France-Chine : du tiède au chaud

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Après la brouille politique de l'année 2008, les deux pays normalisent peu à peu leurs relations. Mais la confiance n'est pas si aisée à rétablir.

Premier grand pays occidental à avoir reconnu la Chine communiste en 1964, la France, déjà bien connue des écoliers pour son épisode révolutionnaire, a achevé de conquérir le c?ur des Chinois cette année-là. «A l'époque, la Chine était un pays enfermé et isolé, rappelle Ma Shengli, chercheur à l'Institut des études européennes de l'Académie chinoise des sciences sociales. En faisant acte d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, en pleine guerre froide, la France a jeté la base de relations privilégiées avec la Chine. » Depuis lors, deux crises ont émaillé ces relations. Par rapport à celle de 1991 provoquée par la vente de frégates à Taiwan, celle de l'année 2008 fut relativement brève. Déclenchée le 7 avril 2008 lors du passage de la flamme olympique à Paris, elle s'est achevée le 1er avril 2009 par la publication d'un communiqué commun en marge du G20.

Depuis, les échanges ministériels ont repris, et les affaires aussi, comme le montre la visite à Paris d'une délégation d'achat d'une centaine d'entreprises chinoises fin novembre. Mais à en croire les experts, la brouille a laissé des traces. « Malgré la normalisation actuelle, la confiance a été ébranlées », estime Xu Tiebing, professeur au Centre des Relations internationales de l'Université des Communications de Pékin. Si la réaction de Pékin, puis de la jeunesse chinoise, qui a appelé au boycott des produits français, a été si forte, c'est que la France s'est attaquée à deux symboles forts aux yeux des Chinois: les Jeux olympiques et le Tibet. « Les Chinois n'ont pas compris le brusque changement d'attitude de la France, considérée comme un pays ami, analyse Ma Shengli. La Chine n'a pas apprécié d'être trahie par un ami. » Pour André Chieng, polytechnicien français d'origine chinoise, fondateur de la société de conseil Asiatique européenne de commerce, la réaction chinoise n'était pas dirigée spécifiquement contre la France. « La Chine voulait aussi adresser un message à Obama qui devait rencontrer le Dalai Lama. Le message est en quelque sorte passé, puisqu'il ne l'a pas fait. »

Du côté de l'opinion, et notamment des jeunes, la crise semble aujourd'hui oubliée et les étudiants chinois en France ne cessent d'augmenter. « Selon un récent sondage, affirme Valérie Niquet, directrice du Centre Asie de l'IFRI, la France se trouverait même en 1ère position des pays européens appréciés par les Chinois. » Mais au plus haut niveau, la chercheuse sent une « certaine réticence » de Pékin devant la nature des relations sino-françaises. « La phase de redéfinition n'est sans doute pas achevée et la Chine réfléchit aux grandes orientations à donner à sa stratégie extérieure. » Par ailleurs, plus l'Europe se renforce politiquement, plus Pékin pense ses relations dans un cadre européen. Or si la France reste un poids majeur en Europe, la rencontre du Dalai Lama par Nicolas Sarkozy a aussi montré que la France refusait de s'aligner sur les positions diplomatiques chinoises. « A Pékin, explique François Godement, directeur du Centre Asie à l'IFRI, cela surprend et inquiète parfois». A l'avenir, deux facteurs pourraient ternir à nouveau ces relations : la promotion d'une taxe carbone aux frontières par la France et la question climatique. Selon Valérie Niquet, il existe en effet un courant dur à Pékin qui considère que cette question doit être placée au même niveau de négociations que la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine.

 

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