Songdo, la ville du futur est déjà en chantier

Frédéric Ojardias

Frédéric Ojardias
Songdo est une ville ultramoderne et improbable, un tour de force technologique tout droit sorti des flots de la mer Jaune. En quelques années, sur 53 km2 de terrains gagnés sur l'océan, ont été construits des barres d'immeubles résidentiels, des gratte-ciel encore à moitié vides, de larges avenues tirées au cordeau et de vastes espaces verts et plans d'eau artificiels. Un paysage urbain modèle, d'ailleurs devenu le lieu de tournage privilégié des derniers clips, publicités et feuilletons télé sud-coréens.
Au loin, sur l'horizon : les étendues boueuses de la mer Jaune, des cheminées industrielles et des réservoirs, des grues et des terrains vagues, et l'immense pont suspendu qui relie la nouvelle ville à l'aéroport international d'Incheon. La construction de Songdo a débuté en 2005. À la fin de 2013, la ville compte déjà 70.000 habitants. Ses promoteurs attendent 260.000 résidents d'ici à 2020.
Songdo se rêve en « ville intelligente » et ultraconnectée. Ce concept à la mode consiste à multiplier les capteurs environnementaux, de flux, de trafic, de température, qui sont reliés à un cerveau central et qui servent - en théorie - à optimiser la gestion de la cité. Autre exemple d'innovation mise en place : les ordures ménagères sont collectées via un réseau souterrain de tuyaux et aspirées par un système pneumatique directement des habitations jusqu'aux centres de tri. Plus besoin de camions poubelles.
Connectée, Sangdo veut l'être jusque dans les maisons de ses habitants. L'entreprise américaine Cisco met ainsi en place un projet pilote de cours particuliers d'anglais qui relie par visioconférence l'enfant dans son salon à son professeur aux États-Unis. Des téléconsultations avec des psychologues, directement chez soi, sont aussi disponibles. Un futur service de télémédecine est en préparation.
Le développement de la ville a souffert de la crise financière de 2008 et du marasme dans lequel stagne le marché immobilier sud-coréen. Si Songdo est à vingt minutes de l'aéroport d'Incheon, elle reste loin (deux heures de métro) du centre de Séoul, la capitale. Résidents et entreprises ne se sont pas précipités sur la nouvelle ville comme initialement anticipé.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Mais le gouvernement sud-coréen continue de faire preuve d'un extraordinaire volontarisme pour promouvoir son projet. Lors des dernières décennies, la Corée du Sud a déjà réussi avec succès à développer des villes entièrement nouvelles dans la périphérie de Séoul (Ilsan, Bundang). Elle se construit à présent une nouvelle capitale administrative (Sejong) dans le centre du pays, où plusieurs ministères ont déjà déménagé.
Pour Songdo, elle a appliqué ses recettes éprouvées : avantages fiscaux pour les entreprises et installations d'écoles prestigieuses, un réel argument dans un pays obsédé par la réussite scolaire.
Songdo accueille ainsi des antennes de l'école internationale Chadwick et de l'université d'État de New York. D'autres institutions du monde entier devraient très bientôt offrir des cours dans les locaux de son « Global Campus », par exemple l'université de Gand (Belgique).
La ville a été conçue pour devenir un pôle en matière de technologies de la connaissance, notamment biomédicales et technologies de l'information. Soixante-dix-neuf entreprises employant au total 13.000 salariés ont déjà fait le choix de s'y implanter. Parmi celles-ci, Samsung Biologics, GE Healthcare, Veolia Environnement (qui a créé un centre de formation et de recherche), et l'entreprise pharmaceutique Celltrion, 1.000 employés, présente depuis 2005.
L'argument est souvent mis en avant par ses promoteurs : les principales métropoles extrême-orientales (Tokyo, Pékin, Shanghai, Osaka) se trouvent à deux heures d'avion de la ville, laquelle a aussi été conçue de façon que ses habitants aillent travailler à vélo. Songdo accueille en outre plusieurs organisations internationales, dont le siège d'une nouvelle organisation de l'ONU, le Fonds vert pour le climat (GCF), inauguré en décembre. Gale International, qui a développé un projet similaire en Chine, voit en Songdo un banc d'essai très important :
Sylvain Rémy met toutefois en doute la dimension connectée de Songdo :
Dans la salle à manger de Johann Blondeau, un écran tactile lui permet de voir des photos de visiteurs venus pendant son absence, d'afficher les caméras de surveillance du jardin d'enfants, ou de régler à distance le chauffage ou l'air conditionné. Mais ces applications de domotique « restent de l'ordre du gadget ».
Il remarque, ironique, que cette débauche d'écrans, de capteurs, et de technologies ne permet pas de rapprocher les habitants :
Frédéric Ojardias