son parti et son pays à un saut fédéral.

Côté français, on a beau tendre l'oreille, on n'entend rien. Récemment, le président de la République a successivement défendu une avant-garde franco-allemande et une Eurozone plus intégrée... tout en se défendant de vouloir mettre en péril l'Europe des Vingt-Sept. Nicolas Sarkozy a réussi à excéder le Premier ministre britannique David Cameron, pas à rassurer Angela Merkel.

En réalité, Paris n'a eu de cesse que de retarder le moment du débat institutionnel et fédéral. Christine Lagarde, à l'époque où elle était à Bercy, a tout fait pour dissuader Wolfgang Schäuble d'ouvrir une réforme du traité. Il fallait « aller vite », réformer à traité constant. Au nom de l'urgence. Résultat, on a passé un an à négocier le « Six Pack », une réforme institutionnelle à traité constant qui ne sera jamais vraiment appliquée, parce qu'elle a été conçue par temps calme et qu'elle s'avère déjà impuissante à combler le déficit de démocratie et d'efficacité qui s'est creusé.

Les changements de gouvernement récents en Grèce et en Italie montrent dans quelle impasse démocratique mène le traité existant. Une partie de l'Europe vit dans un « vacuum » politique, une sorte d'état d'urgence. Les Allemands, c'est vrai, s'en servent pour imposer leurs choix. Mais ils ne s'en accommodent pas. Leur Constitution n'a pas d'article 16.

Si la réponse européenne à la crise a été inadaptée jusqu'à présent, c'est aussi parce que Paris n'a pas voulu donner de gage institutionnel et fédéral à Berlin. La France a perdu du temps et en a fait perdre aux autres. Elle a dilapidé son pouvoir de négociation car le décrochage économique par rapport à son premier partenaire devient chaque jour plus évident. À présent, elle plaide, toujours au nom de l'urgence, pour une intervention massive de la BCE pour calmer les attaques contre l'union monétaire. C'est un peu commode de critiquer l'intégrisme monétaire de Berlin, qui s'oppose fermement à cette option.

Jusqu'à 1991, comme le rappelait récemment l'économiste André Sapir, la Bundesbank exerçait seule le pouvoir monétaire en Europe, les autres banques centrales étant forcées d'ajuster leur politique de taux sur la sienne. Avec l'Union monétaire, l'Allemagne a accepté de partager ce pouvoir, permettant à la France, à la Belgique, à l'Italie, de recouvrer une souveraineté qu'elles avaient perdue de facto. En échange, ces pays n'ont que virtuellement concédé de la souveraineté budgétaire puisque le Pacte de stabilité n'a pas été appliqué.

Pourquoi donc l'Allemagne ferait-elle crédit une seconde fois ? Au nom de l'urgence ? Si, à l'inverse, le roi des Français se montrait prêt à partager son pouvoir fiscal, son bien le plus précieux, à son tour, qui dit qu'elle ne serait pas prête à faire évoluer sa doctrine monétaire ? Lui a-t-on sérieusement proposé ? Y a-t-on même pensé ? En parle-t-on quelque part ?

Le président Sarkozy revendique un droit d'antériorité sur le vocable de « gouvernement économique » européen. Mais cette revendication est-elle plus qu'une tactique permettant de préserver l'« intergouvernementalisme », autrement dit la toute-puissance de l'exécutif français et de contourner les embarras d'un contrôle parlementaire ? Sur le fondement de quels principes démocratiques, économiques et politiques, ce « gouvernement européen » pourrait-il se concevoir ? On aimerait le savoir. C'est urgent.

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a écrit le 20/11/2011 à 5:52 :
l'Allemagne profite de la crise, les capitaux affluent vers l'Allemagne et ceci malgré un taux ridiculement bas de 1,8% pour les emprunts d'État à dix ans.
On serait en droit de se demander si la tactique allemande n'a pas pour but de retarder le dénouement de la crise pour en tirer profit au maximum.
a écrit le 19/11/2011 à 11:29 :
"Silence assourdissant de Paris...". "Allo ici Londres" aurait dit feu Robert Lamoureux qui savait tourner en dérision cet art bien français de la guerre, économique celle-là. La France est toujours en retard d'une guerre, c'est bien connu. Et une fois de plus, nous allons la perdre...
a écrit le 19/11/2011 à 6:43 :
Ce qui est surprenant c'est que personne ne parle du vrai problème: le déséquilibre des balances commerciales entre les pays de la Zone Euro du aux divergences économiques grandissantes depuis l'introduction de l'Euro.
Les économies, puisque divergentes, deviennent de plus en plus difficiles à coordonner.
Tant que des mesures adéquates ne seront pas décidées et appliquées ces divergences iront en s'aggravant.
Une des conséquences de ces divergences est le cour de change de l'Euro qui pour l'Allemagne devrait tourner autour de 1,70 pour le $-US alors que pour l'Italie et la France ce serait autour de 1,20,- Et je ne parle même pas de la Grèce et du Portugal.
Ce manque de convergences économiques nous conduira à une forme de Zone de libre échanges avec des république bananière (Wikipedia: Une république bananière désigne un pays peu développé, dont l'industrie repose typiquement sur la seule production de bananes (Olives dans nôtre cas), et dirigé par une petite ploutocratie autoritaire sujette à renversement.) C'est déjà le cas en Grèce et en quelque sortes en Italie, puisque ce ne sont pas des gouvernements élus qui dirigent ces deux pays.
Ce n'était certainement pas le but de l'UE!
Réponse de le 19/11/2011 à 7:29 :
Ce n'est certainement pas le but de l'UE, mais c'est le but de l'Allemagne qui a pourtant longtemps été soutenue par une France complice parce-que croyant pouvoir profiter du système!
a écrit le 18/11/2011 à 13:26 :
Bravo les Allemands ! Et merci à l?auteur de l?article?
Lorsque concrètement Angela Merkel parle de règles qui limiteraient le pouvoir budgétaire de l?Etat français, chacun hésite et s?imagine bientôt piégé dans un carcan bureaucratique.
Mais ce n?est qu?en travaillant ensemble, tous les européens et pas deux chefs d?Etat, que nous pouvons espérer progresser, et d?abord, mieux définir ce que nous souhaitons.
Faisons confiance aux autres et à nous-mêmes !
a écrit le 18/11/2011 à 13:08 :
Il nous manque un nouveau Charlemagne.
Créons cette Europe par la volonté.
Expliquons au peuple, qu'on très bien vivre en France comme au Montana, ou au Texas. Il y a des lois d'états et des lois fédérales....mais une seule monnaie, une seule armée (tant pis pour le bouton de Sarko)...une seule loi organique..
Mais,
est-ce que le coq français est prêt à accepter une cour avec des lions et des aigles, ou veut-il rester maître sur sa petite cour de ferme ?


a écrit le 18/11/2011 à 13:08 :
Il nous manque un nouveau Charlemagne.
Créons cette Europe par la volonté.
Expliquons au peuple, qu'on très bien vivre en France comme au Montana, ou au Texas. Il y a des lois d'états et des lois fédérales....mais une seule monnaie, une seule armée (tant pis pour le bouton de Sarko)...une seule loi organique..
Mais,
est-ce que le coq français est prêt à accepter une cour avec des lions et des aigles, ou veut-il rester maître sur sa petite cour de ferme ?


a écrit le 18/11/2011 à 12:52 :
On ne peut que constater la "mauvaise volonté" de Sarkozy qui veut le beurre et l'argent du beuure. Bientôt il demandera aussi "la fille de la crémière".
a écrit le 18/11/2011 à 12:16 :
Tout baigne....on peut dormir tranquille...
a écrit le 18/11/2011 à 12:09 :
Mais où nos dirigeants pourront-ils caser leurs petits copains et leurs copines si un État fédéral voit le jour ? Il faut continuer ainsi : les 36 000 communes, les milliers de comcoms, les 100 départements, les 21 régions, l'Etat jacobin avec partout des superpositions. Et enfin l'Europe. Comme cela il y a des postes pour tout le monde. Mais le grand voisin germain en a assez de payer. Il vient de siffler la fin de la récréation. Ce qui signifie que désormais tout se décide à Berlin. Zum Befehl Frau Kanzlerin (à vos ordre Mme la chancelière). En plus Merkel est prussienne et on ne rigole pas au pays de Frédéric II.
Réponse de le 18/11/2011 à 12:57 :
Tout à fatd'accord avec vous. Sarkozy ne veut pas de l'Europe Fédérale, il n'en veut que l'Argent qu'elle lui procure et les places pour ses petits copains. N'appelons pas ça un "désir de souveraineté" mais plutôt un "espase ce magouilles nationales".

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