Et si une ligne ferroviaire Tel Aviv-Eilat devenait un nouveau pont vers l'Asie ?

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Eilat, au bord du golfe d'Aqaba. Si le projet de ligne TGV se concrétise, le nombre de conteneurs transitant par la ville pourrait être multiplié par vingt d'ici à 2020, pour atteindre 5,4 millions de tonnes. / DR
Eilat, au bord du golfe d'Aqaba. Si le projet de ligne TGV se concrétise, le nombre de conteneurs transitant par la ville pourrait être multiplié par vingt d'ici à 2020, pour atteindre 5,4 millions de tonnes. / DR (Crédits : DR)
Au cas où des désordres politiques en Égypte venaient à menacer le transport des marchandises via le canal de Suez, Israël étudie la construction d'une ligne TGV de 37 km reliant la Méditerranée à la mer Rouge.

Beau temps assuré, barrière de coraux et poissons exotiques à profusion : sur la mer Rouge, Eilat doit son succès au célèbre triptyque «sea, sex and sun». Mais cette station balnéaire a désormais une tout autre ambition : devenir un «pont terrestre» entre l'Asie et l'Europe.

Le gouvernement israélien a en effet donné son feu vert à la construction d'une ligne de chemin de fer à grande vitesse, qui reliera Eilat à Tel Aviv en passant par le port d'Ashdod sur la Méditerranée à une vitesse de 250 km/heure sur certaines portions.

Objectif : proposer une alternative au canal de Suez pour le transport des marchandises au cas où des désordres politiques en Égypte menaceraient la libre circulation sur cette voie d'eau.

«C'est la première fois que nous serons en mesure d'aider les pays en Europe et en Asie à s'assurer qu'ils auront toujours une liaison ouverte dans les deux sens», proclame Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, qui espère transformer Israël en une sorte de «hub» maritime mondial.

Selon lui, cette ligne ferroviaire devrait permettre de hisser l'État hébreu au rang de «partenaire stratégique» de la Chine et de l'Inde, deux marchés géants avec lesquels les échanges commerciaux n'ont cessé de grimper ces dernières années.

Quand la Lloyd conseille d'éviter le Canal de Suez

Pour les experts américains et israéliens en géostratégie, une paralysie du canal de Suez est considérée comme un scénario plausible, du fait par exemple d'une guerre civile ou d'affrontements armés entre militaires et groupes islamistes s'attaquant au canal de Suez, celui-ci constituant une des principales sources en devises étrangères de l'Égypte.

L'année dernière, la Llyod, la vénérable compagnie d'assurances britannique, a elle-même recommandé que certains navires évitent le canal et fassent le tour de l'Afrique, soit 6.000 miles nautiques de plus, en raison des tensions politiques entre l'armée et les Frères musulmans...

Conséquence indirecte : l'idée d'offrir une alternative a germé dans les esprits, avant de devenir le plus important projet de transport de l'histoire d'Israël. À terme, la ligne ferroviaire permettra le transport de marchandises en provenance de Chine notamment vers l'Europe, grâce à un boom sans précédent du trafic de cargos à Eilat.

Ce port n'est utilisé jusqu'à présent que pour exporter environ 2,5 millions de tonnes de produits chimiques par an, notamment des phosphates et des engrais de la mer Morte. D'ici à 2020, ce volume pourrait atteindre les 5,4 millions de tonnes, tandis que le nombre de conteneurs transitant par Eilat devrait être multiplié par vingt.

Autre avantage

Le train va permettre de relier en deux heures et demie Eilat à la région de Tel Aviv, le coeur économique du pays. Ce trajet prend actuellement quatre, voire cinq heures en voiture ou en autobus. La future ligne pourra transporter jusqu'à 5 millions de voyageurs par an.

Sur le terrain, toutefois, Eilat et ses environs vont devoir procéder à une mue spectaculaire. Netivei Israël, la compagnie routière nationale en charge de l'ensemble de l'opération, n'a pas encore définitivement tranché entre diverses options. L'une d'elles consisterait à construire un terminal au nord d'Eilat, ce qui nécessiterait le transport des cargaisons des navires sur une nouvelle route contournant la ville.

Deux autres solutions prévoient de creuser une ligne de chemin de fer sous terre ou un canal le long de la frontière avec l'Égypte. Selon les premières estimations, le coût du projet pourrait s'élever à 2,3 milliards de dollars au minimum, avec des travaux qui devraient durer cinq ans.

Ce futur chantier n'est cependant pas du goût de tout le monde. Les organisations écologistes s'insurgent contre les dégâts «irréversibles» que la ligne va provoquer en traversant 37 km de réserves naturelles dans le désert du Néguev. L'incessant ballet de cargos pourrait également mettre en danger le fragile écosystème corallien, la fierté d'Eilat.

«Cette ligne à grande vitesse va détruire la nature pour les générations futures», préviennent l'administration des parcs naturels ainsi que la Société pour la protection de la nature, dans un rapport alarmiste.

Pour ces écologistes, l'addition totale du projet risque d'ailleurs d'être beaucoup plus salée que prévu et frôler les 10 milliards de dollars. De plus, la rentabilité n'est pas garantie. Le coût du transport pour chaque conteneur, qui est de 30 dollars via le canal de Suez, devrait atteindre les 800 dollars. En d'autres termes, atteindre un niveau prohibitif.

Le risque d'un flirt trop poussé avec la Chine ?

Israël Katz, le ministre des Transports, réplique que ces craintes sont totalement «infondées» ou «exagérées». Selon lui, toutes les précautions seront prises pour préserver le site d'Eilat.

«Si l'on n'avait pris en considération que des facteurs économiques, l'État d'Israël n'aurait jamais vu le jour», ajoute-t-il, ironique.

Autre motif de polémique : le recours probable à des entreprises chinoises pour construire cette voie ferrée censée assurer une partie de leurs exportations. Sur ce front, les réticences sont surtout d'ordre géopolitique. Certains en Israël redoutent que leur pays ne devienne trop dépendant vis-à-vis de Pékin. De telles inquiétudes ont été exprimées par Ephraïm Halevy, un ancien patron du Mossad, le célèbre service des renseignements. Selon lui, un flirt trop poussé avec la République populaire de Chine pourrait, à terme, provoquer une crise dans les relations avec le grand allié américain.

«En construisant et en contrôlant la ligne ferroviaire ainsi que le port d'Eilat, les Chinois pourraient créer une situation dans laquelle ils disposeront de moyens de pressions politiques et économiques» sur l'État hébreu. Bref, l'ancien chef espion remet au goût du jour la vieille menace du «péril jaune».

«En réalisant d'importants projets dans notre région, la Chine veut étendre son influence via la mer et les ports, ce qui pourrait lui permettre d'aider les ennemis d'Israël, c'est pourquoi il ne faut pas lui donner la possibilité de contrôler une artère stratégique de notre pays», martèle Ephraïm Halevy en faisant allusion aux relations très étroites entre Pékin et l'Iran.

Dans un registre totalement opposé, Benjamin Netanyahu milite, lui, pour un rapprochement accéléré avec la Chine, le client idéal pour les exportations de la haute technologie israélienne. Israël Katz a d'ores et déjà été envoyé en éclaireur l'année dernière en Chine, où il a signé un protocole d'accord entre les deux pays. Une délégation de hauts responsables d'entreprises de transports chinois a eu droit à un récent tour le long de la future ligne de chemin de fer, qui doit aboutir à Eilat. Pour le moment, toutefois, rien n'a été finalisé...

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Commentaires
a écrit le 04/05/2014 à 19:40 :
En gros, on nous explique qu'il faut se méfier de l'Egypte et que Israel va nous sauver, alors que tous le monde sait que le canal de suez est toujours resté ouvert même durant les guerres dans la région. Un coup de pub limite raciste via un projet qui n'a aucune chance de se concrétiser.
a écrit le 04/05/2014 à 18:09 :
Il est temps pour cette région de penser à son développement économique , pour ce qui est d'Israël c'est déjà fait .
Il faut de toute urgence trouver une alternative au canal de Suez , il y va de notre intérêt également .
a écrit le 04/05/2014 à 10:17 :
Ce projet ne sera viable que si le détroit Suez est effectivement bloqué à la navigation, mais pour combien de temps ? Le problème est qu’il nécessite la présence de 2 navires, un en Méditerranée et un autre en Mer Rouge et d’autre part il impose un déchargement chargement de containers d’un navire vers un train ce qui prendra du temps, ensuite un trajet en train et un nouveau déchargement chargement d’un train vers un autre navire. Le trajet à grande vitesse ne compensera pas le temps perdu et des attaques terroristes sporadiques ne remettront pas en cause la traversé du canal. D’autre part des projets alternatifs à la route habituelle Chine Europe sont à l’étude, le plus important est le passage maritime par le pole Nord (avec tous les risques écologiques), des solutions terrestres par la « route de la soie », soit par la route historique au sud de la Caspienne soit par le nord soit même en traversant la Caspienne (avec tous les risques écologiques), mais avec à chaque fois des contrôles douaniers aux frontières qui feront perdre du temps. Ces projets présentent toute fois l’énorme avantage de permettre le développement de nouveaux marchés en Asie centrale, même si en parallèle les chinois pour éviter le Detroit de Malacca développent un trajet ferroviaire qui traverse le Pakistan et abouti dans l’Océan indien. Le transport maritime actuel prend un peu plus d’un mois (la vitesse des navires a baissé pour faire des économies) et 2 à 3 fois moins de temps par train ou camion en fonction de l’état du réseau.
a écrit le 04/05/2014 à 4:07 :
37 km n'est pas une distance adéquate pour lancer un train à grande vitesse et puis un train grande vitesse de marchandise....L'un des rares cas est sous le tunnel de la manche et la vitesse est limitée à 100Km/h. un train de fret standard est suffisant...Est ce que c'est pas trop gonflé cet article? dans ce cas, pourquoi ne pas mettre un autre oeuf dans un 3eme panier, route par la Russie, par la Turquie ou même par l'Afrique...Diversifier les routes pour minimiser le risque de chacun...
a écrit le 04/05/2014 à 0:38 :
Après avoir publié mon commentaire, il a disparu... Vous aurez beau coupé les fleurs, vous n'empêcherez pas l'arrivée du printemps.
Réponse de le 04/05/2014 à 20:47 :
Personnellement moi j'en ras le bol de payer des impôts pour des gens qui ne pensent qu'à acheter des armes plutôt que des fleurs!!!!
a écrit le 03/05/2014 à 15:26 :
on ne fait pas une ligne a grande vitesse pour deux cent KMs environ surtout qu'il faudra plus de temps pour décharger les conteneurs que pour parcourir la distance. Par ailleurs le terrain est assez impropre à ce type de ligne et le projet apparait pharaonique. Transporter les conteneurs par camion serait certainement plus rentable...Bref la terre sainte suscite toujours autant de projet irréaliste.....
a écrit le 03/05/2014 à 10:12 :
Je ne dis pas merci à la Tribune pour cette reportage publicitaire. Banaliser l'apartheid israélien ne vous grandit pas. L'exploitation économique de la Palestine occupée est en contravention directe avec le droit international. S'inquiéter pour le régime raciste juif de Tel-Aviv est immoral. Dénoncer les crimes du passé (génocide des européens juifs) et se taire sur les crimes du présent (nettoyage ethnique et apartheid en Palestine par l'Israël) est une attitude intéressée et opportuniste.
Réponse de le 03/05/2014 à 12:27 :
En tant que Français les obsessions palestino-centrées sont parfaitement inintéressantes.
Réponse de le 04/05/2014 à 4:00 :
En tant que français, je cherche à être juste avec tout le monde et à écouter/lire les uns et les autres. On est à 2/3 pas raciste et à 1/3 racistes et intéressés.
De mon côté, je suis concerné par toutes les souffrances et de tous les bords
a écrit le 03/05/2014 à 9:47 :
Depuis le début de la guerre civile en Syrie le trafic du port d'Haifa est en plein developpement pour acheminer les marchandises vers la Jordanie .Pendant que les voisins d'Israël sont rongés par le terrorisme et l'instabilité politique .....l'état juif pense à son developement économique .
a écrit le 03/05/2014 à 5:28 :
La haute technologie israélienne ? Est ce que la haute technologie en matière de défense quasi offerte par les USA aux isaréliens fait aussi partie du pack? Officélement non, sauf qu' Israel a déjà fait le coup en vendant des armes américaines aux chinois.Connaissant les chinois,vous devinez ce qui risque fort de se passer avec ce projet. Ni vu, ni connu, je t'embrouilles.
a écrit le 03/05/2014 à 3:30 :
Et on imagine aussi un jour une énorme autoroute ferroviaire reliant Istanbul à Canton, en passant par l'Iran l'Irak le Pakistan l'Inde Le Bangladesh la Birmanie. Et une parallèle au nord de l'Himalaya, reliant Pékin à Varsovie. La quantité de marchandises échangées serait colossale.
Réponse de le 03/05/2014 à 12:33 :
J'espere que c'est ironique comme commentaire... Passé un certaine distance, l'avion est irremplacable. Bonjour les couts pour une ligne ferrovière Istambul/Canton.
a écrit le 02/05/2014 à 22:47 :
l'idée est billante, israël, si on a maintes raison de le critiquer, apporte ici une alternative au canal de suez, instrument de puissance que les égyptiens n'ont pas su valoriser correctement. C'est meilleur pour le marché, un point c'est tout.
a écrit le 02/05/2014 à 22:27 :
C'est pas plutot 237km la longueur de la liaison entre la mer rouge et la méditerranée ? En tout cas, ce n'est pas 37km quand on regarde une carte de la région !

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