Le budget américain : un pamphlet électoral

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Pierre Lemieux est professeur associé à l'université du Québec en Outaouais, auteur de « Une crise peut en cacher une autre » (Les Belles Lettres, 2010)

Les politiciens vendent du vent. On le voit dans le budget 2013 présenté par le président Barak Obama la semaine dernière. À la veille d'élections présidentielles et alors que la Chambre des représentants affiche une majorité républicaine, ce budget a peu de chances d'être adopté en l'état. Il répète du reste plusieurs des propositions des budgets précédents que le Congrès n'a pas avalisées. Mais il constitue un bon manifeste électoral.
Peu d'électeurs comprendront les 256 pages du budget, truffées de tableaux qui se réfèrent les uns aux autres et doivent être comparés à de multiples autres rapports du gouvernement fédéral. L'expert lui-même doit y consacrer du temps et des efforts. Déjà mal équipé pour percer les arcanes des finances publiques, le simple citoyen n'a aucune incitation à investir temps et argent pour tenter de comprendre, puisqu'un vote averti de sa part aura une probabilité infinitésimale de changer le résultat de l'élection. Qu'un citoyen individuel brise l'égalité des voix lors d'une élection nationale, ça ne s'est jamais vu. Le simple citoyen demeure donc "rationnellement ignorant" comme disent les économistes, et vote à l'aveugle - si seulement il se donne la peine d'aller voter.
Quelles seront les conséquences, quant aux équilibres futurs, des mesures du budget proposé par M. Obama ? Compte tenu des mesures antérieures adoptées par le Congrès, la Maison Blanche prévoyait que la somme des déficits annuels atteindrait quelque 9.000 milliards de dollars durant les dix prochaines années. Le budget 2013 propose de réduire de quelque 2.000 milliards de dollars cette accumulation de déficits, surtout au moyen d'augmentations d'impôt. La décennie se solderait donc par des déficits de quelque 7.000 milliards de dollars.La Maison Blanche prétend que cela suffirait à stabiliser la dette fédérale américaine à 76% du PIB en 2022 (en comparaison des 68% actuels), mais cela n'est pas certain : les nouveaux impôts qui frapperaient les riches (et souvent la classe moyenne supérieure) risquent fort de ralentir la croissance économique sur laquelle repose l'optimisme de la Maison Blanche.
À plus long terme, de toute manière, avec le vieillissement de la population et l'accroissement des coûts des programmes publics de santé, rien ne va plus. Pour éviter que la dette fédérale américaine ne dépasse 200% du PIB dans 25 ans, il faudrait augmenter encore de 50% les prélèvements fédéraux dans l'économie. Peu de gens croient que cela soit possible en Amérique.
Aucun politicien ne s'intéresse vraiment à ce qui se passera dans 25 ou 50 ans. Il veut être élu maintenant. Il y a sans doute des exceptions, mais elles ne courent pas les rues et n'habitent pas forcément la Maison Blanche
 

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