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ÉconomieInternational

Améliorer la qualité des universités chinoises, l'urgence pour 2020

Photo de Philippe Mabille

Propos recueillis par Philippe Mabille

Publié le 13 février 2014 à 14:28 - Mis à jour le 13 février 2014 à 15:34

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le doyen de la CEIBS - China European International Business School, coentreprise entre le gouvernement chinois et la Commission européenne, une Business School comparable à l'Insead, qui est présente à Shanghai, Pékin, Shenzen et bientôt en Afrique, au Ghana -, Hellmut Schütte, décrit l'incroyable effort auquel se prépare la Chine pour relever le défi de l'éducation. Entretien.

LA TRIBUNE - Après les années de « l'usine du monde », place à la Chine de l'innovation ?

HELLMUT SCHÜTTE - Les nouveaux dirigeants chinois ont parfaitement saisi l'enjeu pour les sept ans à venir. La Chine ne peut plus faire reposer son modèle économique sur une stratégie de bas salaires.

D'ici à 2020, le revenu moyen en Chine va doubler, ce qui veut dire que le coût du travail va y augmenter à un rythme élevé de 10% par an. La Chine a donc décidé de passer d'une industrie low cost à une économie à forte valeur ajoutée technologique. Les emplois industriels peu qualifiés vont progressivement quitter le pays et se relocaliser au Vietnam, en Indonésie, dans des pays où le coût du travail est plus bas.

La Chine a-t-elle anticipé cette montée en gamme ?

La Chine a toujours investi dans l'éducation. Le nombre des étudiants diplômés est passé de 1 à 8 millions par an en dix ans. Mais elle n'a pas encore atteint le niveau nécessaire. Avec la hausse du coût du travail, elle va se retrouver en concurrence frontale avec les entreprises des pays avancés. Le pays n'a pas le choix : il doit rattraper son retard d'innovation et de productivité. Le Brésil et l'Afrique du Sud ont surmonté ce piège du développement.

Mais on le voit avec le retournement actuel de la croissance dans nombre de pays émergents, cette transition fait planer une lourde menace sur la croissance. Le débat est donc très vif en Chine et porte principalement sur l'éducation. Vu la taille du pays, il faut que la montée en gamme des universités chinoises se fasse très rapidement.

Le système universitaire est-il prêt pour ce changement ?

Le premier défi, c'est de former et d'attirer suffisamment de très bons professeurs en Chine, qui produiront les meilleurs étudiants... Or, à l'exception de quelques universités d'élite, le système éducatif de masse est assez médiocre.

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De ce point de vue, la Chine ressemble assez à la France, où il y a une concentration des élites dans quelques écoles d'excellence. Les deux meilleures universités chinoises sont à Pékin : Tsinghua correspond au MIT américain ; Beijing (Beida) est l'équivalent de Harvard. Fabriquer des universités d'excellence, cela prend du temps. Cela explique pourquoi il y a 300000 étudiants chinois qui se forment à l'étranger chaque année. Les dirigeants chinois sont déterminés à rattraper leur retard. Ils ne sont pas encore aux standards des États-Unis ou de l'Europe, mais à dix ans, la question ne se pose pas.

Déjà, dans les télécoms, avec Huawei, ils sont au meilleur niveau mondial... La Chine va devenir rapidement le principal concurrent de l'Occident sur son propre terrain. Surtout, même avec un salaire moyen multiplié par deux, un chercheur chinois sera toujours moins cher que dans un pays avancé. Là où Alcatel alignera 500 chercheurs de haut niveau, un groupe chinois pourra en mobiliser dix fois plus. Car l'objectif de la Chine est sans ambiguïtés. Elle veut sa propre industrie aéronautique, automobile, spatiale et nucléaire.

Pour résoudre l'impact environnemental de sa forte croissance, elle poussera aussi les feux dans la transition énergétique. Savez-vous qu'il y a 120 millions de vélos et de scooters électriques produits et vendus en Chine ? Enfin, avec le vieillissement, elle sera un géant dans le secteur de la santé et des biotechnologies.

Pour combien de temps les pays avancés peuvent-ils espérer garder l'avantage ?

Contrairement aux idées reçues, pour toujours ! Sauf si l'effort de recherche est remis en cause, et il n'y a aucune raison pour cela. Il ne faut pas sous-estimer l'accumulation de connaissances et de compétences dont disposent les grands groupes publics et privés occidentaux.

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De toute façon, aucun pays ne sera bon dans tous les domaines, pas même les États-Unis. La compétition poussera chacun à être le meilleur dans un domaine d'excellence. Dans le monde à venir, il faut se spécialiser. Prenez le luxe : c'est un domaine où la France n'a pas vraiment de compétiteur et n'en aura pas de sitôt... La Chine peut devenir un leader mondial dans les télécoms ou l'Internet, compte tenu de la taille de son marché national.

Propos recueillis par Philippe Mabille

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