Quels sont les pays qui conjuguent lien social et performance ?

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L'Association ODIS pour l'organisation du dialogue et de l'intelligence sociale publie un rapport sur la mesure de la performance et du lien social dans l'ensemble des pays qui confirme l'influence réciproque positive entre ces deux éléments. La bonne équation reposant au final sur la recherche du bien commun par la création en parallèle de la performance et de la cohésion sociale. Bref par l'importance de forger une vision commune des contraintes et des projets.

Qu'est-ce qui construit ou détruit le lien social et la performance ? La cartographie mondiale établie par la compilation de vingt ans de données statistiques, issues en grande partie de la Banque Mondiale, par l'ODIS confirme l'influence réciproque positive du lien social et de la performance. La Norvège, la Suisse, Singapour, la Suède et les Pays-Bas arrivent en tête du classement, la production pétrolière apparaissant comme une source indubitable d'accélération de la performance (Qatar, Arabie Saoudite, Guinée Equatoriale). L'Afrique est en queue de peloton. La France se classe en 25e position et les Etats-Unis 39e sur 168 pays étudiés. L'Europe arrive première, devant l'Asie, puis les Amériques et enfin l'Afrique.

L'Europe conjugue lien social et performance

L'Odis a étudié la performance sous l'angle de la capacité à atteindre les objectifs individuels et collectifs que l'on se fixe. Elle correspond au niveau de qualité et d'efficacité du travail réalisé et tient compte, parmi douze indicateurs, du taux de croissance du PIB, de la dette publique, du taux de chômage et de mortalité infantile, des créations d'entreprise, des exportations ou encore du classement des universités et du taux d'alphabétisation. Le lien social a, lui, été mesuré en fonction de la capacité à associer différentes composantes du corps social dans les projets collectifs et se définit comme le savoir-vivre ensemble : respect d'autrui, respect de la règle et cohésion du corps social. Parmi les douze indicateurs, on note le taux d'inscription à l'école primaire, la proportion de femmes parlementaires et des femmes en général dans l'activité, le nombre d'utilisateurs d'Internet, le coefficient de GINI (dispersion des revenus) ou encore le taux de chômage des 15-24 ans et d'homicide ainsi que celui des particules en suspension dans l'air.
C'est en Europe que le lien social et la performance sont le plus en harmonie. L'Asie devance les Amériques même s'il existe des divergences d'un pays à l'autre au sein de ces deux continents. Au total, 80 pays relèvent de ce que le rapport appelle "équilibre performant", c'est-à-dire des pays où le lien social est bien développé et la performance avérée, les pays d'Afrique se situant en majorité sous la moyenne mondiale. A noter ceux qui se caractérisent par une performance positive associée à un lien social inférieur à la moyenne mondiale et dont la situation est de fait déséquilibrée. On trouve parmi eux, l'Arabie Saoudite, le Brésil, le Mexique, la Turquie, ou encore le Vénézuela.

Ouvrir à la réflexion et au débat


Au final, la clé d'un bon positionnement, tant en termes de lien social que de performance, semble résider dans le mode de gouvernance, c'est-à-dire l'agencement des pouvoirs et des contre-pouvoirs au sein d'un territoire. "C'est lui qui induit la nature du savoir-être ensemble, la capacité à se parler, à proposer des idées innovantes et appropriables par le plus grand nombre", note l'Odis. Son étude "Gouvernance, lien social et performance : une vision du monde" ne se contente donc pas de compiler des statistiques. Elle ouvre à la réflexion et au débat, en offrant aux pays concernés une analyse critique propice à l'autoévaluation. "Notre conviction repose sur le fait que ce qui fait vivre sur la durée un organisme, une société, un pays, le monde, c'est la recherche incessante de l'intérêt général et du bien commun par la création en parallèle de la performance et de la cohésion sociale", souligne Jean-François Chantaraud, directeur général de l'Odis. D'où, selon lui, l'ineptie du clivage libéralisme/socialisme dans le champ politique. Le raisonnement politique ne peut plus être "Faut-il générer d'abord du lien social, ou d'abord de la performance » mais devrait être « comment faire pour générer les deux simultanément ?".  "Car les niveaux de lien social et de performance dépendent d'un seul et même paramètre : le mode de gouvernance qui organise la circulation des personnes et des informations afin que chaque fait, chaque idée, chaque expérience, chaque savoir-faire et chaque énergie trouve la place qu'il mérite au profit de tous", note l'ODIS.

Meilleur élève de la classe : la Norvège


De fait, les territoires qui réussissent le mieux, à la fois en termes de lien social et de performance sont ceux où l'information circule facilement, où le débat public est plus dynamique et plus accessible qu'ailleurs et se déroule en toute transparence et où chacun s'implique dans la construction de l'avenir collectif. Meilleur élève de la classe, la Norvège (1ère en lien social, 3e en performance), un des pays les plus riches du monde avec une politique sociale très développée et d'importantes fonctions attribuées aux 19 comtés et 430 communes.
A l'inverse, ceux qui réussissent moins bien sont ceux où d'importantes asymétries d'information ne permettent pas à chacun de prendre part de façon égale à la réflexion collective, à l'identification des solutions nouvelles et au partage des projets. C'est le cas de certains pays d'Amérique Latine, comme le Brésil, où les disparités restent immenses. Des exceptions existent où la performance est importante mais le lien social reste faible. C'est le cas du Luxembourg qui draine les capitaux des sièges sociaux, ou des pays qui bénéficient de l'avantage concurrentiel du pétrole comme le Koweït, le Qatar, l'Arabie Saoudite et la Guinée équatoriale.

Inventer un nouveau Vivre ensemble


Conclusion de l'Odis : il convient d'installer à grande échelle une nouvelle gouvernance apte à générer simultanément des savoir-être et des savoir-faire collectifs. Et reprend l'aphorisme de Descartes "Je pense donc je suis" pour le conjuguer au pluriel : "Nous pensons ensemble, donc nous sommes ensemble". Avec sept milliards d'êres humains sur notre bonne vieille terre, quasiment tous connectés, inventer de nouvelles pratiques relationnelles dans la société, dans l'entreprise et entre les personnes est un enjeu plus crucial que jamais. Il s'agit de déterminer, nous recommande l'Odis, si, face aux dangers qui guettent et aux évolutions nécessaires pour s'adapter au mouvement permanent du monde, nous allons nous replier sur nous-mêmes, notre passé glorieux, nos savoirs théoriques, nos intérêts particuliers, nos proches, avec un mode de gouvernance qui concentre les pouvoirs en quelques mains que nous croyons "éclairées" ou si nous allons organiser l'ouverture à toutes les personnes, tous les faits, toutes les idées ? Il s'agit bien de mettre en ?uvre la conclusion de Montesquieu dans l'Esprit des Lois : "La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés (...) Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir".
 

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Commentaires
a écrit le 12/02/2012 à 18:39 :
Si la comparaison des modes de fonctionnement entre pays est toujours instructive, quelle objectivité peut avoir un classement. Par exemple, pour la Norvège classée 1ère, sa rente pétrolière doit y être pour beaucoup. Si on trouve qu'en France les conditions de travail, les conventions etc sont enviables, en Norvège c'est le paradis.
a écrit le 10/02/2012 à 18:16 :
donc: des petits pays, avec fort encadrement, ou la triche est tres mal vue, et ou le pragmatisme remplace ' la lecon de morale a la francaise'

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