La Belgique dégradée par Standard & Poor's

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La méfiance s'accroît autour de la Belgique, de son immobilisme politique et de son secteur financier à risques. S&P dégrade la note de la dette belge de AA+ à AA, avec perspective négative. La pression pèse tant et plus sur les épaules des négociateurs, qui semble pourtant avoir conclu un accord pour boucler le budget 2012. Un article de notre partenaire belge l'Echo.

Ce vendredi, S&P a décidé d'abaisser le rating belge, de AA+ à AA. AA+ était la deuxième note possible (une très bonne note, donc), après AAA. AA est la troisième note, selon la classification de S&P. Ces notes jugent jugent la crédibilité de l'entité notée (entreprise, autorités publiques, institutions financières) en tant qu'émetteurs d'obligations.

S&P maintient une "perspective négative" sur la note, ce qui signifie que la notation pourrait être abaissée à l'avenir.

Trois raisons majeures :

1. Le secteur financier. S&P met en avant le risque que le Royaume, déjà très endetté, doive de nouveau intervenir pour soutenir son secteur financier. L'agence craint que les "difficultés du secteur financier" nécessitent un soutien plus important des pouvoirs publics qui alourdirait la dette déjà élevée du pays, dans un contexte d'"incertitude politique" qui continue de peser sur la crédibilité de la Belgique en tant qu'emprunteur.

S&P pointe les difficultés croissantes du secteur financier en Belgique, suspectant que celui-ci fera prochainement encore appel aux aides publiques.

2. L'absence de budget. L'agence insiste aussi sur les difficultés de confectionner un budget, d'autant que les perspectives économiques ne sont pas favorables. Elle s'attend à un recul de la croissance en 2012.

3. L'absence de gouvernement. Sans surprise, S&P constate que la Belgique peine à répondre aux pressions économiques, internes et externes au pays, du fait de la difficulté de former un gouvernement. Aucune réforme structurelle et fiscale ne peut être mise en oeuvre.

Mais aussi...

La situation de la dette publique s'est dégradée ces derniers mois, surtout après la nationalisation de la branche belge de Dexia dans le cadre du démentèlement de la banque franco-belge.

Les coûts d'emprunt de la Belgique se sont envolés ces derniers jours. L'emprunt à 10 ans a vu son rendement augmenter d'un point à 5,832% vendredi contre 4,817% en début de semaine. La prime pour détenir de la dette belge à 10 ans plutôt que du papier allemand de même échéance a atteint vendredi matin un plus haut depuis au moins 2008 à 368 points de base (pdb). Le coût pour assurer la dette belge contre un risque de défaut ("crédit default swap", CDS) s'est quant à lui renchéri jusqu'au niveau record de 407 pdb.

"Nous pensons que la capacité de l'Etat belge à prévenir une hausse de la dette publique, que nous considérons être déjà à un niveau élevé, se trouvera brimée par le 'deleveraging' rapide du secteur privé à la fois en Belgique et au sein de bon nombre des principaux partenaires commerciaux de la Belgique", explique S&P dans son communiqué.

L'agence rapporte qu'elle a néanmoins remarqué des avancées positives dans les négociations, notamment sur le volet BHV, mais relève que la capacité des autorités à apporter une réponse aux problème des finances publiques est amoindri du fait du statu-quo politique.

Pour rappel, Moody's avait placé la note du pays sous surveillance en vue d'une dégradation en octobre. En achetant Dexia Banque et en garantissant les créances douteuses du groupe financier, la Belgique a alourdi sa dette et supporte donc plus de risques qu'auparavant. Une dégradation rapide de la note belge par Moody's est donc à craindre...

Reynders se veut rassurant

D'après Didier Reynders, Vice-premier ministre et ministre des Finances, la dégradation de la note belge par S&P, "reflète la progression des taux d'intérêt dans notre pays et dans toute la Zone euro, ce qui est entre autres lié à la diminution de confiance des investisseurs sur le plan mondial. Dans ce cadre, la note de différents pays au sein et à l'extérieur de la Zone euro a été récemment dégradée".

Didier Reynders est face à l'urgence: "L'annonce faite par Standard & Poor's renforce encore la nécessité de finaliser à très brève échéance le budget 2012 en avance par rapport aux engagements pris vis-à-vis de l'Union européenne, à savoir un solde net à financer de maximum 2,8% du PIB en 2012 et un retour à l'équilibre budgétaire au plus tard en 2015."

"Cela doit également renforcer notre détermination à adopter les réformes nécessaires au renforcement du potentiel de croissance de notre économie, notamment dans le domaine du marché du travail", réagit encore le Vice-premier dans un communiqué.

Des taux toujours plus haut?

Philippe Ledent, economiste auprès de la Banque Degroof a, lui, déclaré "même s'ils (les négociateurs) ont un accord cette nuit, nous continuerons à payer des taux d'intérêt plus élevés à cause de l'abaissement de la note".

Pas de changement d'agenda

L'administration de la trésorerie mettra en vente lundi des obligations d'Etat, comme prévu, malgré la dégradation de la note financière de la Belgique par l'agence Standard & Poor's, a indiqué samedi le Premier ministre Yves Leterme sur les ondes de la VRT. L'Agence de la dette a déjà fait savoir qu'elle espérait vendre lundi des obligations d'Etat pour un montant oscillant entre un et deux milliards d'euros. Sont visés ici les "OLO" qui courent jusqu'en mars 2018, septembre 2021, mars 2035 et mars 2041.

Lire l'ensemble du dossier sur le site de l'Echo en cliquant ici.

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