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ÉconomieInternational

Alger multiplie les aménagements pour devenir une métropole moderne

Photo de Laurent Lequien

Ali Idir, à Alger

Publié le 20 février 2014 à 06:42 - Mis à jour le 20 février 2014 à 07:17

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Le gouvernement dépense sans compter pour moderniser une ville surpeuplée et encore archaïque.

Alger a l'ambition de devenir une grande capitale moderne. Une métropole parmi les plus importantes au monde. Mais ce n'est pas gagné. Car si la population de l'Algérie augmente en moyenne de 3,2% par an (38,7 millions d'habitants en janvier 2014), elle est très concentrée (à plus de 80%) sur une bande côtière de 1.200 km de long et 100 km de large. Or, selon plusieurs études urbanistiques, 60% de la population algérienne a quitté ou va quitter les zones rurales pour venir s'installer dans les villes.

Et, bien entendu, la capitale reste le plus important pôle d'attraction : l'agglomération d'Alger compterait aujourd'hui quelque 8 millions d'habitants, selon certaines estimations. C'est pourquoi, depuis plusieurs années, le gouvernement dépense sans compter pour moderniser une ville surpeuplée et encore largement archaïque.

En 2011, la première ligne de métro de 9 km a été ouverte, après... plus de vingt ans de travaux ! L'année suivante, une autre ligne de tramway a commencé à transporter les Algérois entre le centre-ville et la banlieue est. Dans le même temps, la construction de nouvelles lignes de métro, ainsi que l'extension du réseau du tramway pour relier le centreville et les quartiers sud de la capitale ont été lancées, avec l'objectif de moderniser les transports publics.

Une modernisation menée dans une totale anarchie

Depuis des années, il est vrai, les Algérois sont confrontés quotidiennement à des embouteillages monstres, alors que la voiture demeure pratiquement l'unique moyen de transport fiable, faute d'un système de transports publics moderne et efficace.

Même si un RER, construit par le français Alstom pour plus de 400 millions d'euros, circule depuis 2009 entre l'est et l'ouest de la capitale. Un deuxième périphérique autoroutier, reliant également l'est à l'ouest d'Alger, sur 70 km, a été réalisé par l'espagnol OHL et des entreprises locales pour plus de 800 millions d'euros. Mais c'est manifestement insuffisant. Aussi une troisième rocade est-elle en projet, toujours entre l'est et l'ouest, alors qu'une autoroute de 100 km est en chantier pour relier Alger au sud du pays.

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L'ambition du gouvernement se niche aussi dans la création d'un nouveau quartier d'affaires. Celui-ci, composé de sièges pour les entreprises locales et étrangères ainsi que d'hôtels et d'un centre commercial, a été bâti à Bab Ezzouar, près de l'aéroport international, à l'est de la capitale. Des travaux d'aménagement des grands boulevards ont été lancés, alors que des milliers de logements, financés par l'État grâce à l'argent du pétrole, ont poussé partout, notamment dans les banlieues est et sud. De nouvelles universités sont également sorties de terre et la réalisation d'un grand hôpital, dont la gestion sera confiée à des étrangers, doit être lancée cette année.

Créer, construire, agrandir, développer et... dépolluer. Ainsi, les travaux de dépollution de l'oued El Harrach, dans la banlieue est d'Alger, et l'aménagement de ses rives, ont été lancés en juin 2012 pour 380 millions d'euros. Le projet, confié au groupement algéro-coréen Cosider-Daewoo, consiste à traiter les eaux de l'oued sur près de 18,2 km et aménager des aires de loisirs sur les deux rives du cours d'eau, pollué depuis plusieurs décennies par les rejets domestiques et des unités industrielles, notamment les installations de Sonatrach (groupe pétrolier public).

Des odeurs nauséabondes se dégagent de cette rivière, l'une des plus polluées d'Algérie, et dégradent le cadre de vie dans plusieurs cités de la banlieue est. Parallèlement, le gouvernement a décidé de fermer la grande décharge d'Oued Smar (au Sud), longtemps source de pollution et symbole de la mauvaise qualité de vie à Alger. Cette décharge sera transformée en jardin public. Pas loin de cet oued, le gouvernement a lancé, en 2013, la réalisation d'une grande mosquée pour 1 milliard d'euros. Le projet a été confié au groupe chinois de BTP, CSCEC.

Les projets avancent, les aménagements sont légion, les constructions sortent de terre... Sur le papier, tout paraît être mis en oeuvre pour relever les défis démographiques. Mais à y regarder de plus près, cette modernisation au pas de charge de la capitale algérienne est menée dans la plus totale anarchie. Car, par exemple, les projets s'éternisent, à l'image du métro. Ou bien ne sont pas adaptés, à l'instar du tramway, qui n'a pas amélioré les conditions de transport des habitants des quartiers desservis. Faute de stratégie d'ensemble, le gouvernement se contente donc aujourd'hui de gérer les situations d'urgence, et d'intensifier l'urbanisation. En cause : la bureaucratie de l'administration, plus tatillonne que jamais, et l'hésitation au sommet de l'État à lancer certains projets stratégiques.

Un exemple ? La création d'un grand parc de loisirs aux Grands Vents (ouest), sur une superficie globale de 1.059 hectares. Le projet comprend 13.000 logements de luxe, 500 chambres d'hôtel, des aires de jeux, des espaces verts, un amphithéâtre de 5000 places, un parking d'une capacité de 8000 places, des commerces, un hôpital « international » et une tour de 47 étages. Lancé en 2008, le projet devait être achevé en 2013. Confié au fonds d'investissement émirati EIIC (Emirates international investments Company), soutenu par le président Abdelaziz Bouteflika lui-même, ce projet... est toujours dans les cartons.

En 2011, le président algérien avait autorisé ce promoteur, gravement touché par la crise économique mondiale, à lever un maximum de 100 milliards de dinars (1 milliard d'euros) de crédits auprès des banques algériennes pour financer son projet. Deux ans après cependant, le gouvernement algérien est revenu sur cette autorisation. Depuis, c'est le blocage total. Faute d'argent, EIIC n'a pas encore lancé les travaux pour réaliser ce parc, considéré pourtant comme le futur poumon vert de la capitale algérienne, qui manque cruellement de loisirs comme les cinémas, les parcs d'attractions, etc.

Hésitations, corruption et lutte des clans

Un autre grand projet immobilier, initié au milieu des années 2000 par le groupe émirati Emaar, a fini, lui, dans la poubelle, en raison des hésitations du gouvernement, de la corruption généralisée et des luttes de clans pour le contrôle de l'activité économique. Le groupe Emaar était venu avec un projet ambitieux pour moderniser la baie d'Alger, avec un investissement d'environ 4 milliards d'euros. Mais il n'a jamais pu obtenir les autorisations et les terrains. Il a quitté le pays en 2009. À la place des tours flamboyantes prévues, le gouvernement a préféré construire une grande mosquée et un parc d'attractions !

Le gouvernement continue de tergiverser aussi dans le dossier de l'ancien bâti. Le centre-ville d'Alger est composé certes de beaux bâtiments haussmanniens, datant de l'époque coloniale, mais la majorité menace de s'écrouler. Du quartier populaire de Bab El Oued jusqu'à Belcourt en passant par le centre-ville, tout est à démolir ou presque. La réhabilitation menée depuis deux ans concerne les façades des bâtiments, mais les immeubles sont vétustes et nécessitent de lourdes et coûteuses opérations de renforcement des structures. Pour le gouvernement, c'est loin d'être une urgence.

« La priorité est donnée à la réalisation du programme actuel de logements. La restructuration des grandes villes peut être prise en charge dans le prochain plan quinquennal », déclarait à la presse le ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville.

Et Abdelmadjid Tebboune d'estimer « inévitable » la reconstruction - un jour - du centre-ville pour créer des espaces, des parkings pour le stationnement et agrandir les rues et les boulevards. En attendant, le centre-ville d'Alger, où se trouvent les sièges du gouvernement, du Parlement, des principales banques et certains ministères, étouffe.

Le panorama ne serait pas complet sans signaler qu'il y a pourtant un projet qui a été concrétisé, parmi les nombreux grands investissements annoncés par des groupes arabes du Golfe : celui de l'émirati Emiral, à Sidi Fredj (côte ouest). Proche de l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, Emiral, qui a obtenu une licence de ventes de cigarettes Marlboro, construit des logements de luxe pour les nouveaux riches d'Alger, ceux qui ont fait fortune dans le marché noir. Le prix de ces logements ? Environ 600.000 dinars le m2, soit près de 6.000 euros, dans un pays où le salaire minimum est de... 180 euros.

Ali Idir, à Alger

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